Crise sanitaire Le Covid, un crash test sur l’agriculture européenne ?

Terre-net Média

Pour la députée européenne Irène Tolleret, la crise actuelle doit obliger l’Union européenne à donner un statut particulier à l’agriculture et à mettre en place des formes de gouvernances plus efficaces pour éviter la survenue de crises alimentaires.

La députée européenne Irène Tolleret estime que la crise actuelle doit inciter l'UE à mettre en place une politique alimentaire plus pousséeLa députée européenne Irène Tolleret estime que la crise actuelle doit inciter l'UE à mettre en place une politique alimentaire plus poussée. (©Terre-net Média)

La Commission européenne, qui a mis en place des dispositifs de soutien à l’agriculture dans le cadre de la pandémie de Covid-19, reste très attendue dans la réponse à la crise. Pour la député européenne Irène Tolleret (groupe Renaissance), qui s’est exprimée le 29 avril lors d’une visioconférence organisée par l’Afja, « le plus gros enjeu du Covid n’a pas été traité, il s’agit de donner à l’agriculture un statut particulier ». Car si les producteurs européens réussissent pour l’instant à nourrir la population, la crise a montré certaines failles. « Le modèle européen repose sur le marché unique, qui s’est organisé avec des économies entrelacées », explique la députée, or les mesures de restrictions ont impacté la chaîne logistique. Des fabricants de cartons en Espagne n’ont par exemple pas pu livrer des producteurs français, qui n’ont pas pu emballer leurs produits, les transporteurs routiers n’ont pas toujours pu effectuer leurs trajets, bloqués trop longtemps aux frontières, ou handicapés par des fermetures de stations d’autoroutes.

On n'a jamais autant perdu et gâché de matières premières agricoles« Il faut tirer la leçon de ce Covid. La Pac est une chose, mais il faut aller au bout d’une politique alimentaire commune. Le Covid est un crash test sur l’agriculture européenne », estime Irène Tolleret, qui défend « un projet alimentaire territorial européen complet », avec des gouvernances plus locales, plus partagées, qui permettraient de réagir plus rapidement et d'éviter des crises alimentaires. Car aujourd’hui, « on n’a jamais autant perdu et gâché de matières premières agricoles », déplore-t-elle, ajoutant qu’en raison du coronavirus, au moins 150 millions de personnes supplémentaires risquent de mourir de faim dans le monde d’ici la fin de l’année.

En France, on a par exemple « un problème surréaliste sur le fromage, explique la députée. On avait 2 000 tonnes de fromages en surplus, 500 tonnes ont été jetées, il reste 1 500 tonnes qui vont être périmées, et dans le même temps, on n’arrive pas à mettre en lien ces 1 500 tonnes de fromages, qui représentent 10 M€, avec des banques alimentaires ou des associations. Il faut qu’on soit dans le concret ! ».

D’autres aides européennes à venir

Si la Commission a annoncé certaines aides, très demandées et très attendues, il ne s’agit que d’un « début de réponse », estime la députée. Dans certains secteurs, on ne connait pas non plus le calendrier de mise en place des dispositifs de soutien, ni le budget alloué. La frilosité apparente de la Commission s’explique cependant par la question du budget : la réserve agricole notamment est financée par un prélèvement sur le premier pilier. De plus, sans le vote du budget, « nous n’avons pas la vision des six prochaines années », ajoute Irène Tolleret.

« Il faut faire attention et être vigilant, ne pas dépenser plus si on a moins, et faire en sorte que le budget Pac soit a minima protégé », insiste la députée, sachant que le plan de relance sera adossé sur une partie du budget pluriannuel de l’UE. Mais au-delà des aides annoncées le 23 avril, « oui, il va y avoir des nouvelles mesures, et pas qu’une fois », assure-t-elle.

Nouvelle donne pour le budget, relance verte

Tout reste cependant très dépendant du prochain budget européen, qui n’est toujours pas voté. Et la crise du Covid-19 risque bien de rebattre les cartes. « On était sur 1,3 % du PIB de l’UE, et le Conseil plutôt autour de 1,06 – 1,07 % du PIB compte-tenu de la croissance du PIB. Mais c’était avant la baisse de 10 % du PIB suite au coronavirus », explique Irène Tolleret.

Face à cette crise économique d’ampleur inédite, la députée reste « persuadée qu’il n’y aura pas de relance si elle n’est pas verte ». « Pour cette relance économique, on est obligés de faire un plan massif qui sera financé par une forme de dettes, sinon cela voudrait dire que l’on augmente de façon très importante la contribution de chaque État-membre au budget. Cette forme de dette va s’étaler au minimum sur une génération de budget de l’UE. Dans ce scénario, on doit donc investir sur les métiers valorisés de demain, pour que l’UE reprenne un avantage concurrentiel, et ces métiers sont autour de la croissance durable », explique Irène Tolleret. La gestion de cette crise exceptionnelle ne doit pas se contenter de boucher les trous, mais elle doit « redonner une période de croissance de l’emploi qui soit durable ». Pour la députée, l’Union européenne n’a pas d’autre choix que de réussir si elle veut, elle aussi, survivre à la crise.


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