Les marchés agricoles chamboulés par les données américaines

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eurobanks, AdobeStock (©Le ministère américain de l'Agriculture n'a jamais autant fait varier ses anticipations ces vingt dernières années, explique Mike Castle, analyste chez StoneX)

Les courtiers « ont été complètement surpris » par le rapport mensuel Wasde, publié lundi par le ministère américain de l'Agriculture (USDA), commente auprès de l'AFP Rich Nelson, d'Allendale.

« Depuis les récoltes de cet été, on a vu partout dans le monde des performances exceptionnelles à l'échelle mondiale, pour toutes les céréales, et en particulier chez les principaux pays exportateurs », note Maxence Devillers, analyste chez Argus Media France.

Que ce soit pour le blé, le maïs ou le soja, le constat de l'USDA est sans appel : la production sera plus importante qu'initialement anticipé et la consommation ne suivra pas, provoquant une hausse des stocks mondiaux.

Face à ces chiffres, « le marché ne pouvait qu'aller vers le bas », assure auprès de l'AFP Dewey Strickler, analyste chez Ag Watch Market Advisors.

A la Bourse de Chicago, le maïs a été le plus durement touché, tombant de près de 6 % dans la foulée de la publication du rapport.

La céréale devrait battre tous les records aux Etats-Unis, avec de forts rendements et une surface cultivée toujours plus importante, selon les estimations revues à la hausse de l'USDA.

« Anomalie »

« Cela s'inscrit dans la continuité d'une tendance observée tout au long de l'année, où les superficies consacrées au maïs ont été beaucoup plus importantes que ne le suggérait l'enquête initiale menée auprès des agriculteurs » américains, relève Rich Nelson.

Mike Castle, analyste de StoneX, pointe même une « anomalie », le ministère de l'Agriculture n'ayant jamais autant fait varier ses anticipations ces vingt dernières années.

« La perte d'expérience des analystes due aux plans de départ » initiés depuis le retour de Donald Trump au pouvoir « pourrait avoir des conséquences néfastes » pour la fiabilité des données, ajoute son collègue Arlan Suderman.

« Pourtant, ce sont ces chiffres qui seront négociés sur le marché », assure-t-il.

Sur Euronext, le blé et le maïs étaient à la clôture mardi à parité, à 190,25 euros la tonne sur l'échéance de mars.

L'offre mondiale de blé « gagne quasiment quatre millions de tonnes de plus » dans les estimations de l'USDA « en raison de la production en hausse », souligne Gautier Le Molgat, PDG d'Argus Media France.

Or, les réserves de la céréale reine sont déjà conséquentes chez les grands exportateurs. Et les agriculteurs sont réticents à vendre leur blé à des prix ne couvrant pas leurs coûts de production, selon Edward de Saint-Denis, de la maison de courtage Plantureux-StoneX.

Conditions climatiques

Ces révisions font passer les risques climatiques en Amérique du Sud au second plan, estime auprès de l'AFP Michael Zuzolo, de Global Commodity Analytics and Consulting.

Cela « limite », en particulier pour le maïs, « les risques de volatilité liés à un éventuel accident climatique en Amérique latine », confirme Maxence Devillers.

La zone, et en particulier le Brésil, pourrait tout de même rester au centre de l'attention de certains acteurs, en particulier des agriculteurs américains.

La récolte de soja « venant tout juste de commencer dans certaines régions du pays », selon Dewey Strickler, la quantité et la qualité d'oléagineux récolté seront scrutées, avec l'hypothèse d'une concurrence encore renforcée pour le soja américain, déjà à la peine.

Avec plus de 111 millions de tonnes achetées l'année dernière, la Chine n'a jamais autant importé de soja, selon les données du cabinet Inter-Courtage.

Mais en réponse à la guerre commerciale lancée par Donald Trump, Pékin s'est largement détourné des Etats-Unis pour s'approvisionner ailleurs.

Les fonds gardent aussi un oeil sur la situation géopolitique. Les analystes observent ainsi une « relative résistance » des cours du maïs européen face aux attaques russes contre les infrastructures agricoles ukrainiennes.

« Des silos ont été touchés à Odessa début janvier et cela a aggravé les problèmes logistiques ukrainiens, ralentissant encore les exportations de maïs », explique Edward de Saint-Denis.

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