Tchat commercialisation 2014 M. Portier : « Sauf incident climatique, les cours ne bougeront pas beaucoup »

Terre-net Média

Pendant une heure, vendredi 25 avril 2014, Michel Portier, directeur d'Agritel et spécialiste de la gestion de risque prix, a répondu aux questions des lecteurs de Terre-net concernant leur stratégie de commercialisation pour leurs récoltes 2014. Retrouvez toutes ses réponses.

Michel Portier, directeur d'Agritel, répond aux questions des agriculteurs sur la commercialisation de leurs récoltes 2014.Michel Portier, directeur d'Agritel, répond aux questions des agriculteurs sur la commercialisation de leurs récoltes 2014. (©Terre-net Média) 

afrederic : L’Ukraine semble s’enfoncer dans un conflit. Doit-on s’attendre à de possibles hausses pour la campagne 2014 ? N’est-il pas préférable de conserver une sensibilité à la hausse pour la prochaine récolte et du coup, d’attendre pour commercialiser ?

Michel Portier : Effectivement, la situation en Ukraine est très conflictuelle. Difficile d'en prédire l'évolution. On peut s'attendre à une tension croissante jusqu'aux élections prévues le 25 mai. Sur le marché, l'impact est beaucoup plus psychologique que lié à des fondamentaux de marché. La crise financière impactera néanmoins le potentiel de production de la récolte 2014. Les producteurs ont d'énormes difficultés de financement. A titre d'exemple, la Grivna, la monnaie locale, a dévalué de près de 80 % ces derniers mois. Cela met le pays quasiment en faillite.

PTEAU : Avec la banque Barclays qui se retire des marchés des matières premières, le risque n'est-il pas d’avoir des cours qui chutent dans le temps ?

Michel Portier : La banque Barclays s'est déjà retirée depuis plusieurs mois des marchés des matières premières agricoles. Son effet d'annonce la semaine dernière portait essentiellement sur les métaux et notamment sur les marchés physiques. La banque va conserver une activité sur les marchés futurs, notamment sur les métaux précieux et sur les énergies. Le retrait des banques des marchés agricoles est à relativiser car on constate qu'à l'inverse, les hedges funds ont tendance à revenir sur ces marchés.

Alex02 : D’après vos analyses les Etats-Unis ont pris du retard dans les semis de maïs. Est-ce un possible fait marquant de l’année ?

Michel Portier : Les semis ont certes pris un peu de retard mais compte tenu de la sur-mécanisation des farmers américains, ce retard ne devrait que peu influencer le marché, sous réserve que les semis soient réalisés au 15 mai. Nous estimons à ce jour que 35 % des mais seraient semés d'ici la fin du week-end, ce qui n'est pas loin d'une année normale.

Thierry : Il me reste encore du blé à vendre, avec des quantités assez importantes. Dois-je profiter de la hausse des cours ou attendre encore un peu ?

tchat marchés 2014

Michel Portier : Nous vous conseillons de vendre dès à présent car compte tenu de la précocité de l'état des cultures, la soudure de campagne sera précoce. On attend les premières orges vers le 15 juin dans le Sud-ouest. Cela limitera le potentiel de hausse de fin de campagne.

Jean-philippe : Pour les prix des engrais, doit-on s’attendre à une forte hausse si la crise sur la zone Mer Noire se poursuivait ?

Michel Portier : A court terme, les difficultés financières que rencontrent les agriculteurs ukrainiens pèsent sur leur capacité à acheter des engrais. Ainsi les producteurs d'engrais ukrainiens bénéficient d'importantes disponibilités d'urée qui font pression sur les prix. En revanche, à un horizon supérieur à 3 ou 4 mois, les producteurs d'engrais ukrainiens pourraient avoir à régler une facture de gaz plus importante si le fournisseur russe Gazprom met à exécution ses menaces. Des tensions haussières pourraient donc survenir à moyen terme sur les prix des engrais du fait de la crise en Ukraine.

Labaleine : En Ukraine, ils se tapent dessus. Vous qui êtes sur place, quelles conséquences aurait un conflit entre les Russes et les Ukrainiens. Quel impact sur les marchés ? Aux infos, on ne parle que de l’Ukraine, mais que se passe-t-il dans les autres pays qui pourraient influencer les marchés ?

Michel Portier : Très difficile de mesurer l'impact de l'Ukraine sur les marchés. Si une guerre civile venait à éclater, il est certain que le potentiel export du pays en serait affecté, ne serait-ce que par des problèmes de logistique. L'impact serait bien évidemment haussier sur les marchés. Comme dans tout conflit, il est difficile d'en mesurer le degré. Nous ne croyons pas à une extension du conflit à d'autres zones que l'Ukraine. La problématique actuelle est surtout liée à l'assèchement des crédits mettant à mal le financement des intrants. Nous avons d'ores et déjà révisé à la baisse notre estimation de récolte de maïs de plus de 5 Mt par rapport à l'an passé, soit 23,3 Mt estimés par nos consultants sur place contre 28,3 Mt en 2013. Les exportations, de ce fait, passeraient de 20 Mt à un peu moins de 15 Mt.

Stephanou : La météo s’annonce compliquée pour nous cette année. Mes betteraves n’ont pas eu une goutte depuis que je les ai semées… Une mauvaise année en France peut avoir une influence sur les cours ?

Michel Portier : Si la sécheresse n'affectait que la France, l'impact serait limité. Actuellement, le déficit hydrique touche la France, une grande partie de l'Allemagne, une partie de la Pologne, le sud de la Russie et environ 40 % des blés américains. Si ce déficit devait perdurer, les cours progresseraient sensiblement sur le blé, mais improbable de revoir les niveaux de 2008 ou 2012 compte tenu de l'abondance des stocks de maïs dans le monde. Donc on sera limité dans la hausse à cause du maïs.

Blédina : Vous publiez régulièrement un indice de volatilité. Comment se fait-il qu’il ne soit pas plus élevé comte tenu des évènements en Ukraine ?

Michel Portier : Cet indice est calculé sur des bases mathématiques (écarts-type par rapport à une moyenne) et l'équilibre des bilans prévisionnels sur l'ensemble des céréales limite de ce fait l'impact d'événements exogènes tels que l'Ukraine. Seul un incident climatique notable permettrait à l'indice de reprendre le chemin à la hausse de manière significative.

Steeve51 : Des éléments sur le prochain rapport Usda ?

Michel Portier : Le prochain rapport Usda, qui sera publié le vendredi 9 mai, devrait acter une révision à la hausse des exportations de maïs américaines. Pas d'autres grosses surprises à attendre.

Blédina : Est-ce que vous avez des prévisions de semis de maïs aux Etats-Unis ? Vont-ils produire plus ?

Michel Portier : Les prévisions de semis de maïs aux Etats-Unis s'affichent à 92 millions d'acres, soit un peu plus de 37,2 millions d'hectares. Cela reste très élevé mais légèrement inférieur à 2013. Cela devrait nous amener à une production autour de 354 Mt, niveau proche de celui de l'an passé.

Ant.duriez : Que penser des coopératives ou organismes stockeurs qui proposent des assurances Chiffre d'affaires ?

Michel Portier : C'est quelque chose qui est en voie de développement et qui s'inscrit plus dans une optique d'aides aux assurances revenus, ce vers quoi Bruxelles souhaite tendre.

Cerealier27 : Je n’ai engagé que 20 % de mon blé 2014. Puis-je encore attendre avant d’en engager davantage, ou faut-il se positionner maintenant ?

Michel Portier : Nous sommes actuellement engagés sensiblement sur le même niveau de production. Toute vente actuelle au-delà de ce seuil peut être accompagnée de call de resensibilisation à la hausse, avec un strike décalé de 10 à 15 €/t, afin d'en limiter le coût de la prime.

Jj : Quelle stratégie adopter pour les oléagineux en particulier pour le tournesol ?

Michel Portier : Le marché des oléagineux affiche une tendance baissière à long terme, dans le sillage du soja. En ce qui concerne le tournesol, la situation est d'autant plus préoccupante que les stocks d'huile en Ukraine et en Russie s'affichent à des niveaux records. Dans ce contexte, le potentiel de hausse du tournesol apparaît très limité.

Ant.duriez :  Y a t il un risque de chute importante des cours les prochains mois ou les cours vont rester plutôt stables ?

Michel Portier : Sauf événement exceptionnel, les cours affichés devraient rester dans le tunnel actuel, c'est-à-dire entre 200 et 210 €/t matif blé novembre 2014, et 360-375 €/t pour le colza même échéance.

Jj : Quelle est la situation sur les oléagineux ? Quelle stratégie adopter en colza ?

Michel Portier : En colza, nous privilégions l'achat de put novembre 2014 strike 360 € lorsque le marché s'approche de la résistance des 375 €/t. Le marché reste inscrit dans ce tunnel de prix.

Jean paul : A vous lire, la campagne 2014 se rapproche plutôt de la 2013 avec un niveau moyen des prix plus élevé ?

Michel Portier : Les bilans mondiaux prévisionnels sur 2014 sont très proches de l'an passé. L'équilibre ne semble pas bouleversé. C'est pourquoi la volatilité reste actuellement faible sur ce marché.

JEAN PIERRE GUCEMAS : Faut-il engager du blé tendre campagne 2014 ?

Michel Portier : Nous conseillons d'engager environ 20 % de votre récolte prévisionnelle sur les niveaux de prix actuels. Si vous engagez davantage, il est possible de racheter des calls légèrement décalés.

Vachemont : Pensez-vous que l'ouverture des contrats sur le Matif pour les tourteaux permettent enfin à nous les éleveurs de profiter d'une meilleure sécurisation de nos achats ?

Michel Portier : Oui, c'est l'objectif !

Tatou : Avec l'abandon des Ogm par nos gouvernements (à cause d'un lobbing des écolos et autres associations), notre production française ne va pas finir par se retrouver peu compétitive à l’export ?

Michel Portier : Notre compétitivité à l'export est déjà mise à mal de ce fait. Reste à espérer que les consommateurs accepteront de payer une prime non-Ogm pour compenser l'écart de compétitivité.

Cosimm : Au regard des dernières années, je me rends compte que le prix de campagne me convient très bien pour ma commercialisation. Le coût pour investir sur le marché à terme (frais d'ordre, prime sur les options) me semble réduire mes gains possibles sur le Matif. Pensez-vous réellement que le Matif soit un outil à destination des agriculteurs ? Les agris ne devraient pas plutôt bénéficier des services "dérivés" proposés par les coop / OS ?

Michel Portier : Aujourd'hui, la majorité des agriculteurs bénéficient effectivement des produits dérivés proposés par les organismes stockeurs. L'offre est de plus en plus enrichie, ce qui limite effectivement l'intérêt pour les agriculteurs, de traiter en direct.

Marie3 : Ou en est-on des agrocarburants ? Cela ne semble plus être présent dans vos analyses sur Terre-net. Est-ce passé de mode ?

Michel Portier : Le marché de l'éthanol semble à maturité aux Etats-Unis. Les analystes estiment que les besoins de maïs pour alimenter cette filière pour les cinq prochaines années devraient rester stables autour de 125 Mt/an. Néanmoins, les cours du maïs continuent de rester sensibles aux stocks hebdomadaires d'éthanol et à la production publiée par l'Usda.

Vachemont : Je reviens sur les tourteaux. Les éleveurs vont donc pouvoir profiter également d'une meilleure offre auprès des fournisseurs ?

Michel Portier : Difficile de répondre à cette question. Mais en tout état de cause, comme à chaque fois qu'un marché à terme est lancé, il y aura plus de transparence sur les prix.

Steph00 : bonjour, on nous annonçait il y a pas si longtemps une chute nette des prix pour la récolte 2014. aujourd'hui ils ont plutôt monté... quelles perspectives pour la récolte 2014 ? quel est le potentiel de baisse ? merci d'avance

Michel Portier : Nous avons toujours affiché que le potentiel de baisse était limité à 180 €/t base Euronext. C'est le niveau sur lequel le marché a rebondi. Aujourd'hui, la résistance s'affiche autour de 210 €/t. Pour franchir ce niveau, il faudra un incident climatique. Le prolongement du déficit hydrique dans les prochains mois pourrait être celui-là.

Roselyne : Bjr, vous parlez de El Niño dans un article. Comment cela va jouer sur le climat des pays ? Selon vous, quels sont ceux qui seront touchés ? A quoi peut-on s'attendre ? Cela va-t-il vraiment faire bouger les prix ? Merci

Michel Portier : L'effet El Niño toucherait essentiellement l'hémisphère Sud, avec pour conséquence une sécheresse avérée sur l'Australie, et des pluies abondantes sur le continent sud-américain. Les analystes estiment la probabilité de ces événements entre 50 et 60 %. Cela pourrait faire bouger les prix en seconde partie de campagne.

Tt : Dans un contexte où la population mondiale ne cesse d'augmenter, avoir des cours du blé matif inférieurs à 160€/T dans les 2 à 5 ans devient une probabilité quasi nulle ?

Michel Portier : Une probabilité quasi nulle, probablement pas. Nous restons attentifs à l'évolution du Pib en Asie. De plus, la consommation de produits carnés dans les pays développés est en baisse. Enfin, les Etats-Unis, grâce à leur gaz de schiste devraient devenir exportateurs d'énergie à l'horizon 2020. Cela entraînerait une baisse du coût des intrants, et donc des prix.

Agrible : On parle d’une forte augmentation de la surface en Canola pour la prochaine campagne. Ce critère est suffisant pour sécuriser une grande partie de sa récolte en colza ?

Michel Portier : Les surfaces de canola ne seraient pas en hausse selon Statcan contrairement à ce qui avait été anticipé par les opérateurs. En effet, l'organisme canadien affiche une légère baisse de surface à 19.8 millions d'acres soit environ 8 millions d'hectares contre 21 millions attendus par les opérateurs.

Michel : Depuis début mars, les cours du blé restent entre 200 et 215 euros. Y a-t-il des signes pour qu’ils dépassent ces prix dans les prochaines semaines ?

Michel Portier : Une stratégie de commercialisation se construit au fur et à mesure et ne doit pas se déterminer sur un coup de tête. Aujourd'hui, nous avons recommandé de vendre 20 % des volumes estimés accompagnés de calls de re-sensibilisation à la hausse sur novembre 2014 avec un strike de 215 €/T.

Terre-net Média : Ce tchat est maintenant terminé. Merci pour votre participation.

 

Pour suivre l'évolution des cours des matières premières agricoles, rendez-vous sur :

L'observatoire des marchés


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