; La météo et la perspective de corridors en Mer noire font baisser les prix

Marchés céréaliers L'espoir de « corridors maritimes » en mer Noire fait refluer blé et maïs

Sofia Bouderbala et Clara Lalanne, avec Thomas Urbain à New York AFP

Les cours du blé et du maïs ont nettement reflué ces derniers jours, sous l'effet conjugué d'une météo plus propice aux cultures et de l'espoir suscité par l'hypothèse de corridors maritimes pour sortir des céréales d'Ukraine.

Vraquier, grainVladimir Poutine s'est dit prêt à travailler avec la Turquie à la libre circulation des marchandises ukrainiennes en mer Noire (©AdobeStock) Pour la première fois en trois semaines, le cours du blé est repassé mardi sous la barre de 400 euros la tonne sur Euronext, pour une livraison en septembre.

« Trois éléments principaux expliquent cette détente », selon Gautier Le Molgat, analyste chez Agritel: un « essoufflement de la demande face à un niveau de prix délirant », une «  amélioration des conditions de culture, notamment aux Etats-Unis », et l'espoir suscité par « les discussions sur les corridors maritimes » en Ukraine, où il reste encore 20 millions de tonnes de céréales à exporter en attendant la prochaine récolte.

Après trois mois de blocus, le président russe Vladimir Poutine s'est dit lundi prêt à travailler avec la Turquie à la libre circulation des marchandises en mer Noire, y compris « des céréales provenant des ports ukrainiens ».

Les Européens voudraient placer l'ouverture de ces « corridors sécurisés » sous l'égide des Nations unies, afin d'offrir des «  garanties légitimes de sécurité » à l'Ukraine qui devrait procéder au déminage de son port d'Odessa.

Mis en place par les autorités ukrainiennes pour défendre la ville et empêcher toute offensive russe par la mer, le minage du port bloque en conséquence le passage des vraquiers et bateaux.

« Part négligeable » des stocks

La prudence doit rester de mise pour Andreï Sizov, directeur général du cabinet de conseil agricole russe SovEcon: « Je doute que dans les circonstances actuelles, le Kremlin veuille aider l'économie et l'agriculture ukrainiennes. Ils peuvent faire un geste et laisser sortir quelques navires, qui seront assez courageux pour quitter ces terminaux, mais cela ne représenterait qu'une part négligeable des réserves de grains ».

Le marché a aussi réagi au fait « que l'Union européenne veut essayer d' acheminer plus de grains (ukrainiens) par voie terrestre et améliorer les infrastructures » pour ce faire, ajoute Michael Zuzolo, président de Global Commodity Analytics.

Or, poursuit-il, « le fait que les gouvernements occidentaux essayent d'améliorer le transport terrestre est, pour moi, une indication qu'ils ont quasiment renoncé à le faire sortir par la mer Noire ». D'autant que les Vingt-Sept viennent de s'accorder sur un embargo progressif sur les importations de pétrole russe, alors que Moscou réclame toujours la levée des sanctions.

Les analystes soulignent également que le marché a réagi aux semis ukrainiens, en recul d'un tiers pour le blé et de moitié pour le maïs, mais meilleurs qu'escomptés en temps de guerre.

Ironie du sort

Malgré le repli des derniers jours, « les prix vont rester élevés jusqu'à ce qu'on ait confirmation que ces récoltes pourront être exportées », estime Frank Cholly, de RJO Futures.

Pour Andreï Sizov, « l'ironie est que les fermiers français ou américains bénéficient de cette situation, mais pas les agriculteurs russes ». « Avec les taxes (à l'exportation) mises en place l'an passé, l'État prélève 70 % des revenus générés au-delà de 200 dollars la tonne pour le blé.

Aujourd'hui, les fermiers russes perdent 30 % de leurs revenus à cause de cette taxe », souligne-t-il. Et cela va durer, le droit d'exportation russe passant mercredi à 121,2 dollars la tonne contre 110,5 auparavant.

« Il faudra quasiment deux récoltes au niveau mondial pour retrouver un niveau d'équilibre, celle de l'an prochain servira pour reconstituer des stocks, donc on est parti sur des prix élevés pour un certain temps », pronostique Edward de Saint-Denis, courtier chez Plantureux et associés.

Il estime que « la balle est dans le camp de l'Europe, qui peut assouplir une partie des sanctions pour protéger de la famine (en Afrique notamment), ou durcir beaucoup plus pour contraindre les Russes ».

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