« Pac pour l'emploi » Des paysans occupent Pôle Emploi à Paris avant d'être évacués par la police

AFP

Environ 200 paysans de toute la France ont manifesté jeudi pendant plus de cinq heures dans et devant le siège de Pôle Emploi à Paris pour réclamer à l'exécutif une PAC qui préserve l'emploi agricole, avant d'être évacués par la police, dont un membre a été blessé. (Article mis à jour le 28 mai.)

La manifestation a été totalement dispersée vers 19h00 par les policiers, dans une certaine confusion après plusieurs charges sur les manifestants pour évacuer le site. La préfecture de police a rapporté sur Twitter qu'un policier avait été « blessé par un jet de projectile et hospitalisé ». 120 manifestants ont été verbalisés, selon elle.

Nicolas Girod, porte-parole de la Confédération paysanne, a dénoncé auprès de l'AFP une « pression sur les organisations syndicales » : « on veut emmerder les gens qui veulent manifester, qui veulent affirmer fortement mais de manière non violente » leurs revendications.

Une trentaine de militants ont envahi le hall d'entrée dès la fin de matinée pour réclamer un entretien avec la direction générale de Pôle Emploi, afin de « négocier un rendez-vous avec Emmanuel Macron », a expliqué à l'AFP Véronique Marchesseau, secrétaire générale de la Confédération paysanne.

Devant le bâtiment, un peu plus de 150 manifestants, hommes et femmes, ont bloqué la rue, avec force ballots de paille et cageots de bois, organisant un barbecue dans une ambiance bon enfant, à quelques encablures du périphérique. Leur but : obtenir du chef de l'État une Politique agricole commune européenne (PAC) davantage tournée vers l'emploi, un peu moins d'une semaine après la présentation par le ministre de l'Agriculture Julien Denormandie de la manière dont l'enveloppe d'aides de l'UE sera répartie par la France pour la période 2023-2027.

Des arbitrages jugés trop peu verts et pas assez favorables aux petites exploitations par les organisations réunies dans le collectif « Pour une autre PAC », dont la Confédération paysanne.

La manifestation s'est déroulée dans le calme, avant que les forces de l'ordre ne condamnent l'issue de Pôle Emploi en formant un cordon, repoussant des manifestants, dont la députée de l'Ariège Bénédicte Taurine (LFI) tombée à terre dans la bousculade. « Nous avons un rendez-vous proposé par Paul Delduc, conseiller agricole de l'Elysée. On voulait un rendez-vous avec Macron bien entendu, mais on va y aller », a expliqué M. Girod, qui y voit « une marche pour aller voir Macron plus tard ».

« Insupportable »

Il avait dénoncé auparavant des arbitrages « qui vont faire qu'on va continuer à perdre 10 000 à 15 000 paysannes et paysans par an ». « Ils vont se retrouver ici », a-t-il déploré en désignant le siège de Pôle Emploi, devant l'entrée duquel des bottes vides avaient été déposées symboliquement.

« Nous, l'agriculture qu'on propose, elle est pourvoyeuse d'emplois », a affirmé Mme Marchesseau, qui souhaite, entre autres, un « plafonnement des aides » aux grands exploitants afin d'avoir « une redistribution pour un maximum de gens » et une revalorisation significative du paiement sur les premiers hectares afin de soutenir les petites et moyennes exploitations.

Car aujourd'hui, « plus on a d'hectares, plus on touche », a déploré Robert Grosjean, 85 ans, anciennement installé dans la Marne, venu par motivation « citoyenne ». Car si parmi les manifestants, figuraient beaucoup d'agriculteurs en exercice, des retraités avaient aussi fait le déplacement. « Je suis venue pour mes enfants, qui sont de jeunes installés, qui ne vont pas voir grand-chose de cette Pac », a ainsi déclaré à l'AFP Marick Meunier, ancienne agricultrice du Rhône.

« On est très énervé, il y a tellement d'urgence à changer les choses que ce statu quo est insupportable », a dénoncé Laurence Marandola, responsable de la PAC à la Confédération paysanne.

Selon elle, la distribution actuelle des aides de la Pac « n'a pas permis aux agriculteurs de faire du revenu. C'est un plan social, on perd 15 000 agriculteurs par an depuis 1988. » « Tant qu'il y aura encore la possibilité de faire évoluer les choses, on mettra la pression. Nos troupes sont déterminées », a assuré Mme Marchesseau.


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