Crise de la jaunisse sur betteraves Quatre régions exhortent l’Etat à déroger à l’interdiction des néonicotinoïdes

Terre-net Média

Apparues il y a un peu plus d’un mois, l’essor de la jaunisse virale sur betteraves dans tous les bassins de production vire à la crise sanitaire majeure pour l’ensemble de la filière. Les représentants de quatre régions – Grand Est, Hauts-de-France, Normandie et Ile-de-France – exhortent le Gouvernement à autoriser l’usage dérogatoire des néonicotinoïdes en enrobage de semences. Sans dérogation actée par le Gouvernement d’ici trois semaines, « on pourra parler de démantèlement volontaire de la filière », estime la CGB.

Julien Denormandie a visité une exploitation de Seine-et-Marne touchée par la jaunisse virale des betteraves.Julien Denormandie avait visité une exploitation de Seine-et-Marne touchée par la jaunisse virale des betteraves. (©Ministère de l'agriculture) 

Les vice-présidents en charge de l’agriculture des quatre principales régions productrices de betteraves – Normandie, Hauts-de-France, Ile-de-France et Grand Est – ont tenu, avec les leaders de la CGB, une conférence de presse commune, mercredi 29 juillet 2020 pour exhorter le Gouvernement à autoriser, pour la prochaine campagne, l’ usage des néonicotinoïdes en enrobage de semences pour faire face à la jaunisse virale.

Apparue il y plusieurs semaines sur des premières parcelles au sud de Paris il y a quelques semaines, la jaunisse virale est en train de contaminer massivement l’ensemble des surfaces en betteraves. « Environ 35 % des surfaces sont aujourd’hui touchées, indique Franck Sander, président de la CGB, de Strasbourg à Dunkerque. Alors que le début de la récolte ne démarrera que dans un mois et demi, les rendements s’annoncent catastrophiques pour certains producteurs. Des rendements très faibles qui ne compenseront donc pas la forte baisse des prix depuis la fin des quotas. Selon le syndicat, la France ne produira pas « 600 000 à 800 000 tonnes de sucre » cette année en raison d'une « absence de solution » face à la jaunisse virale.

« Bon nombre de planteurs hésitent entre réduire drastiquement leurs surfaces pour la prochaine campagne, ou arrêter complètement la production », poursuit Guillaume Gandon, vice-président du syndicat betteravier. « La situation est dramatique », acquiesce Marie-Sophie Lesne, vice-présidente de la région Hauts-de-France. En Picardie, entre 50 et 70 % des parcelles sont touchées. »

Les représentants des régions alertent l’Etat sur les conséquences industrielles de cette crise sanitaire, dans un contexte où plusieurs sucreries ont été mises à l’arrêt depuis la fin des quotas sucriers. « Dans les Hauts-de-France, ce sont au moins 35 000 emplois directs et indirects qui sont menacés si rien n’est fait », renchérit Marie-Sophie Lesne. On est à la veille de perdre un fleuron de notre économie agricole, mais aussi des emplois industriels. La baisse de la production va être très sensible, avec un effet ricochet très rapide sur l’industrie.

Se donner cinq ans pour trouver des alternatives

Les vice-présidents régionaux et la CGB demandent au Gouvernement de « laisser le temps à la filière de s'organiser (et) à la recherche de trouver une alternative ». Les néonicotinoïdes en traitement de semences constituent la seule possibilité de lutter contre le puceron vert vecteur de la jaunisse virale. « L’Etat doit prendre, d’ici 15 jours à trois semaines, un arrêté pour autoriser l’usage dérogatoire des néonicotinoïdes en traitement de semences. Sans ça, on pourra parler de démantèlement volontaire de la filière », insiste Franck Sander. Selon la CGB et les 4 régions, l'Etat doit demander cette dérogation pour les 5 ans à venir. « Nous sommes prêts à nous engager sur plusieurs points, a rappelé Franck Sander. Notamment à ne pas réimplanter de cultures mellifères après betteraves pour écarter tout risque pour les abeilles. »

Chez M. Beaucamp betteravier en Seine-Maritime.Chez M. Beaucamp betteravier en Seine-Maritime. (©@CGB_FR)

Interrogé par un député mardi 28 juillet sur le sujet, Julien Denormandie, le nouveau ministre de l’agriculture, a laissé entendre qu’il y avait deux solutions sur la table : la fameuse dérogation ou, à défaut, une enveloppe budgétaire pour soutenir la filière.

La CGB estime pour sa part qu’un soutien financier est inenvisageable et ne constituerait qu’une « perfusion » inefficace de la filière face « à 14 pays voisins qui, eux, ont demandé et obtenu de Bruxelles cette dérogation ».

Pour alerter l’opinion et l’Etat, la CGB a entrepris une campagne de communication aux abords des champs et sur les réseaux sociaux avec le hashtag #LaBetteraveEnPéril.


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