Les cultures sous surveillance après 36 jours de pluie consécutifs

36 jours consécutifs, c’est la plus longue série de jours de précipitations depuis 1959 et le début des mesures, alerte Météo France. Du 14 janvier au 17 février, il n’a donc pas arrêté de pleuvoir. Depuis début février, pour certaines villes de l’ouest et du sud-ouest, il est tombé en 15 jours l’équivalent de 2 mois de pluie.

Cumul de précipitations du 1er au 17 février.
Cumul de précipitations du 1er au 17 février. (© MeteoNews)

Cela fait suite à un mois de janvier également très pluvieux, avec un excédent de 30 % au niveau national, et « des pluies une fois à trois fois la normale » sur la façade ouest et le sud du pays selon Météo France.

Résultats : les sols sont saturés d’eau dans l’ouest et le sud-ouest du pays. 5 départements sont maintenant en alerte rouge aux crues/inondations (Loire-Atlantique, Maine-et-Loire, Charente-Maritime, Gironde, Lot-et-Garonne) et 18 en alerte orange (Finistère, Morbihan, Ille-et-Vilaine, Sarthe, Mayenne, Orne, Indre-et-Loire, Vienne, Haute-Vienne, Vendée, Charente, Lande, Aude, Pyrénées-Orientales, Savoie, Haute-Savoie, Isère et Hautes-Alpes).

En revanche, les précipitations ont été moins fréquentes sur un quart nord-est et de la Franche-Comté au Lyonnais note Météo France, avec un déficit compris entre 10 et 40 % en général. Les sols sont nettement plus secs que la normale dans les Hauts-de-France, le Grand est et la Franche-Comté note l’organisme de météorologie.

Ce qui explique aussi pourquoi 38 % des répondants au sondage réalisé sur Terre-net entre le 10 et 17 février 2026 (2425 répondants) n’étaient pas inquiets pour les excès d’eau dans leurs parcelles. À l’inverse des 62 % restants, certainement en raison de leur localisation, plus à l’ouest ou dans le sud.

« Un risque de pourrissement dans les zones inondées »

Chez Jean-Claude Pujos, installé dans le Gers, « la rivière a débordé deux fois sans dégâts. Les cultures sont protégées par des digues en terre qui datent des années soixante. Les blés semés sans traitement de semences entre le 15 et le 30 octobre sont plutôt beaux. En revanche, on compte jusqu’à 50 % de fonte de semis pour les blés implantés courant novembre ».

« L’azote n’a pas été épandu et n’est pas près de l’être, il nous faut au moins 15 jours de beau temps et encore. Idem pour les colzas ».

Le constat est relativement similaire dans le Maine-et-Loire : « l’épi 1 cm n’est pas très loin, et les céréales vont être dans l’attente des premiers apports azotés, mais il ne faut pas, pour autant, se dépêcher et attendre des conditions favorables pour intervenir », indique Samuel Guis, conseiller agronomie à la Chambre d’agriculture des Pays de la Loire.

« Les reliquats sont assez bons et les décolorations, pour le moment, plutôt liées à l’eau. » Le conseiller recommande de « surveiller aussi une possible carence en soufre, surtout dans les sols filtrants. Les cultures se portaient bien jusque-là, on a eu un temps doux, un très bon développement et un très fort tallage, mais dans certaines parcelles, les céréales commencent à jaunir, et les colzas à devenir violets », constate le conseiller. « On craint une perte de talles, voire de pieds sur céréales. Ce coup de stress pourrait, dans l’ensemble, ne pas leur être trop préjudiciable vu le niveau de biomasse, mais on espère vraiment une accalmie, surtout dans les zones inondables. Il ne faudrait pas que les cultures restent une semaine de plus sous l’eau, au risque de pourrir. »

Dans le Perche, Luc Lorin a le même espoir : « pour le moment, les terres ne ressuient pas trop mal. Il faut dire que l’eau manquait dans le secteur depuis octobre, on a reçu que 20 mm en janvier. On a eu, en revanche, 120 mm en février. On sort de l’hiver avec des cultures exceptionnelles en termes de développement : blé, colza, orge de printemps semée à l’automne et orge d’hiver ont de fortes biomasses, ça fait longtemps qu’on n’avait pas eu ça », constate-t-il. « Et on est plus confiant que l’année dernière, avec des champs propres, pas de phytotoxicité due aux herbicides… En blé, le stade épi 1 cm pourrait être bientôt atteint, d’ici le 5-10 mars ».

« Pour les apports d’azote, il faudrait 3-4 jours sans pluie, pour pouvoir passer dans 70 % de notre parcellaire, pour le reste, il faudrait compter plutôt 5 à 6 jours. Avec toutes les talles, qu’on a en céréales, on peut se permettre de calmer un peu le développement. Les colzas reprennent depuis fin janvier-début février. »

« Une croix sur les semis de pois printemps… »

Agriculteur en Charente-Maritime, Thomas Poinot n’est pas inquiet, non plus, pour les apports azotés : « même sur les bandes double densité, ça ne décroche pas pour l’instant. Nos blés et nos orges ont été semés dans de bonnes conditions, ils résistent bien aux excès d’eau pour le moment. Les colzas, par contre, commencent à souffrir, notamment dans les bas de parcelles, avec des symptômes d’asphyxie ».

L’agriculteur pense faire une croix sur les semis de pois de printemps : « il faut que les terres aient le temps de ressuyer correctement et je ne compte pas semer au 15 mars, cela pourrait être critique à la floraison. Je préfère plutôt mettre du tournesol, mais cela reste un problème pour la Pac… ».

Selon les dernières prévisions météo, la situation devrait encore rester compliquée à l’ouest et au sud jusqu’à la fin de semaine, avant une accalmie sur le plan des précipitations. Un anticyclone s’installe en effet sur la France pour le week-end et jusqu’au milieu de la semaine prochaine.

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