Pacte vert européen Bruxelles veut moins de pesticides, plus de bio, les agriculteurs inquiets

AFP

Diminuer l'usage des pesticides, promouvoir l'agriculture biologique, protéger un tiers des terres et mers de l'UE : la Commission européenne a dévoilé mercredi ses projets pour défendre la biodiversité et une alimentation de qualité, non sans effrayer les agriculteurs et l'industrie phytosanitaire.

Malgré des voix qui s'étaient élevées en faveur d'un report pour se concentrer sur la réponse à la crise sanitaire et économique causée par le coronavirus, la Commission a dévoilé deux nouveaux plans d'action très attendus par les défenseurs de l'environnement. L'équipe d'Ursula von der Leyen assure que la propagation du virus l'a confortée sur la voie de son Pacte vert.

Pour en savoir plus sur les propositions dévoilées ce mercredi : 25 % des terres en bio et une réduction de 50 % des phytos d'ici 2030

« Si la crise du Covid nous a appris une chose (...) c'est qu'il faut recalibrer notre rapport à la nature, nous devons être plus résistants, nous assurer que la façon dont nous vivons, produisons, consommons, est durable », a expliqué le vice-président exécutif de la Commission, Frans Timmermans.

Mercredi, la Commission s'est engagée à proposer de réduire de moitié « l'utilisation de pesticides » d'ici 2030. Elle souhaite également une « baisse de 20 % de l'utilisation des engrais et une baisse de 50 % de la vente d'antimicrobiens pour les animaux d'élevage et l'aquaculture ».

Ces chiffres ont été immédiatement rejetés par les fabricants de pesticides qui les ont qualifiés d'« irréalistes ».

« Les objectifs présentés aujourd'hui devraient emmener le secteur agricole sur le chemin de la transformation, non sans sacrifices, mais en collaboration avec toutes les parties impliquées dans la production de notre nourriture », a réagi Géraldine Kutas, directrice générale de l'ECPA, l'association européenne de l'industrie phytosanitaire.

« Attaque » contre l'agriculture européenne

Bruxelles veut également développer l'agriculture biologique, à hauteur de 25 % des terres cultivées. Seule l'Autriche flirte avec ce niveau, la moyenne pour l'UE étant d'un peu plus de 7,5 %.

Pour l'IFOAM, association qui représente des acteurs de la chaîne d'approvisionnement bio, ces objectifs ne seront atteignables que « s'ils sont totalement pris en compte dans les négociations en cours sur la réforme de la Politique agricole commune ».

Selon des sources à la Commission, cela ne sera pas le cas, mais il sera demandé aux États membres de prendre en compte les différents objectifs avancés dans leurs futurs plans stratégiques en lien avec la nouvelle Pac.

La présentation bruxelloise a été très mal accueillie par le Copa-Cogeca, principal syndicat agricole européen. « Nous voulons poursuivre notre chemin vers une agriculture respectueuse de l'environnement et investir plus. Mais ces stratégies s'y prennent mal. Elles représentent une attaque généralisée sur l'agriculture européenne », a dénoncé Joachim Rukwied, président du Copa.

Toujours en matière d'alimentation, la stratégie « De la ferme à la table » prévoit un étiquetage nutritionnel obligatoire, qui doit aider les consommateurs à faire « des choix informés ». Pas de législation directe pour influer sur la production de viande donc, comme le voulaient certains groupes environnementaux, principale déception de Greenpeace. « La Commission européenne (...) reconnaît que la production et la consommation de trop de viande sont mauvaises pour la santé, détruisent la nature et entraînent la dégradation du climat, mais elle choisit de ne rien faire à ce sujet », a déploré Marco Contiero pour l'ONG.

« Un public bien informé saura faire les choix qui influenceront aussi cette production », a répondu M. Timmermans.

Le Bureau européen des consommateurs (Beuc) a regretté qu'un tel étiquetage ne serait pas discuté avant fin 2022. « De nombreuses études ont montré que le Nutri-Score est l'étiquette que les consommateurs comprennent le mieux et six pays l'ont déjà adopté », a noté Monique Goyens, directrice du Beuc.

Côté environnement, la Commission veut se placer en défenseur de la biodiversité et d'ici 2030 transformer « au moins 30 % des terres et mers européennes en zones protégées gérées efficacement » et ramener au moins 10 % des terres agricoles à des paysages « à haute diversité biologique ». Elle promet de consacrer 20 milliards d'euros par an via différents programmes et lignes de budget à la défense de la biodiversité.

Ces deux stratégies devront être concrétisées par diverses législations, que la Commission voudrait faire passer sous sa mandature. La plupart seront présentées au premier trimestre de l'année prochaine, selon Frans Timmermans.


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