Prospectives
Quelle ressource en eau dans les décennies à venir ?

Les sols devraient être de<strong> </strong>plus en plus secs en été comme en automne.  (©Pixabay)
Les sols devraient être de plus en plus secs en été comme en automne.  (©Pixabay)

Les 14 et 15 octobre derniers se tenait à Toulouse le congrès annuel de l’Association française de droit rural. Jean-Michel Soubeyroux, directeur adjoint scientifique de la climatologie à Météo France, était invité à débuter cette 37e édition sur le thème de l’eau. Dans une conférence sur l’évolution de la ressource, il a présenté les dernières projections, dessinant un avenir marqué tant par une augmentation de la fréquence et de l’amplitude des sécheresses qu’une inégale répartition de cet « or bleu ».

Une pluie inégalement répartie

Depuis les années 60, Météo France ne note pas de tendance nette sur le cumul annuel des précipitations. Bonne nouvelle : ce cumul devrait, de la même façon, rester à peu près stable jusqu’en 2100. Jean-Michel Soubeyroux pointe néanmoins l'existence d'une incertitude quant à cette évolution de l'ordre de 10 à 15 % selon les modèles. Une marge d’erreur non négligeable : « c'est un point d'attention à avoir, les conséquences en agriculture ne seraient bien entendu pas du tout les mêmes », reconnaît-il. Mais cette prévision encore incertaine ne doit pas occulter d’autres signaux plus robustes.

Un contraste saisonnier de plus en plus marqué va en particulier s’affirmer au fil des années. « Nous nous attendons à une hausse des précipitations en hiver sur l’ensemble de la France, pouvant atteindre les 20 % sur certains territoires d’ici la fin du siècle. Et, en été, une baisse jusqu’à 20 % également », explique le climatologue.

Evolution des pluies autour de 2085 dans un scénario sans politique climatique efficace
Evolution des pluies autour de 2085 dans un scénario sans politique climatique efficace (©Météo France)

« La France est par ailleurs dans une zone de transition climatique », rappelle-t-il. Conséquence : les régions du Nord de la France bénéficient de plus de pluie que celles du Sud, et cette inégale répartition va s’accentuer. La limite, située approximativement au tiers sud de la France, devrait également remonter peu à peu vers le Nord selon les niveaux de réchauffement atteints.

Les cours d’eau, une réserve à l’avenir contrasté

Du fait de l’inégale répartition des pluies, le débit moyen annuel des cours d'eau devrait augmenter sur une grande moitié nord de la France, voire jusqu'au Rhône, mais diminuer sur la moitié sud. Le météorologue met toutefois en garde à la lecture de cette tendance, qu'il dit en trompe-l'œil : « Ce débit moyen cache le fait que sur toute la France les débits d'hiver augmenteront, généralement pendant deux ou trois mois seulement, tandis que ceux d'été diminueront. À Nantes, par exemple, la Loire devrait voir ses débits augmenter de façon marquée de novembre à avril et diminuer durant la période d'étiage qui se prolongerait jusqu'en octobre. À Toulouse, en revanche, l'augmentation des débits en hiver sur la Garonne devrait être beaucoup moins importante tandis que les débits d'étiage diminueront très fortement. » Le débit du fleuve dans la région toulousaine devrait connaître ainsi une baisse de 10 à 15 % sur l'année à l'horizon 2050 mais de 40 % en été !

Un sol rarement optimal

Même si les hivers seront plus pluvieux, cela ne compensera pas le manque d'eau et les sols devraient être de plus en plus secs en été comme en automne. « Plus le climat est chaud, plus le sol passe rapidement d'une saturation en eau à une sécheresse, l'évapotranspiration étant plus importante », explique le météorologue. Avec les 1,5 degrés supplémentaires déjà gagnés depuis 1960, cela est déjà observable. « Assez récemment, nous avons pu passer en l'espace de deux mois de records d'humidité à des records de sécheresse », constate-t-il. Si Météo France prévoit en moyenne entre 10 et 25 jours supplémentaires de sol très sec en milieu de siècle, c’est également le raccourcissement de la période ni trop sèche, ni trop humide qui doit être anticipée.

Evolution du nombre de jours de sol sec à l’horizon 2050 (©ee)
Evolution du nombre de jours de sol sec à l’horizon 2050. (©Météo France) 
 

Faire avec moins

En parallèle de précipitations plus abondantes en hiver, les phénomènes de pluies intenses devraient être de plus en plus fréquents. Ces derniers sont en hausse de 10 à 20 % sur plusieurs territoires depuis les années 60, notamment, note le climatologue, « sur les régions méditerranéennes, la Bretagne, le Centre et le Nord-Est du pays. » Ces tendances sont à première vue des arguments de poids pour la constitution de retenues. Jean-Michel Soubeyroux alerte cependant sur les limites d'une solution unique et présentée parfois de façon trop simpliste : « Il doit y avoir avant tout une réflexion sur l'utilisation de l'eau et un effort de sobriété, d'efficience et de mixité des usages porté par tous les acteurs. Il faut avoir conscience que c'est une ressource qui, à l'échelle de la France, diminue. »

Ce dernier point peut interroger : la quantité d'H20 n'est-elle pas sensiblement toujours la même depuis des millénaires ? Si, mais… à l'échelle de la Terre et dans des proportions d'états (solide, liquide, gazeux) qui varient. « Plus le climat se réchauffe, plus il y a d'eau dans l'atmosphère », rappelle le météorologue. « Cette eau revient à la terre sous forme de précipitations de façon inégale. Des zones comme le Nord de l'Europe vont connaître des précipitations plus abondantes sur l’année. » En France, le bilan hydrique (cumul de précipitations - évapotranspiration) diminue. Selon une étude du ministère de la transition écologique parue en juin dernier, il a déjà connu une baisse de 14 % depuis 1990. Alors que nos besoins en eau, eux, ont augmenté depuis 1960.

S’adapter au sec ? Insuffisant

D’ici 30 ans, un été comme nous avons connu en 2022 devrait être la norme en termes de température. Mais cela ne veut pas dire que toutes les années seront marquées par la sécheresse. Certaines seront plus sévères, d'autres plus clémentes voire trop humides ! « Cette année passée ne doit pas nous faire oublier 2021, marqué par une saison estivale chaude mais pluvieuse ayant posé d'autres problèmes », rappelle Jean-Michel Soubeyroux. « Il faut comprendre que nous continuerons à conserver de la variabilité dans le futur et que cette variabilité devrait même s'accentuer. » La résilience des systèmes agricoles passera donc avant tout par une capacité d’adaptation et de souplesse.

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