[Témoignage] « Mon projet, mon avenir » Hervé-Pierre Hypolite : « Du semis d'orge au demi de bière »

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En Meurthe-et-Moselle, Hervé-Pierre Hypolite, amateur de bière, a diversifié l'exploitation familiale en produisant ce breuvage à partir de l'orge cultivée sur ses terres. Le lien au terroir est, pour lui, fondamental et est au coeur de l'ensemble de sa démarche, du semis à la chope, en passant par des aspects plus marketing tels que le choix du nom et du logo de sa brasserie. Sans le financement participatif, il n'aurait pas pu acheter tout le matériel indispensable à la fabrication d'une boisson de qualité en quantité suffisante.

herve pierre hypolite agriculteur producteur de biere en meurthe et moselleLorsqu'il reprend la ferme familiale en 2014, Hervé-Pierre Hypolite, amateur de bière, songe naturellement à se diversifier dans la production de bière. (©Hervé-Pierre Hypolite)

Hervé-Pierre Hypolite est « amateur de bière » et avait « soif d'aventure et de défis ». « J'avais déjà tenté quelques brassins à la maison et j'étais plutôt satisfait du résultat. Mes amis aussi d'ailleurs ! », explique non sans humour le jeune homme de 28 ans. Alors quand il reprend en 2014 la ferme familiale en Meurthe-et-MoselleLes Baroches précisément), il songe naturellement à se diversifier dans la fabrication de bière. D'autant qu'il produit déjà sur l'exploitation le premier composant de ce breuvage : l'orge de brasserie. « Je souhaitais faire évoluer la structure de mes parents afin de la pérenniser mais également pour qu'elle corresponde à mes envies », souligne-t-il.

Titulaire d'un Bac et d'un BTS agricoles, et après quatre ans de salariat sur l'exploitation parentale, Hervé-Pierre décide de compléter ses connaissances agricoles, plutôt générales, par trois semaines de stage sur la production brassicole à l'Institut français de la boisson, de la bière et de la malterie à Vendoeuvre-les-Nancy. Au programme : beaucoup de chimie et de micro-biologie pour maîtriser les différents process, des interventions d'organismes pour mieux connaître la filière et des applications concrètes à la brasserie du centre de formation. Et pour parfaire son apprentissage pratique, le jeune agriculteur contacte plusieurs brasseries des environs.

Le financement participatif pour s'équiper et obtenir un produit stable 

Pour concrétiser son projet, il doit notamment transformer un bâtiment du corps de ferme en local de production aux normes alimentaires et isolé thermiquement. « Pour garantir le bon déroulement de toutes les étapes de fabrication jusqu'à la mise en bouteille, il faut un lieu propre et sain, insiste le producteur. J'ai effectué moi-même plusieurs travaux de maçonnerie et convertit un tank à lait en cuve de filtrage. Avec un peu d'ingéniosité et pas mal de sueur, l'ancienne laiterie est devenue brasserie ! » Côté matériel, il a pu récupérer deux cuves de brassage, un moulin à malt, un fût de refroidissement de 60 l pour la fermentation, ainsi que des pompes et des éléments de tuyauterie, chez un brasseur de la région ayant arrêté son activité.

champ d orge brassicole de variete etincelleChamp d'orge brassicole de variété Étincel, cultivé en agriculture de conservation des sols avec maintien des haies, arbres, mares... (©Hervé-Pierre Hypolite)

Toutefois, pour assurer « une production constante sur l'année en volume et qualité », Hervé-Pierre veut acheter, en complément, deux fermenteurs cylindro-coniques de 1 300 l chacun. « La bière y restera deux semaines avant l'embouteillage ou la mise en fût », précise-t-il. Comme ces équipements retiennent la pression, il n'est pas nécessaire d'ajouter du sucre pour réaliser une seconde fermentation. « Ainsi, la bière est stabilisée et peut être consommée tout de suite. La qualité du produit est également plus facile à gérer dans le temps. »

Or ce type d'investissement est conséquent : 27 100 € hors taxes sur 50 000 € au total pour l'ensemble de la brasserie. L'agriculteur désire cependant le réaliser dans « les plus brefs délais pour pouvoir brasser l'orge dès la récolte ». « Après la moisson, place à la boisson », lance-t-il en plaisantant. Hervé-Pierre pense alors au financement participatif et lance une campagne sur la plateforme Miimosa, avec un objectif de collecte de 7 000 € par dons avec contreparties. 43 personnes ont été sensibles à la démarche du producteur, ce qui a permis de recueillir 5 110 €. Une somme certes inférieure à celle envisagée mais qui représente malgré tout une aide appréciable.

Découvrez un autre projet de diversification dans le Tarn, ayant vu le jour grâce au financement participatif : Jasmine et Pierre-Alain Gibert : « Faire notre propre farine nous permet de mieux nous rémunérer »

Un lien au terroir omniprésent

Ainsi, Hervé-Pierre Hypolite peut fabriquer plusieurs sortes de bière en quantité suffisante pour remplir « les chopes et ravir les papilles » des amateurs : « une blonde douce et pétillante avec des arômes de nature, une blanche aux diverses saveurs et rondeurs selon le blé utilisé (cultivé sur la ferme bien entendu) et une ambrée, un peu plus colorée rappelant la couleur de la terre. » Une gamme qui s'étoffera au cours du temps pour faire découvrir, aux consommateurs, de nouveaux goûts et parfums « toujours liés bien sûr au terroir ». 

herve pierre hypolite devant un tas d orge servant a la fabrication de sa biereHervé-Pierre propose trois sortes de bière : une blonde, une blanche et une ambrée. (©Hervé-Pierre Hypolite)

Un attachement cher au jeune brasseur, qui produit lui-même les principales matières premières dont il a besoin. Pas étonnant qu'il ait choisi d'appeler sa brasserie "La Troliotte", du nom du lieu-dit où elle est implantée et de la parcelle où ont été semés les hectares d'orge ayant servi à fabriquer les premiers litres de bière ! « Un moyen de montrer qu'elle est brassée sur place », insiste le producteur. Quant au logo, le blé et l'orge rappellent également le lien à la terre d'où proviennent ces deux ingrédients majeurs et le tracteur l'importance de l'agriculture en général dans l'élaboration de produits alimentaires de qualité et diversifiés.

L'EARL de Méraumont en quelques chiffres :

- 130 ha

- 6 à 7 cultures dans l'assolement : orge d'hiver et de printemps, blé tendre d'hiver, colza, maïs grain, tournesol, pois de printemps.

- Soucieux de respecter l'environnement, Hervé-Pierre est en agriculture de conservation des sols (les terres sont très peu travaillées, couvertes en permanence, avec des rotations longues).
Chaque mois, retrouvez « Mon projet mon avenir » #MPMA, un témoignage réalisé en partenariat avec MiiMOSA , le premier site de financement participatif exclusivement dédié à l’agriculture et à l’alimentation.

Miimosa, premier site de financement participatif exclusivement dédié à l’agriculture et à l’alimentation.

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