[Reportage] En Italie Le défi de réduire le coût environnemental sans perdre en compétitivité

Florian Cazeres Terre-net Média

En Italie comme en France, la dépendance aux produits phytosanitaires est un sujet de réflexion pour les agriculteurs. De l'autre côté des Alpes, la société Porto Felloni veut faire figure de modèle dans le domaine. En misant sur l'agriculture de précision elle a diminué son utilisation de produits chimiques, tout en gagnant en compétitivité. Une exception dans le pays.

En Vénétie comme en Toscane, l'agriculture de précision reste peu utilisée en Italie.En Vénétie comme en Toscane, l'agriculture de précision reste peu utilisée en Italie. (©Terre-net Média) Peut-on allier compétitivité et qualité ? C'est en tout cas, ce que pensent Simone Gatto, et son oncle Cristiano Salvagnin, tout deux propriétaires de la société Porto Felloni, une exploitation de 500 hectares située en Vénétie, dans le nord de l'Italie.

Grâce à une série d'investissements dans l'innovation et l'agriculture de précision effectués depuis 1999, l'entreprise a diminué drastiquement sa consommation de produits phytosanitaires, d'eau et de carburants.

L'agriculture de précision est basée sur une analyse régulière, centimètres par centimètres, du sol de l'exploitation (niveau de la nappe phréatique, composition de la terre...etc), effectuée très régulièrement par des machines. 

Ces données sont ensuite cartographiées grâce à des satellites et des drones, directement reliés au système informatique de l'exploitation. Ces cartes permettent ensuite de connaître les besoins de la terre et des plants en eau et en produits phytosanitaires, de façon extrêmement précise. 

Les quantités nécessaires sont ensuite réparties sur le champ, par des tracteurs semi-autonomes, directement reliées à la cartographie. « Nous gagnons chaque jour en compétitivité, en diminuant drastiquement nos coûts de production », se félicite Cristiano Salvagnin. 

Moins d'eau, moins de produits chimiques et moins de carburant

Le travail de l'agriculteur se cantonne essentiellement au contrôle du bon déroulement d'une mécanique bien huilée et quasiment autonome. Résultat : une économie en eau, en carburant, mais aussi en produits chimiques, selon Simone Gatto. 

« Nous réduisons annuellement de 30 % notre utilisation de produits phytosanitaires et de 15 % notre carburant », se félicite Simone Gatto. « Utiliser moins d'eau et de produits phytos nous permet, à terme, de valoriser notre capital », ajoute Cristiano Salvagnin. 

C'est en 1999 que les agriculteurs commencent à investir dans ces technologies, persuadés qu'elles seraient un atout pour l'avenir. En 2002, la première cartographie de leur terre est effectuée. Mais il faut attendre 2012 pour pouvoir appliquer totalement la technologie. « C'est un processus long, il faut au moins 3 ou 4 années et plusieurs centaines d'analyses pour avoir une cartographie totalement fiable de notre sol », précise Simone Gatto. 

« Aujourd'hui, si nous voulions nous lancer, cela serait beaucoup moins long et mois cher, car les technologies se sont beaucoup développées  », tempère-t-il. Le montant de l'investissement depuis le début est « difficile à quantifier », selon les deux exploitants, qui précisent cependant que le kit d'adaptation pour une machine coûtait 30 000 euros. Ces investissements ont été essentiellement financés par leurs fonds propres et par des structures associatives agricoles. 

Des technologies encore confidentielles

Malgré ces bons résultats, l'agriculture de précision reste peu utilisée en Italie. Seulement 1% de la surface agricole utilisée dans le pays utilise au moins une des techniques de l'agriculture de précision. 

« Vous ne verrez pas d'autres exploitations de cette nature dans d'autres régions d'Italie », confirme Francesco Manca, le président de l'Association des Jeunes Agriculteurs de la Confédération Agricole de la ville de Ferrara. 

Le marché de l'agriculture 4.0 représente 100 millions d'euros, soit 2,5% du total de l'agro-alimentaire italien, selon l'Observatoire de l'innovation digitale, un institut de recherche italien spécialisé dans la transformation numérique de l'économie. 

Un problème dû à des technologies qui restent très coûteuses. « Nous avons eu la chance d'avoir un accompagnement des banques depuis le début, ce qui est loin d'être le cas pour tout le monde en Italie », déplore Simone Gatto. 

Une situation que le gouvernement italien veut changer. En octobre 2016, le ministre de l'agriculture Maurizio Martina avait donné comme objectif de passer de 1 à 10 % de surface agricole utilisant ces technologies d'ici 2021. 

Un objectif ambitieux, qui laisse sceptique les propriétaires de Porta Felloni. « Sans véritable plan de financement par l'État, cela va être compliqué », regrette cependant Simone Gatto.

À l'occasion des élections législatives italiennes organisées début mars 2018, la rédaction vous propose trois problématiques auxquelles sont confrontés les producteurs italiens :
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