Au salon de l'agriculture Yannick Jadot et les écologistes plaident pour une « Europe des terroirs »

AFP

Une « agriculture paysanne » est possible dans l'UE, à condition de réorienter la Politique agricole commune (Pac) : tel est le message des écologistes d'EELV pour les Européennes, et porté par Yannick Jadot au salon de l'agriculture lundi.

Sur le stand de l'ONG « Pour une autre Pac », à des syndicalistes de la Confédération paysanne ou à des dirigeants de la FNSEA, Yannick Jadot répète son mantra, une « Europe des terroirs » : « Les citoyens européens se sentent loin de la Pac, or c'est 40 % du budget de l'UE ! C'est notre identité, le climat, la biodiversité, la rémunération des paysans, la bonne bouffe dépendent d'elle. »

La Pac sera l'une des priorités de la campagne européenne d'EELV parce qu'elle lie « alimentation, santé, environnement et emploi », explique l'eurodéputée sortante Michèle Rivasi, numéro 2 sur la liste. Yannick Jadot veut la réorienter pour favoriser les petites exploitations et récompenser les agriculteurs qui « font bien », par exemple qui investissent dans le bio ou se passent du glyphosate. Il propose aussi de consacrer 50 % des neuf milliards d'euros de la Pac à la « structuration des filières locales durables et l'approvisionnement de la restauration collective par l'agriculture paysanne de proximité », dans son livre Aujourd'hui tout commence (Les Liens qui libèrent, 2019).

Scepticisme des agriculteurs

Mais la véritable égérie écolo de la journée était Benoît Biteau, agriculteur bio en Charente-Maritime, qui figurera en 11e position sur la liste EELV - potentiellement éligible si les sondages continuent de monter (actuellement entre 7 et 9 %). Porté par son expertise et le retentissement médiatique de son livre Paysan résistant ! (Fayard, 2018), cet ingénieur agronome de formation sera le « M. Agriculture » des Verts après José Bové, qui les a quittés en juin dernier. « C'est la moustache le signe de ralliement ! », s'esclaffe un haut responsable de la FNSEA.

« Il faut sortir la Pac et l'argent public d'une logique où 9 milliards sont consacrés à un modèle qui pollue l'eau, auxquels viennent s'ajouter des aides à la dépollution de l'eau », explique à l'AFP Benoît Biteau. Pourtant, la formation n'est pas seule à soutenir une « agriculture paysanne » éloignée d'une logique d'exportation et de rentabilité. « On a rencontré La France insoumise hier et très honnêtement, leurs positions sont proches », confie Aurélie, de « Pour une autre Pac ». Différence de taille néanmoins : le rapport à l'UE, « objet politique extraordinaire » pour Yannick Jadot, alors que les Insoumis souhaitent renégocier les traités, au sein desquels « l'agriculture paysanne respectueuse de la nature n'est pas possible », dixit le numéro 2 de la liste LFI, Manuel Bompard.

Au salon, les écologistes se heurtent au scepticisme de certains agriculteurs, qui voient en eux des « bobos ». « Le bio, ça ne veut pas forcément dire que je vais mieux vivre », objecte un cadre du syndicat des Jeunes agriculteurs. Il raconte avoir, comme de nombreux collègues, mal vécu « l'agri-bashing », la critique des agriculteurs pour raisons environnementales. Comme si l'on rabrouait « un mauvais élève », compare-t-il.

C'est aussi le sens des propos de Laurent Pinatel, de la Confédération paysanne, pourtant proche d'une agriculture alternative, lorsqu'il dit à l'AFP qu'« il faut arrêter de faire de la politique parisienne qui s'impose aux paysans d'en haut ». « Je ne dis pas que les écolos ont toujours eu les bons mots vis-à-vis des paysans », concède Yannick Jadot. « On ne jette l'anathème sur personne, il est grand temps qu'on se parle », doit aussi déminer Mounir Satouri, coordinateur politique de la campagne écologiste, auprès d'un agriculteur favorable à certains produits phytosanitaires.


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