Marché des céréales Patricia Le Cadre (Céréopa): « Arrêtons de nous focaliser sur le rapport USDA! »

Terre-net Média

Patricia Le Cadre pousse un coup de gueule contre le rituel mensuel de la publication du rapport USDA sur les marchés des matières premières agricoles. Dans un contexte où « ce n’est plus ce qui se passe aux États-Unis qui influence le marché », la responsable du pôle alimentation et productions animales du Céréopa estime qu’il faut se focaliser davantage sur l’évolution de la demande et sur d’autres marqueurs macro-économiques, comme la parité monétaire, les niveaux d’endettement, la situation des marchés non agricoles, les éventuelles bulles financières et immobilières.

Patricia Le Cadre (Céréopa) : « Il faut aussi suivre d’autres indicateurs macro-économiques »

 Tous les mois, c’est la même rengaine : tous les spécialistes des marchés agricoles attendent la publication du rapport de l’USDA. Le jour de la publication ou les jours qui précèdent, les estimations fournies par le département américain à l’agriculture sur les potentiels de rendements des différents pays producteurs et sur l’état des stocks mondiaux de céréales peuvent faire évoluer à la hausse ou à la baisse les cours des matières premières agricoles.

Le rituel a de quoi agacer Patricia Le Cadre, directrice du pôle alimentation et productions animales du Céréopa (Centre d’étude et de recherche sur l’économie et l’organisation des productions animales). « Le rapport USDA ponctue le marché des céréales mensuellement car les investisseurs ont besoin de se mettre quelque chose sous la dent. Au Céréopa, cela nous énerve », expliquait-elle au Space, le salon des productions animales à Rennes, en septembre 2017.

« D’abord, arrêtons de se focaliser sur ce qui se passe aux États-Unis. Les États-Unis ne vont pas faire le marché en 2017-2018 », détaillait-elle il y a six mois. À juste titre ! Sur le marché du blé, ce qui se passe autour de la mer Noire, et en particulier en Russie ; devenu le premier exportateur mondial de blé, semble aujourd’hui bien plus important et impactant pour les producteurs et opérateurs français.

« On se focalise beaucoup sur l’offre mais pas assez sur la demande. Et le rapport USDA sous-estime généralement la demande. » La spécialiste conseille aussi de suivre de près les marchés des matières premières non agricoles. « Au Céréopa, nous nous focalisons bien davantage sur la macro-économie et la géopolitique, notamment sur la parité monétaire, l’évolution des taxes aux importations et aux exportations. »

Une commercialisation revenue « aux mains des producteurs »

Par ailleurs, Patricia Le Cadre considère que la commercialisation des céréales dans le monde « est revenue aux mains des producteurs ». « Les agriculteurs ont énormément investi dans des capacités de stockage ces dernières années, ce qui leur permet de vendre quand bon leur semble, ou en tout cas quand les prix leur semblent rémunérateurs. » Un plus grand étalement de la commercialisation par les producteurs contribue à réduire la volatilité des prix et à maintenir les prix dans un tunnel.

« Ceci dit, il ne faut pas faire l’économie de scénarios extrêmes. » Patricia Le Cadre estime qu’un « éclatement des bulles obligataires », sur les marchés financiers, est possible dans les prochains mois. « L’augmentation des dettes dans le monde commence à inquiéter les instances financières internationales comme le FMI. »

L’effet indirect des catastrophes naturelles sur les marchés agricoles

Faut-il craindre un remake de la crise de 2008-2009 ? « Non, les conséquences ne seraient pas les mêmes car le contexte est différent. Nous pensons au contraire que cet éclatement pourrait avoir un effet haussier.

Les aléas climatiques peuvent aussi avoir une incidence indirecte sur les marchés agricoles. Outre les énormes dégâts provoqués dans les cultures de canne à sucre et de bananes, l’ouragan Irma, qui a sévi pendant la première quinzaine de septembre 2017 dans les Antilles, a endommagé ou détruit deux millions de maisons. « C’est deux fois plus que lors du passage de l’ouragan Katrina. » Or, la plupart de ces maisons étaient hypothéquées. « Les banques, qui n’ont plus de garanties assorties aux prêts qu’ils ont octroyés aux habitants, peuvent se retrouver dans des situations délicates. » Des situations, là encore, susceptibles d’influencer les marchés en général et les marchés agricoles en particulier.

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