Semis de betteraves De 30 à 60 cm, le grand écart vaut-il la peine ?

Nicolas Cavenne et Mathilde Carpentier Terre-net Média

Améliorer la productivité en modifiant l’écartement entre les rangs : cet objectif a poussé l’Institut technique de la betterave à tester, au semis, des inter-rangs de 30 et 60 cm en prenant comme témoin un écartement conventionnel de 45 cm. Les bilans de campagne ont été l’occasion de partager ces résultats.

Parcelle de betteravesComparaison de salissement par les adventices, à l'intérieur d'une parcelle, entre un inter-rang de 30 cm au premier plan et un inter-rang de 60 cm en arrière-plan. (©Hugo Crécy, ITB)

Quelle que soit la culture, une question est récurrente : la largeur de l’inter-rang. Cherchant le meilleur compromis entre optimum agronomique et mécanisation, l’Institut technique de la betterave (ITB) a mené des expérimentations visant à comparer le comportement à la levée et la productivité de plusieurs inter-rangs (30, 45, 50 et 60 cm) en sols de limons, craie et sable (1). Globalement, « en raison d’un espacement idéal entre les plantes, un écartement de 30 cm assure une meilleure répartition au sol des betteraves et favorise leur croissance grâce à un accès plus facile à l’eau et aux éléments minéraux. Quant aux inter-rangs de 60 cm, fréquents aux États-Unis, ils limitent les coûts de production en réduisant le nombre de passages ».

Moins d’adventices à 30 cm…

Dès la levée, la couverture du sol est rapide pour les semis à 30 cm. La betterave prend l’avantage dans la compétition avec les adventices et les parcelles se salissent moins, surtout par rapport au plus grand écartement testé. De même, la productivité s’améliore de 2 - 3 % en moyenne selon les régions comparé à un inter-rang de 45 cm, avec une forte variabilité toutefois. Les équipes de l’ITB ont également essayé d’accroître le nombre de pieds par hectare de 100 000 à 130 000, sans grand résultat. « Dans tous les essais, un peuplement de 100 000 pieds/ha permet d’obtenir un rendement optimal pour n’importe quel type de sol. La surpopulation au semis n’apporte rien », confirme Hugo Crécy, responsable agroéquipements à l’institut. Les travaux, réalisés depuis deux ans par l’Institut allemand de la betterave (IFZ pour Institut für Zuckerrübenforschung), sur les écartements de 30 cm, sont également encourageants : les rendements ont progressé de 8 %, une hausse « à prendre avec précaution » néanmoins (cf. encadré) et qui demande à être confirmée par d’autres tests en France. Notons, à l’inverse, qu’un écartement de 60 cm affiche un rendement inférieur de 3,5 à 5 % par rapport à la modalité 45 cm.

Écartement 30 cmÉcartement 45 cmÉcartement 60 cm
Écartement 30 cmÉcartement 45 cmÉcartement 60 cm

Les trois écartements testés par l'ITB (photos prises le 5 juin 2017) (©ITB)

… mais plus de passages

Malgré ses nombreux atouts, le semis à 30 cm présente quelques inconvénients. Tout d’abord, il augmente le nombre de passages quel que soit le chantier, d’où des frais supplémentaires et un temps de travail plus important. De plus, il complique le recours au binage. « Les roues ont plus de mal à passer entre les rangs de betteraves, mais des pneus plus étroits limitent la taille du matériel, donc le débit de chantier. D’autant que la rapidité de recouvrement des rangs réduit le nombre de jours disponibles pour cette intervention. »

Par ailleurs, « aucun engin de récolte ne travaille à cet écartement », renchérit Sébastien Dillies, chargé de communication chez Ropa. La marque d’arracheuses à betteraves « s’intéresse bien sûr à cette technique et aux études la concernant afin de concevoir, si nécessaire, des modèles adaptés au semis à 30 cm ». Enfin, rapprocher les rangs de betteraves a des conséquences négatives sur la tare terre. En attendant d’autres essais, le semis conventionnel, à 45 ou 50 cm, reste donc le meilleur compromis (débit de chantier, voie des machines utilisées, tare terre). Entre les deux, « un inter-rang supérieur de 5 cm entraîne une légère baisse de rendement (< 1 %), largement compensée par la diminution de la tare terre et l’arrachage facilité. En plus, les passages de roues sont simplifiés, d’où un gain de temps de 10 % ». Par ailleurs, les feuilles couvrent le sol assez rapidement à la levée, ce qui freine le développement des mauvaises herbes.

Démariage et compensation des rangs
Le protocole d’essai de l’institut allemand de la betterave, « met en œuvre un semis dense (pas de matériel pour un si faible écartement) suivi d’un démariage, explique Hugo Crécy. On garde une betterave tous les 30 cm, ce qui équivaut à un taux de levée de 100 %. Par ailleurs, les tests sont réalisés avec un semoir 4 rangs. L’espacement de 45 cm permet à la betterave, qui dispose d’un fort pouvoir de compensation, de mieux puiser l’eau et les éléments minéraux. Ainsi, les plantes situées sur le 4e rang vont profiter d’un écartement plus important vers la droite et celles du 3e rang aussi, par répercussion. »
Roues étroites ou larges pour les passages de pulvérisateur ?
Les engins aux roues larges impliquent de supprimer un certain nombre de rangs de betteraves. Sachant que ceux en bordure ont un fort pouvoir de compensation. « Leur potentiel peut atteindre 122 % de celui de la parcelle. Nous estimons à 1 % seulement l’écart de rendement entre un champ sans et avec passages de roues de pulvérisateur, de 28 m de diamètre, en tenant compte de l’économie de semences induite par la coupure de rangs. » Sachant que les roues étroites sont sources de pertes et d’inconvénients non chiffrables : elles peuvent endommager les racines et entraîner des blessures, à la récolte, par les organes d’arrachage. Les betteraves peuvent être déchaussées ou se retrouver dans le creux des passages non récoltés. En outre, les roues étroites sont moins confortables pour l’agriculteur.

(1) Il s’agit, en fait, de quatre essais récoltés mécaniquement en 2017, hors passages de roues du tracteur semeur et population similaire.


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