Marché du blé « Le prix mondial est affecté par les stocks mobilisables des exportateurs »

Renaud de Kerpoisson Terre-net Média

Suite à l’article « Les prix vont-ils continuer à monter ? » publié jeudi 22 juin sur terre-net, Renaud de Kerpoisson, président d’ODA, a souhaité compléter ses propos pour rappeler son analyse du marché.

« Chez ODA, nous pensons que la hausse du blé a commencé depuis longtemps. Du mois de mai 2016 à mars 2017, le marché français n'a fait que monter (nous étions du reste déjà un des rares analystes à ne pas prédire une baisse du marché lors de la précédente récolte). Les exportations ont été fortes sur le printemps et ces exportations ne sont pas le fruit de la baisse du marché en mars/avril 2017 (Euronext n'a fait que baisser du fait de l'évolution de la parité €/$ entre mars et mai) mais bien de fondamentaux propres au marché du blé et d'un besoin du marché mondial en céréales.

Renaud de Kerpoisson, président d'Offre et demande agricole Renaud de Kerpoisson, président d'Offre
et demande agricole. (©Terre-net Média)

Mais Euronext est une chose et le marché physique en est une autre. N'a-t-on pas vu des bases (primes sur les prix physiques relativement à Euronext) se développer notamment sur le nord de la France tout au long de l'année, même pour nos blés de mauvaise qualité à PS faible dont personne ne savait que faire et qu’il fallait brader en début de campagne si l’on écoutait « le marché » ? Oui le marché a même absorbé nos mauvais blés, et sur la fin de campagne, il n'y avait du reste plus d'écart entre les blés fourragers et les blés meuniers ! Le maïs quant à lui, est passé au-dessus du blé dans toute l’Europe depuis longtemps !

Toutefois nous n'avons pas que des clients en France. L'Angleterre et la Pologne ont beaucoup exporté en début de campagne et nous ont durement concurrencés mais sur cette fin de campagne 2016/2017, elles n'ont plus de blé. Les prix dans ces deux pays sont en prime significative sur ceux de la France. Leurs stocks sont particulièrement bas, les obligeant, l'un et l'autre à réimporter. Et oui, le blé fourrager coté sur le Liffe à Londres fin avril valait 5 € de plus que le blé meunier coté sur Euronext !

Bien sûr, comme de nombreux opérateurs, nous regardons l'USDA. Nous ne les croyons pas toujours pour autant. Par exemple, en début de campagne, cet organisme nous a parlé d'une récolte pléthorique en 2016 en Inde et en Russie. Déjà l’été dernier nous n’avons pas cru ces chiffres. Si les chiffres de productions indiens ont été significativement révisés en baisse depuis, ce n'est pas (encore ?) le cas des chiffres russes. Nous ne pouvons rien affirmer, mais nos modèles de rendement nous donnaient à l'époque des chiffres de production plus bas pour la Russie. Depuis quelques semaines, nous avons appris que certains traders avaient travaillé toute l'année avec des chiffres de production très inférieurs à ceux de l'USDA. En étant factuel, on constate que les prix russes sont montés pratiquement toute l'année, sur les ports et à l’intérieur des terres. Lors des derniers appels d'offre de la campagne, les origines russes étaient assez peu présentes (2 bateaux sur un appel d'offre de l'Égypte). Étonnant d'être si parcimonieux en cette fin de campagne, si l'on a des stocks supérieurs à 11 MT comme l'affirme encore l'USDA aujourd’hui. Monsieur Poutine n’est-il pas préoccupé par le bruit des casseroles des babouchkas, alors que le pays est en crise et que son pétrole ne se vend pas cher ? En affirmant une grosse récolte, n’est-ce pas un bon moyen de tenter d’éviter une inflation trop forte du prix de la farine domestique ?

« La climatologie actuelle n’est qu’un catalyseur supplémentaire du marché »

Pour nous, la raison de la hausse du blé provient de la situation en Chine, la climatologie actuelle n’étant qu’un catalyseur supplémentaire du marché. Pour des raisons sanitaires et environnementales, la production porcine en Chine (plus de 50 % de la production mondiale) a fortement baissé depuis 2014. Les consommations de céréales chinoises ont en conséquence beaucoup baissé et les stocks de céréales se sont constitués au fil des années, d’autant plus rapidement que  la Chine, depuis le ralentissement de son économie, a mis en place des prix de soutien élevés sur les céréales pour ralentir l’exode rural vers les villes. Alors que ce pays consomme maintenant beaucoup de viande et que les habitants de l’est de la Chine sont riches, il a importé beaucoup de viande de porc, principalement d’origine européenne tout au long de l’année 2016. Sur 2017 cela continue. Et pour produire 1 kg de porc, il faut 3 kg de céréales. C’est donc l’équivalent de 4 à 5 millions de tonnes de céréales européennes qui sont parties en Chine depuis un an.

Le « marché » parle depuis un an de stocks mondiaux pléthoriques ; c’est vrai. Mais une très grande partie de ce stock de blé est au milieu de la Chine, non mobilisable (et peut être maintenant d’une qualité un peu dégradée…).

Ce qui affecte le prix mondial, ce sont les stocks mobilisables des pays exportateurs. Force est de constater que, même en prenant en compte les chiffres du dernier bilan de l’USDA qui maintient un niveau de production russe élevé en 2016 et annonce une consommation mondiale de blé stable pour la prochaine campagne (la tendance annuelle est de + 9 MT depuis 10 ans),  les stocks mondiaux hors Chine ont stagné en 2016 par rapport à ceux de 2015 (et ce malgré des récoltes exceptionnelles, aux USA, en Australie, en Argentine, en Ukraine, au Canada). Ils baisseront l’an prochain et selon nous particulièrement en Europe. Je vous invite à vous inscrire gratuitement quelques semaines sur www.odaconnect.net pour prendre connaissance de notre analyse et de nos opinions pour les semaines à venir.

Bonne moisson à tous »

Pour surveiller les évolutions des cours des matières premières agricoles, connectez-vous sur :

Observatoire des marchés de Terre-net.fr


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net
Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous