Paroles de lecteurs Le redressement judiciaire permet de remettre l'exploitation sur les rails

Terre-net Média

Le redressement judiciaire des exploitations agricoles, un sujet pas si tabou que cela vu les commentaires des lecteurs de Terre-net. Bien sûr, il y a ceux qui considèrent que les huissiers et les mandataires sont des voyous, qui ne cherchent qu'à les détruire et à gagner de l'argent sur leur misère. Mais d'autres, ayant vécu visiblement cette situation, reconnaissent que cette procédure, certes très difficile moralement - le monde paysan n'étant pas toujours tendre - peut sauver la ferme à condition de bien la préparer, et d'être bien entouré par sa famille et conseillé par des gens compétents. Le plus important : repenser son système de production, sinon on va droit dans le mur !

agriculteurs travaillant dans un champSelon Liquidité judiciaire, la fausse solidarité paysanne mérite d'être dénoncée. (©Watier-Visuel // Création Terre-net Média) 

Liquide judiciaire : « La réalité, c'est qu'il n'y a personne de compétent pour accompagner les exploitants agricoles en liquidation judiciaire. Même pour la justice, notamment les mandataires et les huissiers, tu n'es qu'une affaire juteuse qu'il faut dégrader pour toucher le gros lot. Tu es déjà considéré comme mort dès le début. Concernant les mandataires, regardez les articles de presse sur internet : vous verrez qu'ils sont intouchables, injoignables, qu'ils ont le monopole et qu'ils sont presque tous corrompus ! »

Jean marc-89 : « Cet article que l'on voit sur toutes les revues agricoles est totalement bidon. Lorsque que la procédure est engagée, elle est prise en main par des voyous, qui ne pensent qu'à vous détruire par tous les moyens possibles, avec la complicité de juges encore plus minables, de véritables bandits de grands chemins. Au lieu de faire de la publicité mensongère pour ces procédures, il serait mieux de nous indiquer les coordonnées d'une institution judiciaire qui aurait le courage d'ouvrir des enquêtes et de les faire aboutir à des condamnations. Je souhaiterais une enquête sur le Tribunal d'Auxerre et je serai le premier à témoigner ! J'espère que la chasse aux voyous, si bien protégés, va bientôt ouvrir. »

Liquidé judiciaire : « Ignoble article qui ment au gens. Voir l'association Aide entreprise qui vous montre l'envers du décors. Les mandataires judiciaires finissent de vous achevez ! Au début, à moi aussi, ils ont fait un beau sourire et m'ont dit "ça va aller" et après la liquidation, ils ont fait les morts. Cela rapporte plus aux mandataires ! Et les dettes continuent... Bref, un massacre ! »

Liquide judiciaire : « Une chose importante mérite d'être dénoncée : la fausse solidarité paysanne. Autant dire que tu es en quarantaine et exclu de la profession comme si tu étais contagieux ! Enfin quand la liquidation est terminée, les rapaces "qui sont d'autres agriculteurs" viennent prendre des restes gratuits sans aucun scrupule ni aucune gêne (récupération des clôtures par exemple...). Et je reste poli ! »

Liquidé judiciaire : « Autre info utile : pendant la liquidation judiciaire, vous n'êtes plus tenu d'exercer ! Or, la justice vous laisse des mois avec le troupeau sur le dos à nourrir à vos frais ! Elle bousille aussi vos fermages. Or, la cour de cassation rappelle que les baux ruraux sont incessibles. C'est le propriétaire qui décide, pas le tribunal. »

« un redressement judiciaire, c'est mieux que de voir l'exploitation partir, ou de mal finir... »

GL65 : « Certains commentaires négatifs semblent venir de personnes qui ont subi ces procédures, peut-être sans s'y prendre assez à l'avance, et dans des départements que je connais pas. En tous cas, prise à temps et bien accompagnées, elles peuvent sauver l'entreprise, j'en sais quelque chose... même si ça coûte. Pour moi, le tribunal a été très bien et à l'écoute, mais ce n'est pas facile du tout ! Toutefois, c'est mieux que de voir l'exploitation partir, le matériel, les animaux..., ou de mal finir... »

Nemesis : « Comme dans tous les secteurs économiques, un redressement judiciaire se prépare ! On fait attention à son régime matrimonial, on met le maximum de biens hors procédure, etc. Ensuite, on ne dépose le bilan pas après la récolte mais avant, on ne plante pas les petits fournisseurs près de chez soi (réparateur, entrepreneur, véto...) parce qu'ils ne pourront pas s'en remettre et qu'on aura besoin d'eux après. On ne plante pas non plus son comptable, très utile pour présenter un plan de remboursement au tribunal. Un redressement gèle toutes les dettes existantes au jour J et on repart à zéro à partir de ce que l'on a à vendre (d'où l'intérêt d'avoir une récolte non gagée, non warrantée) et on ne doit pas faire de dettes supplémentaires. Tout ça, c'est ce qui est légal. Après, il y a le "un peu plus limite" : apporter à la coop. la moitié de la récolte et conserver le reste ailleurs, aller voir son réparateur ou son entrepreneur et leur demander d'attendre pour facturer (facture post redressement pas intégrée dans la procédure) et tout autre "arrangement". Par ailleurs, il faut vivre son redressement et au début, c'est sacrément difficile ! Surtout, il faut repenser son modèle de production : déposer le bilan pour continuer pareil, ça ne sert à rien ! Pour finir, il faut retrouver la confiance des banques, ce qui n'est pas du tout impossible... ça prend 4-5 ans mais elle revient, quitte à changer de "crèmerie". Parce que la capacité à investir, c'est primordial (votre vieux tracteur ne durera pas 15 ans, votre remboursement du passif si !) 

Tell14 : « Liquide judiciaire, je pense que nous comprenons ton point de vue mais je n'ai jamais dit que le redressement judiciaire était le top. Quand tu commences à réfléchir si tu dois le faire ou pas, c'est que c'est déjà dur financièrement et tous les redressements ne finissent pas bien. Attention aussi à bien préparer la famille : si vous avez des enfants en lycée agricole, les infos vont très vite. Et puis, on parle des 3 D : dépôt de bilan, déprime et divorce. L'autre avantage du redressement judiciaire : c'est un vrai révélateur pour savoir qui sont vos vrais amis. On a souvent des surprises ! Votre voisin qui court chez vos propriétaires, les discussions qui s'arrêtent quand vous arrivez à la coop... En plus de bien préparer son redressement sur le plan financier, il faut aussi se blinder moralement. Ensuite, au bout de quelques mois, cela se calme. Attention aussi : quand vous déposez le bilan, vous pensez avoir du temps mais les semaines passent très vite. Il ne faut pas s'endormir. Il faut analyser les problèmes et les résoudre. Avoir des regards extérieurs est essentiel (associations, techniciens, etc.). Et cela peut faire du bien de parler, tout simplement. »

Tell14 : « Même expérience que GL65 : un tribunal à l'écoute, un mandataire qui se bat pour faire valoir nos droits avec les banques, etc. Bien sûr, cela a un coût mais les agios à la coop à 1,5 % par mois ne sont pas gratuits non plus, ni les frais financiers à la banque. En revanche, qui arrive à changer de banque une fois l'exploitation remise sur les rails ? Après un redressement judiciaire, aucune ne vous accueille à bras ouverts... »

Tell14 : « Pour avoir fait un redressement judiciaire sur une exploitation laitière, je peux vous assurer que cela m'a permis de remettre mon entreprise sur les rails et de retrouver le chemin de la réussite. Malgré tout, il s'agit d'un moment difficile moralement car vos fournisseurs et la banque vous font grise mine. L'avantage : c'est un tribunal qui tranche les litiges et non plus les fournisseurs... et ils doivent, par exemple, justifier leurs pratiques ou leur calcul d'intérêt de retard. C'est pour ça qu'ils n'aiment pas les redressements judiciaires : ils sont obligés de respecter la loi, fini les agios à 1,5 %/mois ! Il ne faut pas avoir peur de faire le premier pas, mais il y a trois choses très importantes. 1) Si vous avez des factures en retard au centre de gestion, il ne vous conseillera pas le redressement par peur de voir leur règlement étalé sur 15 ans. 2) Ne jamais signer une cession de créance car elle ne rentre pas dans la procédure. Si vous en signez une sur la paye de lait ou sur un contract de blé, cela se complique. 3) Rester discret au début de la procédure, le temps que les choses se mettent en place. Il faut deux ou trois mois et si vous ne voulez pas de visite de l'huissier, on ne parle pas de procédure. Faites appel à un avocat qui maîtrise bien le domaine rural. Si vous êtes en grande difficulté financière et si vous voulez vous en sortir, posez-vous la question du redressement judiciaire. » 


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