Enseignement agricole et loi de finances Une aide exceptionnelle de 10,2 M€ pour des établissements fragilisés

Terre-net Média

Alors que la crise de la Covid-19 a pénalisé des établissements agricoles déjà en difficulté pour un certain nombre d'entre eux, le budget proposé dans le projet de loi de finances 2021 risque d'aggraver encore la situation. Heureusement, le 10 décembre, le ministre de l'agriculture a annoncé l'octroi d'un soutien exceptionnel de 10,2 M€.

enseignement agricole Le budget prévisionnel de l'enseignement agricole « n'est pas à la hauteur des défis que doit relever l’agriculture et plus généralement les métiers du vivant », estime le Sénat. (©Pixabay)

Jeudi 10 décembre, dans le cadre de la loi de finances rectificative au budget 2020, le ministre de l’agriculture Julien Denormandie a annoncé le versement d'une aide exceptionnelle de 10,2 M€ aux établissements techniques agricoles publics et privés sous contrat les plus en difficulté (un tiers du total avec une quarantaine  en "urgence financière"), sur un besoin estimé à 11,74 millions.

42 établissements en "urgence financière".

55 Eplefpa (établissements publics locaux d'enseignement et de formation professionnelle agricole), 22 structures du réseau Cneap (Conseil national de l'enseignement agricole privé), 5 de l’Unrep (Union nationale rurale d'éducation et promotion) et 47 MFR (Maisons familiales rurales) pourraient en bénéficier. Ces soutiens sont octroyés en plus des subventions annuelles de fonctionnement allouées par le ministère aux fédérations du privé (Unmfreo, Cneap, Unrep).

46,1 M€ de pertes liées au coronavirus

Avec la crise sanitaire de la Covid-19, de nombreux établissements techniques agricoles ont connu des pertes de chiffres d'affaires et des surcoûts substantiels, en particulier pendant le premier confinement, pénalisant fortement leur trésorerie. Les conséquences financières atteindraient 46,1 M€, précise une enquête de la Direction générale de l’enseignement et de la recherche (DGER). Car ont été particulièrement impactés les ateliers et les exploitations agricoles, qui font partie des établissements et font souvent de la vente directe, ainsi que les centres de formation pour adultes et apprentis, qui ont dû fermer. Certaines MFR également n'ont pas pu accueillir, comme habituellement, des colonies pendant les vacances. Les CFA et CFPPA des lycées agricoles publics n'ont pas non plus pu prétendre au chômage partiel et les salaires ont été maintenus sur leurs fonds propres. 

Par ailleurs, les effectifs auraient reculé de 2,2 % lors de la rentrée 2020, notamment dans l’enseignement privé, après une année d'augmentation. L'épidémie de coronavirus a en effet contraint à annuler beaucoup de portes ouvertes et les jeunes ont davantage opté pour des formations de proximité. Or, les établissements  agricoles « ont poursuivi leur mission d’éducation et de formation avec beaucoup d’énergie et d’efficacité au service de la réussite des jeunes », insiste Julien Denormandie. 

Un budget 2021 de 1,48 M€, jugé « insuffisant »

Rappelons que, dans le projet de loi de finances pour 2021, le budget prévu pour l'enseignement agricole − 1,48 milliards d’euros, soit + 0,47 % par rapport à 2020 − a entraîné une levée de boucliers. De la Commission culture, éducation et communication du Sénat d'abord qui a rendu un avis défavorable, considérant que « cette enveloppe n'est pas à la hauteur des défis que doivent relever l’agriculture et plus généralement les métiers du vivant ». « Elle a été construite autour d’un schéma de rationalisation des moyens datant de trois ans n’ayant fait l’objet d’aucune réactualisation, ce qui ne laisse aucune marge de manœuvre pour développer l’enseignement agricole ni lui permettre de faire face au moindre imprévu. »

La survie de l'enseignement agricole menacée. (Sénat)

Nathalie Delattre, rapporteure pour avis, a même été plus loin : « la situation est telle que la survie de l’enseignement agricole, à moyen terme, est menacée », citant « la concurrence avec des formations de l’éducation nationale, la pression sur les équivalents temps plein (ETP) empêchant la mise en œuvre de la réforme du baccalauréat dans de bonnes conditions, les pertes financières importantes des établissements d’enseignement agricole du fait de la covid-19, la faible prise en compte dans les arbitrages ministériels des spécificités et des atouts de cet enseignement ».

Des atouts « mal reconnus »

Début décembre, le Cneap a aussi fait entendre son mécontentement dans un communiqué, déplorant la baisse prévisionnelle du budget pour l'enseignement agricole privé, - 1,1 % (à 590,39 M€) alors qu'il augmenterait de + 0,9 % pour le public, à 790,55 M€, près des deux tiers des établissements étant pourtant privés. « Réduire les moyens budgétaires de l’enseignement agricole n’a plus lieu d’être puisqu'il n'est pas le plus cher », martèle son secrétaire général Philippe Poussin.

Lire aussi l'interview de Philippe Poussin, secrétaire général du Cneap, réalisée en juin dernier : Les 5 enjeux de la reprise dans les lycées agricoles 

« L'enseignement agricole privé coûte 7 650 €/élève/an, contre 9 970 € pour l’enseignement public et 12 730 € pour l’enseignement professionnel de l’Éducation nationale, souligne-t-il, et le taux de chômage (taux d'insertion professionnelle de 90 %, NDLR) y est beaucoup plus faible. » De plus, Philippe Poussin regrette l'absence de fonds spécifiques pour les missions d’animation et de dynamisation des territoires instaurées par la loi Rocard. Autre reproche : la suppression de 80 postes équivalents temps en 2021 et de 110 en 2022, ce qui ne va pas avec l'objectif du gouvernement d'augmenter le nombre d'élèves. Les effectifs moyens des classes risquent alors de s'accroître notablement. 

Manque de moyens humains.

« Alors que le ministère de l’agriculture appelle à produire et à transformer autrement, l’enseignement agricole éprouve aujourd’hui des difficultés, par manque de moyens humains, » à proposer tous les enseignements de spécialité et options en terminale, ajoute le rapport des sénateurs. Selon le secrétaire général du Cneap, comme pour la commission du Sénat d'ailleurs, tout ceci ne fait qu'illustrer la « méconnaissance », voire la « déconsidération », dont souffre l'enseignement agricole privé. 


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