L'Actu d'Arvalis Interculture : quelles stratégies de travail du sol adopter cette année ?

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Restructurer des sols tassés, contrôler le développement d’adventices, perturber les populations de limaces… la gestion de l’interculture revêt cette année quelques spécificités dans les régions touchées par les fortes pluies en mai et juin. Le point sur les opérations à mettre en œuvre pour assainir les parcelles selon le type d’interculture.

Travail d'un couvert d'intercultureLes cultures intermédiaires peuvent être des alliées dans le contexte de l’année 2016 (©Terre-net Média)

Les intempéries du printemps vont avoir plusieurs conséquences agronomiques sur la gestion de l’interculture (tableau 1).

Impact des intempéries sur la gestion de l'intercultureTableau 1 : Impacts des intempéries du printemps sur la gestion de l’interculture 2016 (©Arvalis)

Concernant le tassement et les possibilités de travail profond, il conviendra d’être vigilant cette année : même si la surface du sol a séché, les horizons sous-jacents resteront humides dans de nombreuses situations sans que cela ne soit trop visible. Or, pour réaliser un travail profond du sol (décompactage, strip-till, labour…), il faut attendre que le sol soit correctement ressuyé en profondeur. Il est donc important d’observer l’humidité de son sol sur la profondeur travaillée à l’aide d’une bêche.

Voici les préconisations d'Arvalis pour gérer l’interculture dans trois cas de figure :

  • Interculture colza-blé : laisser les repousses pomper l’eau du sol
  • Interculture blé-céréale d’hiver : jouer la carte d’un couvert végétal
  • Interculture céréale à paille-culture de printemps : travailler le sol en profondeur pour le restructurer

Interculture colza-blé : laisser les repousses pomper l’eau du sol

  • Réaliser un déchaumage superficiel, si possible après récolte, pour niveler le sol en cas d’ornières, détruire les adventices présentes et perturber les populations de limaces…
  • Puis laisser les repousses de colza se développer au moins trois semaines pour satisfaire aux exigences réglementaires de la Directive Nitrates (à adapter selon l’arrêté préfectoral local). Il faut les laisser jusqu’à ce qu’elles aient transpiré un maximum d’eau et que le sol soit redevenu ressuyé et friable sur l’équivalent de 25 centimètre environ (test à faire en prélevant une bêchée de sol sur cette profondeur).

Ensuite, plusieurs stratégies se dessinent :

  • Travailler le sol dès qu’il est ressuyé pour y pratiquer des opérations culturales : travail profond pour restructurer le sol si cela semble nécessaire ; travail superficiel pour réaliser des faux-semis, préparer le lit de semences, avoir une action sur les limaces…
  • Garder les repousses vivantes jusqu’au dernier moment pour y semer en direct le blé. Cela suppose que la structure du sol ne soit pas trop dégradée, en particulier si le sol est hydromorphe (risque d’ennoiement du blé l’hiver prochain)

Interculture blé-céréale d’hiver : jouer la carte d’un couvert végétal

  • Réaliser un déchaumage superficiel si possible après récolte pour niveler le sol en cas d’ornières, détruire les adventices présentes, perturber les populations de limaces, enfouir les pailles…
  • Implanter une culture intermédiaire rapidement après la moisson, par exemple à l’occasion du déchaumage. Avant une céréale d’hiver, il faut éviter les couverts de graminées et les repousses de céréales. On peut au contraire choisir des espèces d’autres familles, idéalement peu appétantes pour les limaces vu le contexte de l’année : moutardes, radis, phacélie, lin, sarrasin, vesce, lentille, gesse, trèfle incarnat, féveroles.

Ensuite, plusieurs stratégies se dessinent :

  • Détruire le couvert et travailler le sol dès que le sol est ressuyé pour y pratiquer des opérations culturales : travail profond pour restructurer le sol si cela semble nécessaire, travail superficiel pour réaliser des faux-semis, préparer le lit de semences, avoir une action sur les limaces…
  • Garder le couvert vivant jusqu’au dernier moment pour y semer en direct le blé. Cela suppose que la structure du sol ne soit pas trop dégradée, en particulier si le sol est hydromorphe (risque d’ennoiement hivernal de la céréale d’hiver).
Quatre points d’humidité en moins sur la couche de surface

Même s’il n’existe aucune obligation réglementaire d’en implanter avant des cultures d’automne, les cultures intermédiaires peuvent être des alliées dans le contexte de l’année 2016. D’une part, elles seront à même de capter l’azote issu de la minéralisation de la matière organique qui devrait être plus importante que d’habitude. D’autre part, elles contribueront à assécher la réserve en eau des sols en utilisant la transpiration des plantes semées.
Des simulations réalisées avec le logiciel « Jours disponibles » montrent que lors d’étés humides, les cultures intermédiaires peuvent réduire la quantité d’eau dans le sol de 15 à 20 mm sur la couche 0-25 cm (et presque le double en intégrant les couches profondes). Cela représente un abaissement de l’humidité du sol d’environ 4 points sur la couche arable. Dans des conditions limites, cela peut permettre d’intervenir plus facilement sur un sol ressuyé sous un couvert que sur un sol nu. Lors de scénarios climatiques avec un été plus sec, l’effet d’assèchement du sol est inférieur (10 à 15 mm dans un contexte où l’humidité du sol est moins limitante).

L’implantation d’un couvert d'interculture peut avoir plusieurs rôles : faciliter le travail du sol en profondeur à une humidité correcte, favoriser la restructuration naturelle des sols par fissuration (conditionnée par l’assèchement du sol), contribuer à restructurer le sol par la présence de racines (principalement dans les dix premiers centimètres).

Interculture céréale à paille-culture de printemps : travailler le sol en profondeur pour le restructurer

Une interculture longue laisse plus de temps pour intervenir et notamment restructurer des sols compactés, d’autant que les cultures de printemps sont particulièrement sensibles au tassement du sol. Dans les sols ayant du mal à ressuyer en profondeur, il est possible que le décompactage soit difficile à mettre en œuvre. Intervenir sur un sol ressuyé et friable en profondeur est une condition nécessaire à un travail efficace de l’outil. Cela dépendra en partie du climat dans les semaines à venir.

La présence de cultures intermédiaires en interculture peut décaler les interventions et rendre tout décompactage impossible à réaliser soit avant le semis du couvert (sol encore insuffisamment ressuyé en profondeur), soit après sa destruction (sol trop humide en fin d’automne). Deux scénarios sont alors envisageables :

  • Semer un couvert rapidement après moisson pour bénéficier de son effet sur l’humidité du sol et le détruire mi-septembre pour travailler le sol en profondeur à cette époque-là. C’est la période où l’humidité du sol sera probablement la plus basse (avec un climat « moyen »). La limite de cette stratégie est réglementaire, dans la mesure où le couvert sera détruit plus tôt que ce que la Directive Nitrates n’autorise habituellement. Il existe cependant un système dérogatoire permettant une souplesse de gestion des cultures intermédiaires en cas de phénomènes climatiques exceptionnels (dérogation non connue à ce jour).
  • Semer un couvert rapidement après moisson et décompacter en septembre sur le couvert en place. Cela est possible avec des couverts résistants à l’écrasement (seigle, avoine…). Cette stratégie permettrait d’atteindre les objectifs de restructuration et de couverture des sols.

Les sols humides en ce début d’été laissent aussi entrevoir la possibilité de semer des cultures dérobées (voir articles « Que peut-on semer comme fourrage en début d’été ? » et « Comment réussir l’implantation en dérobées après une céréale ? »)


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