Restauration hors foyer Le syndicalisme majoritaire met les pieds dans le plat

Terre-net Média

Parmi ses huit revendications au gouvernement, le syndicalisme majoritaire exige que deux plats sur trois soient d’origine française dans la restauration hors foyer. Il demande aussi une plus grande implication des acteurs pour promouvoir l’origine France. Car, au grand dam de la profession agricole, les cantines et restaurants privilégient largement les importations à bas prix.

Restauration collectiveEn restauration hors foyer, 87 % de la viande de volaille est importée, selon l'Institut de l'Elevage. (©Terre-net Média)

C’est l’un des huit points mis sur la table du Gouvernement par Fnsea-JA : parvenir à ce que deux plats sur trois en restauration hors foyer soient d’origine française. A l’heure de l’embargo russe amplifiant les difficultés des filières agricoles à trouver des débouchés faute de compétitivité par rapport à des importations à bas prix, la revendication a du sens au regard des chiffres « aberrants » de la restauration hors domicile. Selon l’Institut de l’Elevage, 75 % de la viande bovine servie par les groupes Sodexo, Compass et Elior n’est pas française, mais est majoritairement importée de nos voisins européens. Les trois leaders de la restauration collective concédée représentent à eux trois 80 % du marché. Pire, 87 % de la viande de volaille utilisée en restauration hors foyer (rhf) est elle aussi importée.

Le focus sur la restauration hors foyer (rhf) que le syndicalisme majoritaire a effectué lors d’une conférence de presse mercredi 15 octobre, apparaît légitime tant le secteur pèse lourd dans la consommation de produits agricoles. Chaque mois, un Français prend en moyenne 12 repas hors de chez lui. Cela représente 6,2 milliards de repas par an dans l’Hexagone, pour un chiffre d’affaires annuel de 67,8 Md €.

Peu de considération pour l’origine des produits

Dans la restauration commerciale (restauration service à table, self-service, fast-food, dans les hébergements ou dans les transports) qui représente les trois quarts du marché du « hors domicile », 75 % des représentants de la restauration commerciale et des collectivités n’accorderaient pas d’importance particulière à l’origine géographique des fruits et légumes, selon une étude du Ctifl, le centre technique de la filière.

La réglementation en matière d’affichage de l’origine dans les cantines et restaurants n’est d’ailleurs pas très stricte, et ne permet pas au consommateur de choisir son plat en connaissance de cause. Alors que les Gms ont l’obligation d’afficher l’origine des viandes fraîches et congelées, des fruits et légumes ou des poissons non transformés, les restaurateurs n’ont qu’une seule obligation : afficher l’origine de la viande bovine non transformée. Les plats élaborés à base de viande bovine ne sont pas concernés. Pour les autres viandes et tous les autres produits, les restaurateurs ne sont soumis à aucune obligation.

Depuis 2011, Jeunes agriculteurs pointe du doigt des règles inadéquates en matière d’appels d’offres en restauration collective. Le syndicat avait obtenu une révision du code des marchés publics, incluant, dans les critères de sélection des offres, « les performances en matière de développement des approvisionnements directs de produits de l’agriculture ». Fnsea-JA l’a encore rappelé : « il est possible de combiner plusieurs critères afin de favoriser la provenance française ou locale ».

Après le « made in France », le « french fooding»

Le syndicalisme majoritaire ne compte pas s’arrêter là pour sensibiliser à la fois les consommateurs et les élus des collectivités territoriales.  « Nous allons réaliser une série de fiches produits, et mener une enquête jusqu’au 15 décembre dans une cinquantaine de restaurants hors foyer », explique Dominique Barrau, secrétaire général de la Fnsea. Les deux syndicats veulent « des chiffres indiscutables » pour défendre, non pas seulement le « made in France » cher à Arnaud Montebourg, mais le « french fooding » !

En attendant les conclusions de son enquête, Fnsea-JA abordera la problématique le 5 novembre, date de sa manifestation nationale. « Les consommateurs doivent aussi comprendre qu’en mangeant des produits d’importation dans les restaurants, cela participe à tuer nos filières. »

L'action syndicale se déroulera dans tous les départements français. Les syndicats veulent montrer leur détermination à « obtenir des réponses concrètes aux huit revendications. Certaines sont d’ores-et-déjà satisfaites, comme le versement anticipé des aides Pac, et surtout l’abandon sine die de l’écotaxe. « Pour une fois, on peut souligner le courage politique de Ségolène Royal », reconnait le numéro 2 de la Fnsea. En matière de consommation hors domicile, ce n'est pas du courage que demande la profession agricole aux consommateurs et aux responsables de restaurants, mais de la solidarité économique.

En savoir plus : l’étude complète de Fnsea-JA sur la restauration hors foyer

Les chiffres de la restauration hors foyer

6,2 milliards de repas par an 12 repas par mois et par Français 67,8 Mds€ de chiffre d’affaires, dont 74 % en restaurants et 26 % dans les cantines collectives 87 % de la volaille servie hors foyer est importée 75 % de la viande bovine servie par Sodexo, Compass et Elior (80 % du chiffre d’affaires en restauration collective concédée) est importée


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