Le monde agricole ne décolère pas, des tracteurs sur le périphérique parisien

Avant l'aube, plusieurs dizaines d'agriculteurs de la Confédération paysanne sont entrés sur le périphérique parisien, bloquant la circulation.
Avant l'aube, plusieurs dizaines d'agriculteurs de la Confédération paysanne sont entrés sur le périphérique parisien, bloquant la circulation. (©Compte X @ConfPaysanne)

Le vote vendredi à Bruxelles de ce traité de libre-échange entre l'Union européenne et des pays latino-américains, malgré l'opposition de la France et des agriculteurs qui craignent un déferlement de boeuf, volailles et sucre produits avec des normes moins disantes que les règles européennes, devrait amplifier la colère qui éclate depuis début décembre dans les campagnes.

Deux porte-parole de la Confédération paysanne ont été interpellés devant l'Arc de Triomphe où ils marchaient avec des militants après une opération escargot sur le périphérique parisien. Le syndicat a dénoncé des « arrestations scandaleuses » et « violentes ». Sur une vidéo postée sur X par le syndicat, on peut voir une altercation entre des CRS et les porte-parole, Thomas Gibert et Stéphane Galais, qui essayent de se débattre à terre.

Jean-Luc Mélenchon a dénoncé sur X « une grave mise en cause de la liberté de manifestation », peu après le dépôt par son parti la France insoumise d'une motion de censure contre le gouvernement, notamment pour protester contre le « piétinement » de la souveraineté populaire concernant l'accord de libre-échange.

Avant l'aube, plusieurs dizaines d'agriculteurs de la Confédération paysanne sont entrés sur le périphérique parisien, porte de Montreuil, avec six tracteurs. Vers 11 h, des tracteurs étaient bloqués dans l'ouest de Paris, porte Maillot, accompagnés de militants de la CGT et des Soulèvements de la terre.

« C'est le Mercosur qu'il faut abattre, pas nos vaches ! », a déclaré Nicolas Fortin, secrétaire général du 3e syndicat agricole français, historiquement opposé au libre-échange et très engagé dans l'opposition à la gestion actuelle de l'épizootie de dermatose qui frappe les bovins.

« Un exploit »

Une position défendue la veille par les « bonnets jaunes » de la Coordination rurale (CR), 2e syndicat agricole, coutumier des opérations coup de poing et idéologiquement très loin de l'altermondialisme de la Confédération paysanne.

« Mercosur mort à coup sûr », clamait une pancarte accrochée à un tracteur de la CR parvenu jeudi au pied de l'Arc de Triomphe. Après avoir cheminé de ses bastions du Sud-Ouest, de Normandie ou du Nord, les agriculteurs de la CR ont réussi leur démonstration de force, parvenant à entrer dans la capitale, jusque devant l'Assemblée nationale.

Onze interpellations, 12 mises en fourrière et 65 verbalisations ainsi que plus de 600 manifestants ont été recensées jeudi par le ministère de l'Intérieur en Ile-de-France, hors de la capitale. Laurent Nunez a assumé de n'avoir pas dispersé cette action « illégale ».

Dans la soirée, le président du syndicat, l'éleveur Bertrand Venteau, a appelé ses troupes au repos. L'ensemble des agriculteurs et leurs engins avaient quitté Paris vers 22h00, selon la police. « Ce qui a été fait, c'est un exploit », a-t-il dit à ses troupes, juché sur un tracteur, promettant de « revenir » en force si besoin.

Des actions de blocages routiers et manifestations sont prévues dans certaines régions, mais aussi en Belgique ou encore en Pologne, soit un troisième hiver d'affilée marqué par des mouvements d'agriculteurs. Dans le Nord, les autoroutes A27 et A2, qui mènent aux autoroutes belges E42 et E19, sont fermées depuis jeudi soir dans le sens France-Belgique, selon la préfecture.

L'entrepôt pétrolier de Haulchin (Nord) est bloqué depuis vendredi matin, à l'appel de la CR avec une dizaine de tracteurs, selon Serge Guillaume, du syndicat agricole.

La gendarmerie a fait état de plusieurs blocages routiers à 7h30, à Beaune (Bourgogne) mais aussi en Lozère, dans le Tarn et le Pays Basque. L'accès au dépôt de carburant de Bassens, sur le port de Bordeaux, par des agriculteurs de la CR se poursuit, ont constaté des journalistes de l'AFP.

A Montpellier, quelques dizaines d'agriculteurs de la FNSEA et des Jeunes agriculteurs (JA), venus avec une poignée de tracteurs, ont érigé des barrages de ceps de vigne et de fumier à l'entrée du coeur historique avant de rencontrer la préfète.

« C'est une descente aux enfers (...) Les produits qui rentrent du Mercosur sont moins chers, parce qu'ils produisent du maïs sur des milliers d'hectare », avec des OGM interdits en Europe, se désole ean-Michel Larrère, président de la FDSEA des Landes lors d'un rassemblement dans une zone portuaire près de Bayonne. « C'est une distorsion complète », ajoute cet éleveur de poulet qui compare son prix, 7 euros, au « poulet ukrainien deux fois moins cher au poulet brésilien à 2,5 euros ».

Prêts à « revenir »

Depuis début décembre, la mobilisation s'est durcie dans les campagnes françaises, pour dénoncer la gestion sanitaire de la dermatose nodulaire, la signature imminente du traité de libre-échange UE-Mercosur, la faiblesse des prix des céréales et la hausse de celui des engrais.

L'annonce d'un « non » au Mercosur de la France, qui n'est pas parvenue à réunir une minorité de blocage à Bruxelles, signifie surtout, pour les syndicats, la « faiblesse » et « l'isolement » de la première puissance agricole européenne.

En dépit des déclarations jeudi soir de la ministre de l'agriculture Annie Genevard qui a revendiqué « un non puissant » contre ce traité et vanté les avancées obtenues par Paris, notamment pour faire baisser le prix des engrais et préserver le budget de la Politique agricole commune (Pac).

Ces dernières semaines, le gouvernement français et Bruxelles ont multiplié les annonces, mais la pilule du Mercosur ne passe pas pour de nombreux agriculteurs, qui craignent l'arrivée de bœuf, sucre et de volailles sud-américains produits avec des normes moins-disantes que celles imposées aux européens.

La FNSEA, premier syndicat avec ses alliés des Jeunes Agriculteurs, a appelé à un grand rassemblement devant le Parlement européen à Strasbourg le 20 janvier. De son côté, le président de la CR a promis un combat « dur et long ». Il a de nouveau appelé à un « moratoire sur les contrôles » dans les fermes jusqu'à la présidentielle.

 

Inscription à notre newsletter

COACHING

Coaching

Avec Charlie, mon coach agri, approfondissez vos connaissances, pilotez votre exploitation et optimisez vos décisions

MATÉRIELS D'OCCASIONS

Terre-net Occasions

Plusieurs milliers d'annonces de matériels agricoles d'occasion

OFFRES D'EMPLOIS

Jobagri

Trouvez un emploi, recrutez, formez vous : retrouvez toutes les offres de la filière agricole

Réagir à cet article