[Tribune] Gilles Cavalli, Agrifind « De nouvelles opportunités économiques offertes par le #cofarming »

Gilles Cavalli Terre-net Média

Dans la dynamique des AgTech, l'économie collaborative perce dans le monde agricole grâce aux nouvelles technologies. Le #cofarming offre aux agriculteurs des opportunités économiques par exemple pour mieux valoriser leurs activités, maîtriser les charges ou partager des informations de terrain. De nouveaux services apparaissent et cela peut concourir à réinventer les organisations agricoles. C'est ce qu'explique dans cette tribune Gilles Cavalli, cofondateur d'Agrifind et vice-président de l’association #CoFarming.

Groupe d'agriculteurs qui travaillent en équipeL'économie collaborative perce dans le monde agricole : avec le #cofarming, c'est l’humain et les relations qui vont primer, entre agriculteurs, entre professionnels et avec les consommateurs. C’est du lien social que des solutions seront apportées au bénéfice du plus grand nombre. (© elenabsl / Fotolia) 

« Nouveaux modèles économiques, agriculture connectée, économie collaborative, agriculture 2.0, #cofarming, nouveaux outils de de communication… les impacts du numérique sur le monde agricole commencent à se concrétiser. Même si beaucoup des espoirs ou des craintes vis-à-vis de ces sujets restent en devenir et peut-être ne se réaliseront jamais. 

Dans la dynamique des AgTech, l'économie collaborative perce dans le monde agricole. En France comme à l'étranger, une pluralité de plateformes s’est créée depuis quelques années proposant aux agriculteurs de nouveaux types de relations non seulement avec les consommateurs, mais aussi entre professionnels.

Une nouvelle étape dans l’habituelle collaboration agricole est franchie grâce aux nouvelles technologies. Ces dernières multiplient les possibilités de contacts et donc l'accès aux ressources sans besoin d'intermédiaire. Le numérique n’est pas un objectif, ce n'est qu'un moyen pour accélérer la transformation des pratiques des fermes, pour plus de productivité voire une meilleure protection de l'environnement. Le modèle attire naturellement les agriculteurs à la recherche de nouvelles solutions.

Les agriculteurs à la recherche de nouvelles solutions

Les initiatives de #cofarming participent pleinement à cette évolution du monde agricole français et international. Détaillons comment elles impactent les modèles économiques actuels et en suscitent de nouveaux.

En majorité, le #cofarming s’appuie sur une plateforme pour favoriser la mise en relation directe entre agriculteurs. Replaçons ce phénomène de cette nouvelle économie des plateformes dans un contexte plus large. La "sharing economy" se situe à la marge de l’économie et à la marge de la société puisqu’elle ne concerne, aux Etats-Unis par exemple - qui est moteur en la matière - que 1 % de la population à un temps T. Ce phénomène de plateformatisation vient "compenser une perte de revenu".

Des plateformes de travail comme Deliveroo ou Agrifind Connexion permettent de dégager un complément de ressource grâce à la vente de son temps, de son savoir-faire. Sur les plateformes de capital, comme Drivy, Wefarmup ou VotreMachine.com, le complément est assuré par la location d’un matériel et il s’ajoute à un revenu stable par ailleurs. Force est de constater que l’économie collaborative se développe plus dans les secteurs fragmentés tel que le BTP ou l’hôtellerie avec Booking par exemple et que la densité de l’offre joue un rôle primordial. Nous pouvons par ailleurs observer que Uber donne accès à un client voulant se déplacer à des chauffeurs contre un pourcentage du coût de la prestation ; de la même façon hier les châtelains donnaient accès à leur terre à des fermiers contre un pourcentage de la récolte : cela s’appelle du métayage.

L’environnement professionnel agricole en B2B évite quelques-uns des obstacles réglementaires rencontrés par des plateformes de mise en relation entre particuliers : TVA, impôts et contrats sont régis par les règles qui s'appliquent entre professionnels du secteur.

Améliorer la performance économique d’une exploitation agricole

D’une façon simple, il existe deux grands leviers pour améliorer la performance économique d’une exploitation agricole.

• Le premier c’est de mieux valoriser ses activités, c’est-à-dire de mieux ou de plus vendre de produits ou de services. Par exemple, en valorisant au mieux sa paille via La Balle Ronde, ou en louant un matériel, en vendant ses compétences…

• Le second levier c’est de de maîtriser ses charges. Le regroupement du parcellaire via Échange Parcelle permet de limiter les coûts liés au temps de déplacement et aux kilomètres réalisés pour se rendre sur une parcelle éloignée. En louant un matériel absent sur son exploitation, on limite fortement les charges de mécanisation dues aux annuités de remboursement d’emprunt.

Sur ce point, être en mesure de s’améliorer en bénéficiant d’un comparatif de performance technico-économique avec Farmleap ou en partageant des informations de terrain sur les risques maladies et ravageurs avec Agrifind Alertes sont d’autres façons de limiter les coûts en optimisant sa prise de décision opérationnelle.

La notion de responsabilité est importante car en participant à des réseaux de confiance, certes je m’expose mais surtout j’en bénéficie pleinement si l’ensemble des contributeurs jouent, comme moi, le jeu. Cela permet d’ouvrir les yeux, d’avoir une meilleure connaissance, une meilleure compréhension de mon environnement, et donc de mieux me situer pour pouvoir progresser.

Pour que ces systèmes rendent service et perdurent, le maître mot est la "simplicité". L’expérience utilisateur se doit d’être soit facile d’accès, soit facile à comprendre.

Les bénéfices de ces démarches dépassent l’aspect strictement économique, en créant du lien, cela brise les limites du territoire, donc on crée des échanges jusque-là "impossibles".

Réinventer les organisations agricoles

Certains mettent en avant des « risques », par exemple pour les fabricants ou les vendeurs de matériel vis-à-vis de l’émergence de la location ou encore la reconfiguration sur la façon de faire du conseil agricole. Si les agriculteurs commencent à faire du conseil entre eux, quelle place pour les conseillers professionnels ? L’objectif partagé est bien l’augmentation de la compétitivité des exploitations agricoles. Les nouvelles plateformes permettent une interaction différente entre agriculteurs, et donc des gains de compétitivité par acquisition de savoir-faire, utilisation de matériel agricole, etc. Force est de constater que plus on se forme, plus on est performant plus on a envie de se former pour progresser encore plus : c’est un cercle vertueux qui bénéficie à tout type d’acteur. Lorsque les exploitations agricoles sont en bonne santé économique, c’est l’ensemble des filières qui en bénéficient.

Si les agriculteurs commencent à faire du conseil entre eux, quelle place pour les conseillers professionnels ?

De nouveaux services apparaissent et cela peut concourir à réinventer les organisations agricoles. La comparaison des offres, des services et des talents étant de plus en plus facile nous pouvons assister d’un passage d’une relation « institutionnelle » stable entre les agriculteurs et leurs organisations à une relation plus « choisie », plus changeante au gré des sujets et de la performance affichée par les organisations qui sont de moins en moins restreintes règlementairement parlant à se limiter sur un territoire bien défini comme les associations d’élevage par exemple. Tout comme l'entraide existe toujours en parallèle des structures coopératives, il n’y aucune raison que les coopératives périclitent à cause des réseaux.

Au final, on peut imaginer n’importe quelle plateforme mais c’est l’humain et les relations entre agriculteurs qui vont primer. C’est du lien social que des solutions seront apportées au bénéfice du plus grand nombre.

En conclusion, le #cofarming a un bel avenir s’il est favorisé par « l’évolution des mentalités ». En effet, cette évolution sera probablement accélérée par l’arrivée sur le marché du travail des millenials qui sont habitués aux réseaux sociaux, à l’échange, à l’usage plutôt que la propriété, à se comparer aux autres… bref tout le contraire de ce que l’on peut constater du fonctionnement classique des organisations hiérarchiques pyramidales et géographiquement limitées. »

 

À propos de l'auteur
 
Gilles Cavalli est cofondateur d'Agrifind et vice-président de l’association #CoFarming.

Portrait de Gilles Cavalli, cofondateur d'AgrifingGilles Cavalli, cofondateur d'Agrifind, « entrepreneur au service d'agriculteurs eux-mêmes entrepreneurs, responsables et autonomes ». (©DR)

Son engagement professionnel le conduit à mettre le numérique au service de la montée en compétence des agriculteurs et donc de l’amélioration de la performance globale des exploitations agricoles.

« Le numérique révolutionne le 21e siècle car il permet de faire circuler l’information de façon rapide et efficace, il favorise donc tous types d’échanges. Les agriculteurs peuvent désormais se mettre en réseau sans contrainte géographique. C’est le cas avec la plateforme Agrifind Connexion qui donne l’opportunité d’accéder à des agri-experts pointus pour bénéficier de leurs conseils pratiques. Le "faire ensemble en réseau" a un double avantage : il renforce le lien social et permet de gagner en compétitivité. »
 
Retrouvez Gilles sur Twitter @_agrifind, sur Facebook Agrifind, par courriel à contact@agrifind.fr ou sur le  site www.agrifind.fr 

 


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