Politiques agricoles L’essentiel du soutien public à l’agriculture renforce l’insécurité alimentaire

Terre-net Média

Alors que le soutien public à l’agriculture ne cesse d’augmenter dans le monde, il ne permet pas d’améliorer durablement la sécurité alimentaire, les moyens de subsistance et la durabilité, souligne l’OCDE dans son rapport annuel sur les politiques agricoles. Pire, trop peu de ces soutiens sont ciblés sur les systèmes d’innovation, quand la moitié ne fait qu’engendrer des distorsions sur les marchés, renforçant l’insécurité alimentaire, et au détriment de la durabilité.

La moitié des soutiens publics à l'agriculture engendre des distorsions sur les marchés et sont préjudiciables à la sécurité alimentaire, constate l'OCDE dans son dernier rapport.La moitié des soutiens publics à l'agriculture engendrent des distorsions sur les marchés et sont préjudiciables à la sécurité alimentaire, constate l'OCDE dans son dernier rapport. (©Pixabay) 

« Sur six dollars de soutien budgétaire consacrés à l’agriculture dans le monde, un seul est dépensé de telle manière qu’il favorise avec efficacité une amélioration durable de la productivité et la résilience de l’agriculture » : c’est ce qu’il ressort du dernier rapport de l’OCDE sur le suivi et l’évaluation des politiques agricoles, rendu public le 22 juin.

Portant sur 54 pays (dont l’UE), il étudie les aides apportées au secteur agricole sur la période 2018-2020, soit 720 milliards de dollars par an. La moitié de ces soutiens a engendré des distorsions sur les marchés, empêchant une allocation efficace des ressources, entravant les échanges de transferts de produits alimentaires des régions excédentaires vers les régions déficitaires, et en accentuant la volatilité des prix sur les marchés alimentaires internationaux, indique l’OCDE. 272 milliards de dollars annuels sont ainsi dirigés vers le soutien des prix du marché, et 66 milliards de dollars annuels vers des transferts budgétaires accordés au titre de la production ou de l’utilisation sans contraintes d’intrants variables comme l’énergie et les engrais.

Cibler les soutiens sur l’innovation

Sous cette forme actuelle, les soutiens publics à l’agriculture vont ainsi à l’encontre de la durabilité, et portent « souvent atteinte à la qualité de l’eau et à la biodiversité » tout en incitant à la consommation de ressources. Ils ne permettent pas non plus de transférer des revenus aux agriculteurs.

Par ailleurs, seulement 6 % des soutiens, soit 26 milliards de dollars par an, ont bénéficié aux systèmes d’innovation agricole, et 76 milliards ont été consacrés à l’innovation, la biosécurité et les infrastructures (17 % du soutien total à l’agriculture), « alors qu’ils sont potentiellement un important vecteur de croissance de la productivité et d’amélioration de la résilience – leviers essentiels pour assurer la sécurité alimentaire, des moyens de subsistance viables et une utilisation durable des ressources », indique le rapport.

Réorienter pour favoriser une productivité durable

L’OCDE formule donc plusieurs recommandations pour permettre aux systèmes alimentaires mondiaux de répondre aux trois principaux défis actuels, à savoir la production d’une alimentation saine à une population mondiale en augmentation, la fourniture de moyens de subsistance viables tout au long de la filière alimentaire, et améliorer leur durabilité en protégeant les ressources naturelles.

Pour y parvenir, il apparaît nécessaire, pour l’OCDE, de supprimer progressivement les interventions visant les prix et le soutien aux producteurs faussant les marchés ; d’orienter l’aide au revenu vers les ménages agricoles qui en ont le plus besoin et, lorsque c’est possible, l’intégrer à la protection sociale visant l’ensemble de l’économie, puis de réorienter la dépense publique vers des investissements dans les biens publics – en particulier les systèmes d’innovation.


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