; Point du vue Iddri et I4CE sur un système européen de stockage du carbone

Stockage du carbone agricole Climat et biodiversité ne doivent pas s’opposer selon l’Iddri et l’I4CE

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Selon l’institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et l’institut de l’économie pour le climat (I4CE), un système de stockage agricole du carbone dans l’Union européenne doit être compatible avec les objectifs de biodiversité fixés par la Commission européenne. Il ne peut « réussir que s’il s’accompagne d’une réduction de la production et de la consommation de produits animaux dans l’UE », selon les deux organisations.

Paysage agricoleLes objectifs climatiques et de biodiversité doivent être pris en compte dans le futur système de stockage agricole du carbone selon l'Iddri et l'I4CE. (©Pixabay)

Dans une note publiée le 27 janvier dernier, l’Institut du développement durable et des relations internationales (Iddri) et l’institut de l’économie pour le climat (I4CE) reviennent sur le Carbon Farming Initiative (système de stockage agricole du carbone). Cette communication de la Commission européenne publiée en décembre 2021 propose notamment de mettre en place un cadre de certification de la séquestration du carbone, qui permettrait de rémunérer les agriculteurs pour leurs actions en faveur du stockage du carbone. Pour les deux organisations, il faudrait prendre en compte à la fois le stockage de carbone mais aussi la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Pour l’Iddri et l’I4CE, il ne faut pas regarder que la question du climat mais également les objectifs en termes de biodiversité contenus dans la stratégie européenne du "Farm to Fork" et Biodiversity. La Commission européenne s’est en effet engagée à réduire de moitié l’utilisation des produits phytosanitaires d’ici 2030 et de baisser de 20 % l'utilisation des engrais.

Pour les deux organisations, il ne s’agit donc pas de rémunérer les agriculteurs qui, en baissant leurs émissions de GES ou en séquestrant davantage de carbone, iraient à l’encontre des objectifs de maintien de la biodiversité. Elles expliquent : « les critères suivants devraient être pris en compte : la réduction absolue de toutes les émissions de GES ; le renforcement de la séquestration du carbone dans les sols et des infrastructures agroécologiques ; la promotion de la diversification des agroécosystèmes, de la parcelle aux paysages ; et la réduction de la dépendance globale des systèmes agricoles aux intrants externes et de synthèse ».

Réduire la production et consommation de produits animaux

Concernant l’élevage, l’Iddri et l’I4CE estiment que le Carbon Farming Initiative ne peut « réussir que s’il s’accompagne d’une réduction de la production et de la consommation de produits animaux dans l’UE ». Et de justifier : « La production animale absorbe en effet à ce jour 43 % de la biomasse consommée dans l’UE, contre seulement 13 % directement utilisés pour l’alimentation, 23 % à des fins industrielles et 20 % pour la production d’énergie. » Il faudrait alors « privilégier les systèmes d’élevage extensifs, reposant sur une alimentation animale n’entrant pas en concurrence avec l’alimentation humaine – et en particulier les prairies extensives ».

L’Iddri et l’I4CE notent également qu’un système de stockage agricole du carbone ne sera efficace sur le long terme que si l’intégralité de la chaîne de valeur est intégrée : « les organisations collectives (organisations interprofessionnelles, organisations de producteurs, gouvernements locaux) capables de déclencher des changements systémiques souvent difficiles à obtenir au niveau individuel (comme la diversification des cultures et la réintroduction de légumineuses) ».

Enfin, les deux organisations défendent l’idée que « le stockage agricole du carbone n’est pas tant – comme l’a dit la Commission – un moyen de diversifier les sources de revenus des exploitations, mais bien un mécanisme qui devrait favoriser des transitions systémiques et durables des systèmes agricoles ». Les marchés volontaires du carbone n’ont donc pas, selon elles, un rôle prépondérant à jouer. Il faudrait, en revanche, « considérer le cadre d’évaluation du stockage agricole du carbone comme une « taxonomie », qui permettrait d’orienter des financements publics et privés.


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