Manifs #Sauvetonpaysan Les agriculteurs bloquent les routes pour pousser un « cri de détresse»

Amélie Bachelet et Arnaud Carpon, avec AFP Terre-net Média

À l’appel de la FNSEA et de Jeunes agriculteurs, des centaines d’agriculteurs manifestent en tracteur dans les rues de nombreuses villes et autour de la capitale pour dénoncer un certain agribashing et exprimer un ras le bol d’origines diverses : sentiment de rejet, accusations sans fondement d’être des pollueurs et empoisonneurs, zones de non-traitement jugées injustifiées, accords commerciaux jugés pénalisants pour leurs productions et filières. Dans le Lot-et-Garonne, c'est la Coordination rurale qui s'est mobilisée avec les mêmes mots d'ordre. [Dernière mise à jour le 09/10/2019 à 09h47]

Aux abords de nombreuses villes, les agriculteurs de la FNSEA et de Jeunes agriculteurs bloquent les routes pour dénoncer un sentiment de rejet dont ils s'estiment victimes.Aux abords de nombreuses villes, les agriculteurs de la FNSEA et de Jeunes agriculteurs bloquent les routes pour dénoncer un sentiment de rejet dont ils s'estiment victimes. (©Terre-net Média) 

À l’appel de la FNSEA et de Jeunes agriculteurs, des centaines d’agriculteurs ont convergé en tracteurs vers de nombreuses villes de province, ainsi qu’en 12 points de blocages autour de Paris. Sur les réseaux sociaux, de nombreux agriculteurs relaient leur action syndicale.

À Soissons dans l'Aisne, la mobilisation a commencé dès 6 h, avec une vingtaine de tracteurs sur un rond-point à l'entrée de la ville et une soixantaine d'autres sur la nationale 2. « On a libéré le rond-point à 9 h. Je ne voulais pas de Soissons ville morte, la ville n'a pas besoin de ça », a déclaré à l'AFP Benoît Davin, référent FDSEA pour l'arrondissement de Soissons. Mais « on voulait montrer aux gens ce que, nous, on vit avec les normes franco-françaises qui sortent, on peut bosser mais on nous met des contraintes tout le temps. Les gens ont mis 10 minutes de plus pour aller au boulot, nous c'est ça tous les jours », a-t-il expliqué.

Autre sujet d'inquiétude : les zones de non-traitement aux pesticides. « L'interdiction à 10 mètres des maisons, ça représente dans l'Aisne 10 000 ha non cultivés, ça veut dire l'équivalent de 80 000 t de blés non produites, soit 1,5 M€ de manque pour les agriculteurs », selon Benoît Davin.

Toujours dans l’Aisne, un agriculteur plus célèbre que les autres n’a pas, certes, de carte syndicale, mais il a décidé de rejoindre le mouvement et ainsi manifester pour la première fois depuis 18 ans. Vincent a rejoint ses collègues agriculteurs. Vincent Guyot, victime de la manipulation d’Élise Lucet et l’émission Envoyé spécial, et plus habitué à la communication positive, « en a marre » d’être accusé chaque jour de pollueur et d’empoisonneur.

« Ma première manifestation en 18 ans de carrière »: Retrouvez le témoignage de Vincent Guyot, en route vers Laon en tracteur avec ses collègues agriculteurs

L'objectif de ces manifestations : « se montrer sur les routes, tracter au niveau des ronds-points, s'adresser aux représentants de l'État », a indiqué à l'AFP Xavier Benoist céréalier, lors d'un blocage à Chateau-Thierry (Aisne). En Ile-de-France, la FDSEA de la région a décidé de procéder à 12 points de blocages autour de Paris. 200 tracteurs étaient mobilisés selon la FDSEA, dans le Val-d'Oise, les Yvelines, l'Essonne, le Val-de-Marne et en Seine-et-Marne. « Dans ce pays il faut savoir si on veut encore des agriculteurs ou pas. Il faut arrêter de faire croire au consommateur que ce qui vient de l'étranger c'est magnifique et ce que produit l'agriculture française c'est de la cochonnerie », a témoigné François Lecoq, représentant de la FDSEA Ile-de-France, en ajoutant que « l'agriculture française est la plus surveillée, la plus tracée, la plus contrôlée ».

Retrouvez, sur cette carte interactive, la liste des actions menées par la FNSEA et les JA.

Cliquez sur chaque point rouge pour obtenir plus d'informations.

À Valence, des dizaines d'agriculteurs se sont mobilisés tôt mardi matin devant la préfecture pour « réveiller le préfet ». Celui-ci est venu prendre le petit déjeuner avec les Jeunes Agriculteurs et a discuté avec eux, a précisé la préfecture de la Drôme à l'AFP.

Une centaine de tracteurs ont convergé vers des points de ralliement dans la Marne, tandis que plusieurs dizaines de tracteurs bloquaient les villes de Toulouse, Montauban et Agen, dans le Sud-Ouest. « Dans nos champs, on utilise des produits phytosanitaires, mais à très petites doses, avec vraiment des règles qui sont très strictes. Quand on voit tout ce qui est dit sur les réseaux sociaux comme quoi c'est nous les pollueurs, c'est incompréhensible », s'est exclamé Marc-Henri Fages, membre des JA dans le Tarn, alors qu'une cinquantaine d'agriculteurs tarnais ont bloqué le viaduc du Viaur à la limite entre le Tarn et l'Aveyron et ont pendu des mannequins d'agriculteurs le long de la rambarde du viaduc pour symboliser le suicide dans le monde agricole. Des blocages avaient également lieu en Ille-et-Vilaine, autour de Calais, de Caen ou de Dijon. Dans l'Hérault et dans le Vaucluse, une cinquantaine d'agriculteurs, selon la FDSEA, une trentaine selon la gendarmerie, étaient partis de l'entrée d'autoroute d'Avignon Sud pour effectuer une opération escargot sur les trois voies de l'A7. « Aujourd'hui, ce sont essentiellement des actions symboliques, car c'est un premier avertissement au gouvernement. Nous avons des revendications claires sur les revenus, sur "l'agribashing" », a indiqué à l'AFP Michel Joux, président de la FRSEA Auvergne-Rhône-Alpes qui a exhorté la semaine dernière au Salon de l'élevage Emmanuel Macron à tenir un discours plus positif sur l'agriculture française.

La mobilisation était importante aussi en milieu de journée dans l'Est de la France où une centaine de tracteurs bloquaient l'autoroute A4 aux abords de Strasbourg. Dans l'ensemble du Bas-Rhin, peu avant 13h00, plus de 500 tracteurs étaient encore en train de converger vers cinq points de blocage, essentiellement sur les autoroutes A35 et A4, générant « plusieurs kilomètres de bouchons » derrière les convois, sans qu'aucun autre incident n'ait été relevé, a-t-on appris auprès de la préfecture. Dans le Haut-Rhin, environ 120 tracteurs bloquaient la jonction entre l'A35 et l'A36 « Le problème est politique, d'un côté on a un discours qui parle d'agriculture forte, vivante et de l'autre on nous assomme avec des normes à n'en plus finir, sans parler des traités de libre-échange et de l'"agribashing", alors qu'on est une agriculture reconnue comme vertueuse », a dénoncé Fabrice Couturier, président de la FDSEA de Moselle où les agriculteurs organisent des barrages filtrants à Metz, Thionville et Sarrebourg.

En Auvergne, l'A75 entre Clermont-Ferrand et Montpellier a été coupée pendant plusieurs heures et des barrages filtrants ont été mis en place à Aurillac dans le Cantal et à Riom et Beaumont dans le Puy-de-Dôme. Les villes de Pau dans les Pyrénées-Atlantiques, d'Angoulême en Charente, de Poitiers dans la Vienne, et de Vesoul en Haute-Saône ont également été touchées. En Haute-Vienne, les agriculteurs ont installé un barrage filtrant sur l'A20 au niveau de Limoges, avant d'aller dans des supermarchés  « Hyper U » et « Intermarché » pour effectuer des contrôles sur la traçabilité des produits.

La FNSEA et les JA, reçus par le ministre mardi soir pour porter leurs doléances, ont d'ores et déjà prévenu que le mouvement allait se poursuivre. « Aujourd'hui, c'était le premier coup de semonce et ça va continuer », a déclaré Samuel Vandaele, président des Jeunes Agriculteurs, qui a annoncé pour la semaine prochaine des actions plus axées sur les consommateurs, afin de les sensibiliser sur la provenance des produits vendus en grandes surfaces, quitte, dans certains cas, à intervenir sur l'étiquetage.

En Lot-et-Garonne, c'est la Coordination rurale (majoritaire dans le département) qui s'est mobilisée mardi, avec les mêmes mots d'ordre : contre les ZNT, les traités internationaux de libre-échange comme le Ceta et l'« agribashing ». Ils ont notamment totalement bloqué plusieurs accès à l'autoroute A62 (Bordeaux-Toulouse). À Agen, environ 150 agriculteurs ont déversé devant la préfecture du purin et des pneus, qu'ils ont décidé de ne pas faire brûler par respect pour les agents de police tués à Paris auxquels la préfecture rendait hommage avec ses drapeaux en berne. Une délégation d'agriculteurs a été reçue en préfecture. « Nous utilisons des produits phytosanitaires autorisés, nous ne sommes pas hors la loi. Donc tant qu'ils seront autorisés, nous les utiliserons, y compris à proximité des habitations », a déclaré le président de la Coordination rurale Bernard Lannes.


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