Récoltes Louer une moissonneuse, une solution à étudier

Yann Kerveno Terre-net Média

A la tête d’un parc de quatre moissonneuses, Philippe Gouillart ne tient pas à se tromper et souhaite étaler le plus possible le financement de ses achats. Cet entrepreneur de travaux agricoles a opté pour la location qui peut, si affinités, se terminer par une vente.

MoissonMoissonnant 1.100 ha environ chaque année chez ses clients, Philippe Gouillart tient à disposer de matériels efficaces. (©Philippe Gouillart)

Après avoir travaillé pendant 17 ans dans une entreprise de travaux agricoles, Philippe Gouillart a décidé de se mettre à son compte en 1998 tout en exploitant une soixantaine d'hectares dans le Pas-de-Calais. Il a recours à la location de moissonneuses-batteuses depuis 2006. Et utilise ce service, payant, à des fins très étudiées.

« Ce système peut se révéler avantageux pour plusieurs raisons. La première : elle laisse le temps de voir si le matériel convient à ce qu'on recherche. J'ai toujours opté pour la location, sur deux ans, avant d'acheter l'engin en bout de contrat. Depuis 2006, j'ai procédé ainsi pour six machines, et sur les six, il n'y en a que deux que je n'ai pas conservées. »

Moissonnant 1.100 ha environ chaque année chez ses clients, Philippe Gouillart tient à disposer de matériels efficaces. Un atout majeur vis-à-vis de la clientèle, qui peut bénéficier des technologies les plus récentes.

Ne pas dépasser les termes du contrat

Concrètement, Philippe Gouillart souscrit des contrats de location de deux ans auprès de son concessionnaire Claas, qui ne sert que d’intermédiaire. Les moissonneuses sont couvertes par une garantie totale et, l’entrepreneur n’a jamais à intervenir sur l’engin. A chaque fin de campagne, un technicien de la marque passe inspecter la machine les machines et vérifier qu'elles n'ont pas fait plus d'heures que prévu dans le contrat.

Dans le cas contraire, une majoration est appliquée à l'annuité. « Et c'est très onéreux, témoigne Philippe Gouillart. Il ne faut pas se tromper quand on fait ses calculs de rentabilité avant de louer. C'est exactement la même chose que lorsque vous achetez. Si vous avez un contrat de 200 heures/batteur, il faudra faire en sorte de ne pas les dépasser. Tout en vous assurant, de l'autre côté, que l’engin tournera suffisamment pour payer l'annuité. Avant de se lancer, il faut être sûr d'avoir assez de surfaces à moissonner. »

Aujourd'hui, le parc de l’entreprise compte quatre moissonneuses :  une Claas Lexion 770 de 10,5 m en location et trois Lexion 550 de 6,6 m en propriété, après location préalable. 

Financer sur 8 ans au lieu de 6

Coût à l'hectare (hors main d'oeuvre et gasoil
Location (2 ans - 150 heures batteur)74 euros
Achat (amortissement sur 5 ans) 81 euros

Omniprésente au cœur des décisions de Philippe Gouillart, la question de la rentabilité, avec l'amortissement en point de mire. « Le recours à la location, c'est clairement une question économique, insiste-t-il. Pour acheter en fin de contrat, je peux emprunter sur six ans. Les deux années de location me permettent de financer l'engin sur huit ans. Si je l'achetais neuf, j'aurais beaucoup de mal à trouver un crédit de 8 ou 9 ans auprès des banques, qui fonctionnent habituellement sur six. Le prix de rachat est calculé au moment de la signature du contrat de location. Vous savez à quoi vous attendre, il n'y a pas de surprise. »

Autre intérêt de la location selon l’entrepreneur de travaux agricoles : « elle évite ou diffère l’achat du matériel, ce qui est appréciable lorsque l’on a déjà beaucoup investi. »

C’est également un outil de sécurisation de l'activité et de maîtrise des investissements. « Si vous perdez un gros client, il vous suffit de rendre la machine, vous n'avez pas à la revendre ». Vous ne prenez pas non plus de plein fouet la décote liée aux premières heures d'utilisation. Pourquoi alors ne pas louer tout son parc matériel ? « Mais parce que vous n'avez rien ! Une machine neuve à 200.000 € vaut encore 150.000 € six ans plus tard, une fois amortie. C’est loin d’être négligeable, d’autant qu’elle va continuer à faire des campagnes ! »

Phillippe GouillardPhilippe Gouillart a décidé de se mettre à son compte en 1998 tout en exploitant une soixantaine d'hectares dans le Pas-de-Calais. (©Phillippe Gouillart)

La location évite les surprises

Seul bémol au système pour Philippe Gouillart : les dates de paiement des annuités. Par principe, celles-ci sont à régler en septembre, ce qui convient bien aux entreprises et exploitations du sud de la France, qui ont terminé leurs moissons en juillet. Mais ici dans le Pas-de Calais, la récolte est tout juste rentrée et nos clients n'ont pas encore été payés. » Cette disposition impose alors d'importants efforts de trésorerie.

Cela dit, l’entrepreneur ne reviendrait pas en arrière. D’ailleurs, il loue aussi des ensileuses pour récolter les 500 hectares de maïs que lui confient ses clients. Pas plus de deux ans cependant et sans jamais les acheter car la décote est bien trop forte. « Ces engins sont mis à rude épreuve : la campagne dure 25 jours, 24 h sur 24. » Autour de Philippe Gouillart, la location se développe, même sur les tracteurs. « Aujourd'hui, les gens ont peur des frais de réparation sur des matériels devenus de plus en plus complexes et qu’on ne peut plus forcément réparer soi-même. Pour ne pas avoir de mauvaises surprises, ils se tournent vers la location. »


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