Emmanuel Drique, agriculteur (Eure) « Contrôler les adventices plutôt que les éradiquer tout en limitant la chimie »

Terre-net Média

Emmanuel Drique se déclare satisfait du niveau de salissement de sa ferme. Mais en blé, le ray-grass le pousse à compléter sa palette déjà bien fournie d'outils de lutte contre les adventices.

Emmanuel DriqueÀ Bézu-Saint-Éloi (Eure), sur 158 ha, Emmanuel Drique cultive 60 ha de blé, 25 de colza et 20 d’orge d’hiver. Il intègre, en cultures de printemps, 15 ha de maïs grain, 10 de pois, 10 d’orge, 10 de luzerne pour la déshydratation et 10 de féverole. (©Terre-net Média)

Les ray-grass sont présents sur la ferme depuis longtemps, arrivés a priori avec l’épandage des eaux de rinçage des betteraves de la sucrerie. « Pourtant en système simplifié, j’avais peu de problèmes d’adventices jusqu’il y a 10 ans. Une sulfo au printemps ou un DFF à l’automne et le tour était joué. » Il y a cinq ans, les ray-grass ont commencé à résister aux traitements. « Les sulfonylurées, de même que les antigraminées foliaires, ont vu leur efficacité chuter. » Les infestations se sont intensifiées. « Surtout, en non-labour depuis 20 ans, je devais faire sans ce moyen majeur de lutte contre les mauvaises herbes. »

Emmanuel Drique, membre du groupe Dephy Eure, a commencé à diversifier sa rotation il y a une dizaine d’années avec des légumineuses, d’abord pour amener de l’azote à son système et pour étaler les travaux. « Avant, j’avais beaucoup de blé sur blé et je me retrouvais parfois avec un rendement catastrophique en deuxième blé. Je voulais aussi casser ce schéma. » L’introduction du maïs, il y a trois ans, a renforcé ce levier qu’est la rotation : une culture d’été, avec une date de semis plus tardive, pour une flore adventice encore plus variée.

Deux faux-semis après la récolte (le deuxième au plus tard le 25 septembre pour laisser deux semaines avant les semis d’orge), « d’efficacités assez aléatoires », font également partie du plan d’action. De même que la date de semis. « Pas avant le 10 octobre pour l’orge. Et le 15 octobre pour le blé, ou le 15 novembre derrière maïs. »

70 à 80 €/ha pour désherber du blé

Depuis l’année dernière, en complément des mesures agronomiques, Emmanuel Drique intervient à l’automne sur toutes ses surfaces sauf derrière maïs, en deux passages « pour éviter les phénomènes de phytotoxicité ». « Défi en prélevée à 2 l/ha et Fosburi à 1-2 feuilles à 0,4 l/ha. Jusqu’alors, je m’obstinais à attendre le printemps pour traiter avec Axial. Il y a deux ans, j’ai perdu entre 3 et 5 q/ha sur toute ma sole de blé et j’ai même dû broyer un hectare. » Dorénavant, en sortie d’hiver, l’agriculteur observe d’abord ses parcelles, avant d’agir avec Atlantis, si besoin seulement. « Un rond de mauvaises herbes ou quelques pieds disséminés ne me gênent pas. Mon objectif n’est pas l’éradication, mais le contrôle. » Chaque culture de la rotation reçoit systématiquement un herbicide contre le ray-grass, un Kerb en colza par exemple.

Emmanuel Drique ne court pas après la chimie. Il n’applique « pas de chlortoluron, surtout à l’automne, parce que cette matière active se retrouve dans l’eau ». Il préfère ne pas avoir recours à un programme complet sur colza, type Colzor Trio ou Novall, qui « freine la levée de la culture et du coup augmente sa sensibilité aux altises et aux limaces ». Mais, pour l’instant, il n’imagine pas s’en passer. Il a cependant réussi à réduire son Ift herbicides de 2,23 en 2013 à 1,75 en 2015. « À part en blé, où la situation est parfois difficile à gérer, je suis satisfait du niveau de salissement de ma ferme. » Emmanuel Drique consacre 70 à 80 €/ha au désherbage de cette culture.

Toujours en quête de solutions alternatives, il envisage de choisir des variétés plus couvrantes, comme Granamax. « Je pense aussi ajouter le binage du maïs à ma palette d’outils. Toutefois, il est surtout efficace contre les dicotylédones, moins contre le ray-grass excepté en cas d’intervention précoce. » Il étudie même le retour du labour, d’hiver uniquement et dans certaines parcelles. « Mais pas dans les côtes, ni dans les cailloux ou l’argile. La structure du sol est bonne, pas question d’y toucher. Ailleurs, vu le taux de décroissance de la graine de ray-grass, le labour pourrait venir à bout d’une infestation en trois ans. »


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