Désherbage électrique 1/2 Zasso Xpower : une alternative aux phytos ?

Pierre Havard Terre-net Média

La capacité à désherber sans herbicide, sans redouter l’apparition de résistance, sans bouger le sol et donc en évitant les relevées d’adventices, génère de très grandes espérances tant pour l’agriculture bio que celle de conservation. La disparition programmée du glyphosate ne fait qu’accentuer ce besoin de technologies nouvelles. L’une des solutions envisagées est le désherbage électrique. Dans cette première partie, nous présenterons le principe de fonctionnement de la machine. Un second article à paraître abordera les problématiques de sécurité et de mise en marché par CNH.

Denis Guilloton (en vert) explique la finalité de l’essai Zasso XpowerDenis Guilloton (en vert) explique la finalité de l’essai Zasso Xpower (©Pierre Havard)

Alors que les premiers essais de destruction des adventices avec de l’électricité remontent à la fin du 19e siècle, le désherbage électrique haute tension a déjà été proposé en France. Ainsi, Evrard a sorti en 1982 un système de désherbage haute tension destiné à éliminer les betteraves montées. Une barre transversale couplée à un générateur entrait en contact avec les plantes montées, le retour de courant se faisant par  le sol, relié à la génératrice. Si la destruction de la plante était réussie, l’appel de puissance était très important pour chaque plante en contact avec la « rampe ». La carcasse des pneumatiques était elle aussi impactée. Entre temps, plusieurs laboratoires de recherche et quelques entreprises ont travaillé sur le sujet. Parmi elles, la société Sayyou au Brésil a conçu l’électroherb. Zasso, société à capitaux suisses en a pris le contrôle pour assurer le développement. L’électroherb est devenu le Xpower après l’accord de distribution exclusive sur le marché agricole passé entre Zasso et CNH industrial.

Comment ça marche ?

Le principe de fonctionnement du Xpower repose sur le contact entre la végétation à détruire et  deux rangées d’applicateurs reliés au pôle positif de la haute tension. La fermeture du circuit est assurée par une troisième rangée d’applicateurs située en arrière reliés au pôle négatif. L’énergie électrique est obligée de passer par le système racinaire permettant à cette technologie de réaliser un désherbage systémique. Comment a été gagné le défi de la gestion de puissance qui avait posé des problèmes à la société Evrard ? Sur ce nouveau matériel, la largeur active (sous tension) à l’instant t est réduite à la largeur unitaire d’un applicateur (environ 20 cm). Chaque applicateur est alimenté en haute tension sur une durée très courte et à tour de rôle. La longueur de chaque applicateur lui permet d’envoyer plusieurs charges successives à une même plante. De ce fait, la vitesse d’avancement ne peut guère excéder 2 m/s (7,2 km/h).   

Avec la technologie du Xpower, l’efficacité du désherbage dépend de la biomasse présente, de sa nature (cellulose), de l’humidité et de l’énergie électrique appliquée. La durée des contacts  avec la plante selon la vitesse et la hauteur de végétation (0,01 à 1 s), la tension appliquée réglable entre 3 000 et 7 000 V, l’intensité (inférieure à 0,5 A)  et donc la puissance.

La question de l’impact sur la vie du sol reste posée. Un tel dispositif ne peut être neutre vis-à-vis de la faune et des micro-organismes du sol. Il s’agit donc de définir quels sont les niveaux d’impacts sur les acteurs de la vie du sol et des plantes selon les situations d’utilisation. De nombreux essais ont été conduits en Allemagne.

Plusieurs sites d’essais en France

Après la mise en place d’essais par Arvalis dans l’Est et l’Inra de Dijon, le Geda de Vendée a invité ses adhérents le 3 mai 2019 pour la présentation de l’Xpower  en partenariat avec Euratlan agriculture de précision, filiale du groupe Ouvrard. Environ quatre-vingt-dix adhérents ont répondu à l’invitation dans une exploitation bio puis une soixantaine d’adhérents dans une exploitation pratiquant l’agriculture de conservation. Sur cette dernière et pour répondre aux questions de l’efficacité de désherbage et de l’évaluation de la vie du sol, Denis Guilloton de la chambre d’agriculture des Pays de Loire a mis en place les modalités de tests suivantes pour la destruction d’un couvert végétal de graminées en vue de l’implantation d’un maïs. Témoin sans traitement, glyphosate, belouhka, Xpower à 2km/h, 4 et 7 km/h et 3 répétitions.  Un suivi sera réalisé sur plusieurs semaines. Les premiers prélèvements pour comptage des vers de terre et nématodes ont été réalisés juste avant le désherbage.  

Olivier Bouly de la société ZassoOlivier Bouly de la société Zasso (©Pierre Havard) 

Selon Olivier Bouly, représentant Zasso présent en Vendée pour la démonstration, la vitesse optimale de travail serait probablement 4-5 km/h, compte tenu de la végétation en place, pour une consommation de carburant de 15 l/h. Les graminées étant relativement fibreuses, avec une faible largeur de feuilles et beaucoup de pieds/ha (chaque pied devant être touché), il est nécessaire d’accentuer le contact en travaillant plus lentement que sur des couverts de féverole, vesce ou trèfle, beaucoup plus faciles à détruire. La consommation de carburant à l’hectare (non mesurée)  dans ces conditions serait de l’ordre de 14 à 17 litres pour un débit de chantier de l’ordre de un ha/h.

Le modèle présenté est celui de la première génération vu au Sima, avec une largeur de travail de 2,7 m. La génératrice et les onduleurs haute-tension sont situés dans l’armoire électrique portée par le relevage arrière du tracteur New Holland T6 165. Seuls les applicateurs (bandes en contact avec les plantes) sont présents sous le coffre monté sur le relevage avant.


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