Sécurité alimentaire
Face à la crise, agir sur les biocarburants et sur le stock de riz japonais ?

Pour préserver la sécurité alimentaire mondiale et prévenir les crises futures, le chercheur Franck Galtier préconise de stabiliser les prix en régulant l’utilisation du maïs et des huiles végétales dans l’industrie des biocarburants et en intervenant sur le stock de riz détenu par le Japon.

L’indice FAO des prix mondiaux des denrées alimentaires a atteint un plus haut historique en mars, et se maintenait en juillet à des niveaux très élevés : + 13 % par rapport à juin 2021. (©AdobeStock)
L’indice FAO des prix mondiaux des denrées alimentaires a atteint un plus haut historique en mars, et se maintenait en juillet à des niveaux très élevés : + 13 % par rapport à juin 2021. (©AdobeStock)

Dans sa revue Perspectives de juillet, dans laquelle des chercheurs proposent « des pistes de réflexion et d’action aux décideurs sur une question stratégique pour les pays du Sud », le Cirad a lancé une série consacrée aux réponses des scientifiques pour préserver la sécurité alimentaire mondiale, un sujet particulièrement prégnant depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie, en février 2022.

Préserver la sécurité alimentaire, c’est limiter et stabiliser les prix des produits alimentaires essentiels sur les marchés internationaux. Et pour Franck Galtier, économiste au Cirad et spécialiste de la gestion de l’instabilité des prix et des réserves alimentaires, il faut pour cela actionner deux leviers : réduire l’usage des céréales et des huiles végétales pour fabriquer des biocarburants, et transformer le stock OMC de riz du Japon en stock virtuel.

Étant donné que les biocarburants lient les prix alimentaires à celui du pétrole, le chercheur suggère de limiter provisoirement l’utilisation des céréales et des huiles par cette industrie. Cela permettrait de faire baisser les prix, et « pourrait contribuer à résoudre la crise actuelle ».

Il détaille : « quand le prix du pétrole augmente, le prix du maïs augmente mais quand le prix du pétrole baisse, le prix du maïs ne baisse que jusqu’à un certain niveau à partir duquel il se stabilise ».

Les prix du maïs et des huiles végétales sont reliés au prux du pétrole
Les prix du maïs et des huiles végétales sont reliés au prix du pétrole (©F. Galtier, Cirad. Sources : The World Bank, 2022. Commodity Markets. https://www.worldbank.org/en/research/commodity-markets )

Ce prix plancher s’explique notamment par les obligations d’inclure « un certain volume ou proportion de biocarburants dans le carburant vendu à la pompe ». Conséquence : « des quantités élevées de maïs sont utilisées pour fabriquer du biocarburant même quand le prix du pétrole est trop bas pour que cette utilisation soit rentable ».

Au vu des volumes consacrés aux biocarburants (140 Mt de maïs chaque année aux USA, quand 200 Mt de maïs sont échangés sur le marché mondial), Franck Galtier estime qu’interdire ou plafonner l’utilisation des céréales pour cette industrie ramènerait le prix international du maïs à son niveau d’avant-crise, soit 150 US$/t, et entraînerait aussi à la baisse le prix du blé tant les deux céréales sont liées.

De la même façon, réduire l’utilisation des huiles (colza, soja, palme) pour fabriquer du biocarburant réduirait leur prix. Avec 45 % de sa consommation d’huile dirigée vers les biocarburants, c’est là l’Union européenne qui est en première ligne sur ce sujet.

Pour le chercheur, du côté du maïs américain comme du côté des huiles végétales européennes, rediriger vers l’export des volumes destinés à l’industrie des biocarburants permettrait aussi « d’annuler les effets de la guerre en Ukraine » en matière d’exportations.

Si la crise s’étend au marché du riz, mobiliser le stock dormant au Japon

Le deuxième grand levier que Franck Galtier préconise d’actionner pour préserver la sécurité alimentaire mondiale, serait d’autoriser le Japon à exporter son stock de riz constitué dans le cadre de l’Organisation mondiale du commerce (OMC).

Ceci, si la crise s’étendait au riz, éventualité sur laquelle les experts sont divisés. Le prix de cette céréale joue « un rôle crucial pour la sécurité alimentaire et la stabilité politique en Asie et dans une partie de l’Afrique et de l’Amérique latine » ; il est plutôt déconnecté de celui du blé et du maïs, car très peu substituable à ces deux céréales.

Or, le Japon dispose d’un stock dormant : lors de son adhésion à l’OMC, il s’était engagé à importer chaque année 5 % de sa consommation annuelle de riz, qu’il stocke en grande partie car les Japonais consomment plutôt du riz produit localement.

L’économiste rappelle que lors de la crise survenue en 2008 sur le marché mondial du riz, les États-Unis avaient exceptionnellement autorisé le Japon à exporter le riz qu’ils lui avaient fourni dans ce cadre. Le prix du riz était alors vite redescendu : « anticipant une baisse des prix, les pays qui avaient bloqué leurs exportations ont supprimé les prohibitions et ceux qui cherchaient à importer à n’importe quel prix ont décidé d’attendre ».

Prix mensuels du riz thaïlandais à l'export
Prix mensuels du riz thaïlandais à l'export (©indexmundi.com)

Tandis qu’« on s’attend à une augmentation de la fréquence et de l’intensité » des crises sur les marchés internationaux, Franck Galtier recommande que l’Union européenne, les USA et l’OMC pérennisent ces deux leviers dès lors que les prix dépassent un niveau prédéfini.

Il s’agirait donc d’interdire ou plafonner l’utilisation des céréales ou des huiles végétales pour fabriquer des biocarburants dès que le prix international du maïs ou de l’huile de colza atteint un plafond, et d'autoriser immédiatement le Japon à exporter son stock OMC de riz dès que le prix international du riz atteint un plafond.

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