Sur les chemins de l'agro-écologie « De l'allongement des rotations à l'agriculture de conservation des sols »

Terre-net Média

Trame (association nationale de développement agricole et rural) propose un recueil de 17 témoignages d'agriculteurs ou salariés agricoles tournés vers l'agro-écologie. Parmi eux, Cyrille Ducat, polyculteur éleveur dans les Ardennes, souhaitait pouvoir gérer seul son exploitation et a donc cherché à simplifier son système pour gagner en confort de travail. Il a d'abord allongé ses rotations, diversifié ses cultures, et introduit maintenant les couverts végétaux.

Cyrille DucatCyrille Ducat a témoigné de son cheminement vers des pratiques agro-écologiques, motivées au départ par une recherche de simplification et de gain de confort de travail. (©Trame)

L'exploitation
Aubigny les Pothées, Ardennes
135 ha dont 80 ha de cultures
45 vaches laitières (en GIE), leurs suites et des taurillons
Les hommes et les femmes qui travaillent
Cyrille Ducat travaille la plupart du temps seul. Il a parfois recours à de la main-d’œuvre externe, une personne de confiance (0,25 UTH). Pour les chantiers de récolte, il travaille en banque d’entraide avec ses collègues de la Cuma.

Les pratiques initiales

« J’étais en système polyculture-élevage avec un quota laitier de 300 000 l. J’effectuais la traite seul. L’alimentation du troupeau était à base de maïs ensilage. Les contraintes de travail étaient très importantes, j’étais essoufflé, je me rendais compte que gérer seul une exploitation de ce type serait très difficile et que je devais m’engager dans la simplification pour gagner en confort de travail.

Cyrille Ducat
Âge : 40 ans
Formation initiale : BTS Acse
Date d’installation : 1er octobre 2004 (après avoir été responsable de silo pour une coopérative céréalière)
Implication dans les réseaux de Trame : vice-président du GDA de la Thiérache, administrateur FDGDA des Ardennes
Autres implications : 1er adjoint d’Aubigny les Pothées
Contact : ducat.cyrille@orange.fr

Les changements

J’ai allongé les rotations et diversifié les cultures. Je suis ainsi passé d’une rotation courte (colza, blé) à une rotation plus longue (5 à 6 cultures différentes). J’ai introduit des cultures de printemps comme l’avoine (alimentaire), le pois, l’orge d’hiver, et plus récemment, les couverts végétaux sous colza. Ceci va me permettre de diminuer mon IFT.

J’ai signé une MAEC polyculture-élevage impliquant un minimum de 40 % d’herbe dans mon assolement. Les changements que je mets en place ont aussi un impact territorial. Je n’ai pas envie d’augmenter mon cheptel mais j’augmente ma production d’herbe. Je vais commercialiser ce surplus auprès d’un Gaec voisin qui possède un méthaniseur. Je suis intéressé pour récupérer le digestat car je dois faire attention au taux de matière organique dans mes sols. Je fais en plus de l’échange paille-fumier avec trois voisins.

Je travaille beaucoup en entraide dans le cadre d’une Cuma. Nous réalisons les chantiers de récolte ensemble. J’ai fait le choix de changer mon système pour transmettre à mes enfants un système propre, un sol qui soit sain, qui puisse produire. Le système dans lequel j’étais appauvrissait mes sols, leur structure se dégradait. À court terme, je n’ai jamais visé les rendements hauts, je regarde ce qu’il me reste à la fin. Ceci est d’autant plus vrai depuis que j’adhère au GDA de la Thiérache car nous comparons nos coûts de production, nos marges. Le conseiller, Didier, a une vision globale, une approche système très intéressante qui nous confronte.

De plus, je fais partie du réseau Dephy depuis 2011 : nous sommes 12 dont 5 depuis le départ. Ce réseau m’a ouvert les yeux sur de nouvelles perspectives. Tout seul, je n’aurais jamais osé. J’ai fait le choix de m’associer dans un GIE pour mon troupeau. Je garde mon tank, mon quota, mais nous sommes beaucoup plus nombreux pour effectuer la traite. Je suis plus disponible pour ma famille.

Les risques

Je n’ai pas senti de risque, je savais que je devais aller dans ce sens. Je maîtrise mes coûts, je les connais, c’est certainement dû à mon expérience professionnelle précédente. Il faut accepter les pertes de rendement, mais si on connaît bien ses charges, on relativise. 

Les difficultés rencontrées et les solutions

Je n’ai pas rencontré de difficultés particulières pour réaliser ces changements, si ce n’est qu’il faut être patient. Les résultats sont loin d’être immédiats, il faut garder la foi. Au bout de dix ans, j’ai l’impression d'en récolter les fruits. Je constate que je passe beaucoup plus de temps à l’observation de mes parcelles qu’auparavant. J’ai subi les regards critiques de quelques voisins, j’ai considéré qu’il s’agissait de curiosité. Ils me posaient des questions, je répondais, partageais. Ils ont vu que ça peut marcher, ils n’ont pas encore osé franchir le pas mais ils sont interpellés, posent beaucoup de questions, discutent.

Les sources d’information

J’ai rencontré quelques échecs bien sûr, ça fait partie de notre métier. À chaque fois, je les ai quantifiés, cela m’a permis d’être prudent. Dans les moments de découragement, j’appelais mon conseiller GDA qui assure une permanence téléphonique. C’est une personne ressource au niveau technique. Mais il a quelque chose de plus, une oreille attentive et il cultive la positive attitude. C’est un sacré soutien. Avec Internet, on a accès a une quantité d’informations folle, ce n’est pas facile de s’y retrouver. C’est pour cela que nous avons besoin de référents, d’experts techniques. Nous les faisons intervenir en formation via le GDA.

L’apport du collectif

  • Aller observer ce qu’il se passe ailleurs : lors du Festival des groupes en Bretagne, j’ai pu partager avec des agriculteurs qui ont des contraintes similaires aux miennes, comme des petites parcelles dans des zones vulnérables. J’ai pu voir qu’ils s’étaient adaptés et que l’agriculture de conservation fonctionne chez eux.
  • Travailler en collectif permet de mettre en place des flux de matières sur notre territoire : dans mon cas, des échanges paille/fumier.
  • Se comparer et oser : adhérer à un groupe nécessite d’y investir du temps mais fait gagner beaucoup. Tout seul, je n’aurais jamais osé, j’avais besoin d’être accompagné, d’échanger sur ce qui va et ce qui ne va pas, bouger pour ne pas ruminer. J’évalue où je me situe par rapport aux autres, parfois je pense être bon et finalement je me rends compte que je peux encore améliorer les choses, il y a de bonnes idées à prendre partout.
Les bénéfices
◊ Satisfaction personnelle d’avoir réussi à améliorer la structure de mes sols et de participer à l’amélioration de la qualité de l’eau. ◊ Motivation : toutes ces questions techniques m’intéressent, aiguisent ma curiosité. ◊ Organisation à l’équilibre entre la ferme, la famille et les responsabilités. ◊ Temps pour les échanges, les responsabilités, m’occuper de mes quatre enfants et je pars en vacances trois semaines par an. ◊ Efficacité de mon système moins soumis aux aléas économiques de l’élevage.

La perception du métier aujourd'hui
◊ Je trouve mon système efficace, mais je suis toujours sur le fil économiquement, c’est pesant. ◊ Notre métier est passionnant mais nous devons faire en sorte qu’il soit aussi épanouissant. ◊ Ma motivation à avancer est la technique, c’est un challenge permanent.

Et si c'était à refaire
Je referais la même chose mais en m’appuyant sur des références pour mon type de sol. Cela manque cruellement. Pour le moment, au sein du GDA, nous nous rapprochons de la Belgique, où nous avons trouvé un expert de l’agriculture de conservation des sols qui va nous accompagner.
Ils sont 17 agriculteurs, agricultrices ou salariés agricoles à témoigner de leur transition vers l'agro-écologie dans un recueil publié par l'association Trame. Santé du troupeau, méthanisationagriculture de conservation des sols, circuits courts... À leur façon, ils veulent changer leurs pratiques agricoles et reviennent dans ces témoignages sur les conditions de réussite, les bénéfices et les difficultés de leurs projets. Ils mettent surtout en lumière la force puisée dans les collectifs auxquels ils appartiennent. Le recueil « Sur les chemins de l'agro-écologie » est consultable gratuitement.

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