; Lac de Caussade : Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken jugés en appel

Lac de Caussade Deux dirigeants agricoles en appel pour « retenue d'eau illégale »

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Deux dirigeants de la chambre d'agriculture du Lot-et-Garonne étaient jugés jeudi en appel à Agen pour avoir fait creuser illégalement il y a deux ans le « lac de Caussade », une retenue d'eau pour irrigation, au cœur d'un conflit entre défenseurs de la ruralité, protecteurs de l'environnement et État. (Article mis à jour à 14h56)

Quelque 800 personnes − selon la police − s'étaient rassemblées dans le calme devant le Palais de Justice pour défendre le lac et ses « bâtisseurs », Serge Bousquet-Cassagne et Patrick Franken, président et vice-président de la chambre d'agriculture du département, respectivement condamnés en juillet 2020 à 9 et 8 mois de prison ferme.

Casquettes et t-shirts jaunes aux couleurs de la Coordination rurale (CR 47), les agriculteurs étaient venus des départements voisins, voire même de plus loin comme un habitant de Haute-Savoie. À leurs côtés, une vingtaine d'élus de toutes tendances soutenaient eux aussi le droit à l'eau des agriculteurs dans une région de plus en plus touchée par la sécheresse avec le réchauffement climatique. Parmi eux, le député LREM Olivier Damaisin ou le maire Modem d'Agen Jean Dionis du Séjour. « Vous êtes ici chez vous. Je suis fier des élus de ce département. Nous avons voté à la quasi-unanimité une motion de soutien au lac de Caussade », a lancé aux manifestants M. du Séjour, également président de l'Amicale des maires du Lot-et-Garonne.

Ce lac est « indispensable » et « utile socialement pour faire vivre les 30 agriculteurs sur place », a-t-il ajouté, demandant de « faire passer le message au plus haut niveau, au niveau du président de la République ».

Située au nord de Villeneuve-sur-Lot, dans la commune de Pinel-Hauterive, cette retenue d'eau a été creusée en 2019 par la chambre d'agriculture, gérée par la CR 47, pour quelques dizaines d'agriculteurs désireux d'irriguer leurs exploitations en saison sèche. Contesté par des associations environnementales mais soutenu par des élus de droite et de gauche, ce lac artificiel donne lieu à une saga judiciaire doublée d'un dialogue de sourds depuis l'annulation fin 2018 - après intervention des ministères de la transition écologique et de l'agriculture - d'un arrêté préfectoral autorisant initialement les travaux.

« Rats des villes et rats des champs » 

Sur le plan administratif, la justice a confirmé en février en appel l'illégalité de l'ouvrage, incompatible avec le schéma directeur d'aménagement et de gestion des eaux et pourtant opérationnel depuis l'an dernier. Selon la préfecture du Lot-et-Garonne en 2020, un rapport a aussi conclu qu'il présentait un « risque de rupture avéré ». « Ce combat du rat des villes contre le rat des champs ne s'arrêtera jamais », avait prévenu M. Bousquet-Cassagne, président de la Chambre d'agriculture, après sa condamnation par le tribunal correctionnel d'Agen.

France Nature Environnement (FNE), partie civile, s'était félicitée que « la délinquance environnementale et écologique » soit sanctionnée. Les peines de messieurs Bousquet-Cassagne et Franken avaient été assortie de la révocation d'un sursis, respectivement de 4 et 14 mois, attaché à une condamnation ultérieure. Ils avaient été condamnés chacun à une amende de 7 000 euros et la Chambre d'agriculture à 40 000 euros d'amende, dont 20 000 avec sursis.

Mais le tribunal correctionnel n'avait pas ordonné la remise en état du site, contrairement aux réquisitions du parquet et aux demandes des associations de défense de l'environnement. En février, la cour administrative d'appel de Bordeaux n'avait pas non plus suivi cette voie.

« Si quelqu'un décide de toucher (au lac de Caussade), les paysans du Lot-et-Garonne ne se laisseront pas faire », a déjà prévenu Serge Bousquet-Cassagne, connu pour son franc-parler. Les défenseurs de l'environnement avaient choisi de ne pas prévoir de contre-manifestation jeudi face aux agriculteurs. « On ne veut pas mettre de l'huile sur le feu, contrairement à la Coordination rurale », disait-on chez FNE.


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