[Décryptage] Revenus des céréaliers 50 % de baisse en 2013

Terre-net Média

Il n’y a pas de miracle. Lorsque de nouvelles charges s’ajoutent à d’autres déjà élevées et que les produits baissent en raison du recul des prix et des volumes disponibles, les revenus agricoles diminuent. Cette année, selon les prévisions (1) ils chutent, toutes filières confondues, de 18,8 % par actif non salarié par rapport à 2012. La baisse atteint même 50 % pour les céréaliers malgré le rôle amortisseur des aides Pac.

Récolte de bléLes rendements de la récolte 2013, en baisse par rapport à 2012, expliquent en partie la chute du revenu des producteurs de céréales. (©Terre-net Média)

En 2013, la production en grandes cultures (céréales, pommes de terres, etc) a diminué de 4 milliards d’euros par rapport à l'an passé. Liée à la fois à celles des rendements et des prix, la baisse de la production s’est directement traduite par une chute du revenu des producteurs de céréales et d’oléoprotéagineux de 57 % en un an. Il est passé de 56.700 euros par actif non salarié en 2012 à 24.200 euros en 2013 selon les prévisions (1).

Revenus agricoles 2013 (©Terre-net Média)

Retrouvez tous les chiffres sur les revenus agricoles 2013 et leur évolution depuis 20 ans en cliquant sur le graphique.

Toutes productions confondues, le revenu par actif des exploitations professionnelles, moyennes et grandes, est de 29,4 k€ (2), en recul de 18,7 % par rapport à 2012. Il s’établissait alors à 36,1 k€ en euros courants 2013.

A la veille de la mise en œuvre de la réforme de la Pac en 2015 et de la convergence des aides, la publication de tels résultats pour 2013 ne va pas manquer de faire réagir l’ensemble de la profession agricole.

Pour les céréaliers, cette chute de revenu a été d’autant plus ressentie que les prix des intrants sont restés élevés tout au long de l'année 2013.

« Les conditions climatiques ont fortement influencé les récoltes de la campagne 2013 en grandes cultures. Les semis ont pâti des mauvaises conditions météorologiques de l'automne 2012. Au printemps, le manque de chaleur et d'ensoleillement a entraîné des retards de croissance, souvent compensés toutefois par les fortes chaleurs de juillet », analyse le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture qui publie une note sur l’évolution du revenu des grosses et des moyennes exploitations agricoles.

Les aides Pac : un rôle d'amortisseur

Dans le sud-ouest, les rendements en maïs sont parfois désastreux avec des revenus localement négatifs selon l’Agpm (producteurs de maïs).

Les producteurs de pommes de terre et de betteraves sucrières, ont connu le même sort cette année. Leur revenu de 76,9 k€ par actif non salarié en 2012 passe cette année à 50,8 k€.

Les aides Pac versées aux agriculteurs ont ainsi complètement joué leur rôle d’amortisseur en sécurisant avant tout une partie des revenus des céréaliers. Elles remplissent en cela la fonction que les autorités bruxelloises leur ont assignée lors de leur mise en place.

Or en 2015, il en sera autrement. La prochaine réforme de la Pac conduira inexorablement à une diminution de 10.000 € à plus de 20.000 € des aides par exploitation d’ici 2019, selon leur superficie. Aucune d’entre-elles n’échappera à ce coup de rabot : la convergence des aides de base est appliquée dès le premier hectare et la majoration des aides indirectes ne porte que sur les 52 premiers hectares. Au-delà, les céréaliers ne toucheront que le paiement de base et le paiement vert.

Ainsi, en se référant aux prévisions de 2013, le revenu de l’ensemble des céréaliers serait encore inférieur d’un tiers au niveau actuel et même encore moins, pour les seuls "scopeurs". Et les maïsiculteurs du sud-ouest seraient dans le rouge !

Bilan de 10 ans de découplage

Depuis 2004, les revenus des agriculteurs en grandes cultures sont supérieurs à la moyenne nationale excepté en 2009. Ils sont directement liés à la conjoncture des marchés des matières premières agricoles.

Instauré à la veille d’une remontée spectaculaire des prix des céréales (très volatils cependant) à partir de 2010, le bilan de santé de la Pac n’a pas constitué un handicap particulier pour reconstituer leurs marges malgré un rééquilibrage des aides au profit des éleveurs. Leurs revenus n’ont même jamais été aussi élevés !

Les aides ne font pas les revenus mais en amortissent les baisses. Lorsque les prix sont bas, ce sont elles qui constituent les revenus des céréaliers. Elles ont joué un rôle d’amortisseur qu’elles pourront difficilement remplir après 2015 puisque le nouveau redéploiement à l’étude au profit des éleveurs se fera à leurs dépens. Ils seront alors davantage livrés aux marchés. Ce sont eux qui feront et déferont leurs revenus.

(1) selon les indicateurs de revenu de l’agriculture prévisionnels pour 2013 (chiffres du ministère de l'Agriculture, service de la statistique et de la prospective).<br/> (2) il s'agit de revenu brut avant Msa, part d'autofinanceent comprise.

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