Marché foncier A 5.910 €/ha en moyenne, le prix des terres libres a augmenté de 2,9 % en 2014

Terre-net Média

En 2014, le marché foncier agricole est resté plus actif que les autres marchés fonciers ruraux, avec des hausses de prix cependant moins élevées qu’en 2013. Malgré une moindre artificialisation des terres à cause de la crise économique, la ferme France risque de perdre 8 % de son potentiel agronomique d’ici 2050.

Prix des terres agricoles 2014Malgré une moindre artificialisation des terres agricoles en 2014, la ferme France risque de perdre, au rythme enregistré ces dernières années, une perte de 6 % de sa Sau, représentant 8 % de son potentiel agronomique. (©Terre-net Média) 

Le prix des terres a augmenté de manière plus modérée en 2014 par rapport aux années précédentes. A 5.910 €/ha, celui des terres libres a progressé de 2,9 % en un an, selon la Fnsafer, qui présentait son traditionnel état des marchés fonciers ruraux jeudi 28 mai 2015. Le prix des terres louées, quant à lui, a évolué de 4 %, à 4.410 €/ha l'an dernier, avec un rendement locatif brut moyen de 3,1 %. « Ce rendement a bien moins baissé que les taux d’intérêt des principaux produits d’épargne », explique Robert Lesveque, directeur de Terres d’Europe-Scafr.

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C’est d’ailleurs la baisse des taux d’intérêt qui entretient la hausse des prix des terres agricoles dans un marché de la terre agricole particulièrement dynamique par rapport à l’ensemble du marché foncier rural. « Le marché des terres agricoles est en regain d’activité, explique Emmanuel Hyest, président de la Fnsafer. En valeur, il a dépassé en 2014 le marché des terres vouées à l’urbanisation, davantage soumis à la crise économique. » Ainsi, 338.000 ha de terres agricoles, en hausse de 2 % par rapport à 2013, se sont échangées en 2014, pour une valeur de 4 Mds€, en hausse de 3 %.

La concentration s’accentue

Les prix moyens des terres, libres ou louées, masquent d’importants écarts entre régions. Dans le Nord-Pas-de-Calais, la côte d’Azur ou la plaine du Roussillon, les prix à l’hectare peuvent dépasser les 12.000 €. Que ce soient pour les terres libres ou celles louées, ces prix restent très hétérogènes selon les productions dominantes du secteur. En zone d’élevage, les prix moyens avoisinent les 4.390 €/ha, contre 5.600 €/ha en zone de polyculture-élevage et 6.810 €/ha dans les secteurs céréaliers. « Mais ces écarts par zone de production tendent à se réduire au fil des années », explique Emmanuel Hyest.

Malgré les avancées insérées par la loi d’avenir agricole pour rendre plus transparent le marché foncier agricole, l’état des lieux reste un exercice difficile pour la Fnsafer. L’organisme s’inquiète de la concentration croissante des exploitations. « Malgré toutes nos alertes, la concentration s'accentue avec une grosse difficulté d'intervention des Safer car le marché n'est toujours pas totalement transparent. » Depuis la loi d’avenir, les Safer sont informées de toute vente de terres sous forme de cessions de parts sociales. Mais cette meilleure transparence ne concerne que les cessions de 100 % des parts de la société, et non les cas  de vente d’une partie seulement des parts.

De fait, une part croissante du marché foncier échappe aux agriculteurs. Avec un rendement locatif supérieur au rendement des placements financiers, les Safer sont de plus en plus sollicités par des investisseurs. Et il n’est pas certain que ces derniers accordent, sur le long terme, une importance majeure à la vocation agricole des terres qu’ils achètent.

Les sociétés chinoises ou d’Europe du Nord frappent à la porte

Outre l’arrivée d’acheteurs non agricoles, c’est surtout la forte hausse des acquisitions de la part de personnes morales privées qui inquiète le plus la Fnsafer. Les agriculteurs exploitent de plus en plus en société. Et la plupart des sociétés agricoles exploitantes sont bien gérées par des agriculteurs. Mais, en France comme dans le reste de l’Europe, les montages juridiques de plus en plus complexes, avec la création croissante de holdings, rend totalement opaque l’identité des dirigeants. « En 2010, 30 % de la Sau européenne était exploitée par des sociétés », confirme Robert Lesveque.

Alors que des sociétés libanaises ou britanniques et des fonds de pension ont déjà acheté des terres par dizaines voire centaines de milliers d’hectares dans certains pays européens, les sociétés étrangères frappent de plus en plus à la porte des Safer. « Nous avons des demandes de sociétés chinoises ou d'Europe du Nord. » Les Safer sont aussi de plus en plus sollicités par des sociétés françaises de l’agroalimentaire ou la vente de produits qui en sont issus. « Des fonds d’investissement nous sollicitent aussi pour créer des produits d’assurance-vie autour du foncier agricole. »

amputation de 8 % du potentiel agronomique français

Enfin, l’artificialisation des terres agricoles, autre source d’inquiétude de la Fnsafer, s’est poursuivie dans une moindre mesure en 2014. A la faveur de la crise économique française, les surfaces échangées en vue de leur urbanisation ont été divisée par deux depuis 2007 : 22.000 ha ont été vendues en 2014 pour quitter leur vocation agricole, soit une baisse de 10,9 % par rapport à 2013. Mais la réserve de terres déjà retirées à l’agriculture semble importante puisque 45.000 ha ont été artificialisés l’an passé.

Pour la Fnsafer, la sortie de la crise économique pourrait être néfaste pour le marché foncier car synonyme de reprise de la consommation des terres agricoles. La fédération estime ainsi que, sur cette tendance, la France perdrait 6 % de sa surface agricole utile d’ici 2050. L’artificialisation s’exercant le plus souvent sur des terres très fertiles, le potentiel agronomique national pourrait diminuer de 8 % dans les 35 années qui viennent.


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