Crise agricole J.-M. Séronie : « Il faut d’urgence définir une stratégie agricole nationale »

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Réagissant à la situation agricole critique et aux différentes mesures mises en place pour y remédier, Jean-Marie Séronie estime que la réforme de la fiscalité agricole est une priorité. L’agroéconomiste pointe du doigt l’absence de stratégie agricole française et européenne.

A groéconomiste indépendant et auteur d’un livre sorti en 2014 « L’agriculture française, une diva à réveiller », Jean-Marie Séronie reste très critique à l’égard des réactions et solutions mises en œuvre face à la crise agricole. « Pourquoi chacun des acteurs agricoles renvoient la responsabilité sur les autres ? Chacun devrait faire son métier », réagit-il.

L’agroéconomiste prend pour exemple le système d’ assurances récolte qui, au vu des nombreux aléas climatiques de l’année 2016, doit être revu. « Comment se fait-il que seulement un quart des surfaces soient assurées ? Pourquoi les agriculteurs ne sont-ils pas assurés ? C’est une décision de gestion qui leur revient. »

Certains responsables professionnels ont évoqué l’idée de rendre l’assurance récolte obligatoire.  « Cette proposition est la négation même de la fonction de chef d’entreprise ! » Pour lui, « un agriculteur qui serait suffisamment assuré et qui aurait constitué un stock minimum de DPA aurait aujourd’hui de quoi répondre à la crise. »

[Space WebTV] Fiscalité, Pac et stratégie: les solutions à la crise par Jean-Marie Séronie

De même, au sujet de l’ organisation des producteurs , « c’est aux producteurs de faire en sorte qu’il y ait moins d’OP mieux coordonnées face aux collecteurs. Ils n’ont pas à se retourner contre l’Etat parce qu’il y a encore trop d’OP ».

L’État, quant à lui, « doit se concentrer sur l’urgence de réformer la fiscalité agricole  ». « Il faut faciliter la constitution de trésorerie pour les moments de coups durs. Malheureusement, la fiscalité aujourd’hui favorise trop l’immobilisation et l’investissement. »

Des aides contracycliques face à deux difficultés

Et que dire de la Pac et de sa réforme pour laquelle les premiers débats ont démarré, notamment à Chambord, sous l’impulsion du ministre de l’agriculture français ? L’économiste approuve l’idée de mettre en place des aides contracycliques . « Tout le monde était choqué de voir que, lorsque le prix des céréales était très élevé en 2007 et 2008, la Pac a versé des millions d’euros alors qu’à l’évidence, les producteurs n’en avaient pas besoin. »

Mais, selon lui, l’instauration d’aides dont le montant varierait en fonction de la conjoncture, se heurterait à deux difficultés : « D’abord, le budget de la Pac est constant et ne se reporte pas d’une année à l’autre. Il faudrait donc inverser complètement la logique budgétaire européenne. Ce n’est pas infaisable mais complexe. Et ensuite, des aides contracycliques ne pourraient pas venir en plus des actuels paiements uniques, mais « au lieu de ». Et certains y sont farouchement opposés. »

Et surtout, pour résoudre la crise agricole, « il faudrait une vision stratégique agricole, française et européenne ». L’agroéconomiste plaide ainsi pour la construction d’un « socle commun stratégique » entre les différentes organisations professionnelles, y compris tous les syndicats, les associations environnementales et l’Etat.


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