Stockage à la ferme Le climat change, l'économie aussi. Et votre stratégie ?

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La pratique du stockage à la ferme n’est pas nouvelle. Nombre d’agriculteurs disposent même de cellules, boisseaux ou de cases de stockage à plat, installés par leur prédécesseur. Certains développent encore ce savoir-faire, à l’aide d’installations plus modernes et performantes. Alors que les équilibres naturels et économiques qui prévalent depuis des décennies sont ébranlés, ils misent ainsi sur l’autonomie et la résilience.

Stockage de blé à la fermeSelon une enquête BVA de 2014, la capacité française de stockage à la ferme (à plat et en cellules) est évaluée à 30,8 millions de tonnes équivalent blé, soit près de 42 % de la récolte totale moyenne de céréales et oléo-protéagineux.  (©Terre-net Média)

Pour le monde agricole, la question du changement climatique a dépassé depuis longtemps le stade de la théorie. Sur le terrain, c’est une réalité qui contraint à s’adapter. Les événements météorologiques sont plus nombreux et plus extrêmes. La pression des ravageurs s’accroît par endroits. L’évolution des courbes de températures peut impacter le cycle d’une culture (comme celle du blé au stade végétatif), avec des conséquences sur les rendements.

Les facteurs d’évolution des cours se sont multipliés

Côté valorisation, depuis plusieurs années, la volatilité est décrite comme une tendance de fond, tant les facteurs d’évolution des cours sont devenus divers. Ils contribuent à rendre le producteur de plus en plus déconnecté du niveau de valorisation de ses stocks de grains. Les facteurs d’évolution des cours : volumes produits, qualité de la récolte, écarts de compétitivité, variations de la demande, données réglementaires, tensions géopolitiques, etc.

Le passage par un stockage tampon chez un OS reste coûteux et sans certitude quant au résultat. Sans compter que le contexte de la fin 2020 met en évidence de nouvelles fragilités sur les circuits traditionnels.

Crises imprévisibles et volatilité accrue

La crise sanitaire montre la fragilité des circuits mondialisés. Un épisode comme celui de la Covid-19 amplifie la volatilité des cours des matières premières telles que le blé, l’orge, le maïs ou le colza. Parmi les facteurs spécifiques à cet événement, on peut citer la chute de consommation de certains produits transformés ou matières premières alimentaires ou encore de pétrole, dont la faiblesse du cours avantage les productions d’Europe de l’Est.

Un contexte de marchés et de prix incertain (chiffres clefs)

- Blé : Les écarts de productivité liés aux aléas climatiques augmentent. L’exemple de 2016 a été marquant avec une chute de 40 % du rendement moyen par rapport à 2015. Une projection jusqu’à 2050 montre que la douceur des températures hivernales expose 80 % du grenier à blé de la France à une perte de rendement de 2 à 10 % (source : Metigate)

- Céréales : La volatilité devient une tendance de fond, en raison d’une sensibilité accrue aux faibles variations de production (source : Perspectives Agricoles)

- Colza : Il était cultivé sur 1,5 million d’hectares entre 2013 et 2017, pour un rendement moyen de 34,2 q/ha. Depuis 2018 le rendement moyen ne dépasse plus 31 q/ha. Au cours des 45 dernières années, le colza a perdu 5 q/ha, en moyenne, en France, à cause de la hausse des températures entre le 10 mai et le 10 juillet. (source : FranceAgriMer)

Indépendance et résilience : deux vertus d’avenir

Plus de 40 % de la récolte de céréales et oléoprotéagineux française est stockée à la ferme. Mais au-delà du volume, c’est le mode de stockage et l’équipement associé, donc la capacité à conserver le grain, qui fait du stockage un véritable outil d’indépendance. Plus il permet de jouer sur le long terme, plus il peut être vu comme un « atout résilience ». Avec plus de 85 % de capacités de stockage ventilées chez les céréaliers et 60 % chez les éleveurs, les agriculteurs stockeurs se montrent pour la majorité déjà dans cette démarche de maîtrise de la valorisation de leurs récoltes.

Le stockage n’est pas réservé au « gros »

Le stockage à la ferme n’est pas l’apanage des grosses exploitations. Avec moins de 150 hectares ou moins de 100 UGB, des producteurs parviennent à calibrer leur installation de stockage, pour en faire un véritable outil d’indépendance et de compétitivité.

Repères : la pratique du stockage en France

En 2014, une enquête BVA a estimé la capacité française de stockage à la ferme (à plat et en cellules) à 30,8 millions de tonnes équivalent blé, soit près de 42 % de la récolte totale moyenne de céréales et oléo-protéagineux. Ce tonnage est réparti de la manière suivante : 14,8 Mt (dont 58 % ventilées) dans les exploitations avec élevage et 15,8 Mt (dont 86 % ventilées) dans les exploitations sans élevage. 30 % de la récolte totale moyenne de céréales et oléo-protéagineux se trouve en stockage ventilé à la ferme.

Le stockage, ventilé ou non, plus en détails (chiffres 2014) :
- Exploitations sans élevage de plus de 250 ha : 5,7 Mt
- Exploitations sans élevage de 150 à 249 ha : 5,5 Mt
- Exploitations sans élevage de moins de 150 ha : 4,6 Mt
- Exploitations avec élevage de plus de 200 UGB : 4,6 Mt
- Exploitations avec élevage de 100 à 199 UGB : 3,8 Mt
- Exploitations avec élevage de moins de 100 UGB : 6,3 M

Le top 7 des zones géographiques qui pratiquent le plus le stockage à la ferme est, dans l’ordre décroissant : le Centre, la Champagne-Ardenne, la Lorraine, la Bourgogne, la Picardie, la Bretagne et les Pays de la Loire.

L'essentiel

L’instabilité conjoncturelle et climatique incite le producteur à gagner en autonomie, face aux limites de la mondialisation et pour contrer les effets du changement climatique. 

Le stockage à la ferme ventilé et maîtrisé est un levier d’autonomie et de réactivité, pour s’adapter et faire face.

> Ce contenu est issu du livre blanc : Stocker ses grains : un bon calcul ?.  Il est téléchargeable gratuitement.

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