Congrès des maires Les sujets agricoles, toujours au coeur des préoccupations des maires

Terre-net Média

Face à la diminution de leurs prérogatives et dans un contexte d’élections municipales à venir, certains maires ont pu, pour des raisons d’image, prendre des décisions suscitant l’incompréhension des agriculteurs, comme les arrêtés anti-phytosanitaires. Le lien est-il pour autant rompu entre l’agriculture et les élus municipaux ? Pour les maires des territoires ruraux, il semble que l’agriculture reste l’une des principales priorités, renforcée par la montée en puissance de problématiques comme l’approvisionnement local ou la transition écologique.

Au congrès des maires, les maires ruraux ont exprimé leur volonté de travailler avec les agriculteursAu congrès des maires, les maires ruraux ont exprimé leur volonté de travailler avec les agriculteurs (©Terre net Media)

Déconsidérés par Emmanuel Macron, les maires ont besoin de « retrouver la confiance », a souligné Gérard Larcher, lors du 102ème congrès de l’Association des maires de France (AMF), le 20 novembre. Et si le président du Sénat a pris l’exemple de la transition écologique pour illustrer l’incompréhension qui prédomine parfois au niveau local, rappelant que « l’écologie punitive venue d’en haut divise », alors que « l’écologie locale rassemble », le sujet incarne également la méfiance, ou du moins un certain désintérêt, éprouvé par les agriculteurs à l’égard de leurs maires.

En effet, d’après un sondage publié sur Terre-net et Web-agri du 12 au 19 novembre, 78,9 % des votants estiment que le maire n’est pas le mieux placé pour gérer les problématiques liées à l’agriculture au sein de la commune.

 

N.B. : Les résultats de ce sondage sont indicatifs (l'échantillon n'a pas été redressé)

Une proportion qui s’explique peut-être par la récente polémique liée aux arrêtés anti-pesticides pris par plusieurs dizaines de maires en France, outrepassant leur champ de leurs compétences. À noter cependant que leur proportion reste faible, comparée aux plus de 35 000 maires en France, et que l'approche des élections municipales de 2020 les a peut-être incités à des actions d'éclat pour reprendre la main face à la diminution progressive de leurs prérogatives.

Rappeler le rôle de la production agricole 

Pourtant, le maire a encore un rôle fort à jouer pour l’agriculture dans les territoires ruraux. Comme en témoigne Luc Guyau, maire de Thorigny (Vendée), ancien président de la FNSEA et de l’APCA, « le rôle des maires a diminué sur beaucoup de choses, mais pas en ce qui concerne les questions agricoles ». Les récents débats sur les pesticides doivent justement permettre au maire de réaffirmer son rôle, sur les sujets habituels comme la protection du cadre rural, les chemins ruraux mais également, estime Luc Guyau, sur des problématiques remises en avant aujourd’hui comme l’approvisionnement des cantines.  

Et si aujourd’hui, la population rurale n’est plus majoritairement agricole, la question de l’alimentation replace l’agriculture au cœur des débats, notamment dans les espaces où territoires urbains et territoires ruraux sont proches.

« Les ruraux doivent comprendre les contraintes des territoires urbains, mais les urbains doivent comprendre que les territoires ruraux ne sont pas des territoires que l’on va consommer pour leurs espaces, et qu’ils sont importants aussi pour fournir l’alimentation, notamment bio, qu’ils demandent », souligne Michael Weber, maire de Woelfling-lès-Sarreguemines (Moselle).

« Il y a chez les néo-ruraux une attente très forte d’un retour à la nature, en oubliant parfois que pour les agriculteurs, la campagne est un lieu productif. Comment concilier cette volonté d’approche récréative avec les problématiques des espaces où il y a la production agricole ? Ce bien vivre ensemble, les maires y ont une responsabilité importante », insiste Christiane Lambert, présidente de la FNSEA, intervenant devant les maires.

Transition écologique et préservation du foncier

Cécile Gallien, maire de Vorey (Loire), qui a participé à l’élaboration de l’Agenda rural, insiste sur le fait que l’on ne peut pas constamment « rappeler les exigences de transition écologique et de sécurité alimentaire sans prendre en considération l’espace rural français ».

Ainsi, sur le sujet délicat des produits phytosanitaires, la présidente de la FNSEA rapporte être « très déçue que la médiatisation l’ait emporté sur la fonction humaniste ». « Nous avons besoin de protéger nos cultures, même en bio », insiste Christiane Lambert, qui prône un dialogue renforcé entre agriculteurs et citoyens, rappelant la proposition de chartes riverains, d’autant plus pertinentes selon elle que « dans 95 % des cas, les choses se passent bien ! ».

« J’ai signé avec grand plaisir la charte », renchérit de son côté Jean-Louis Puissegur, maire de Pointis-Inard (Garonne) et président de la commission des Communes et territoires ruraux de l’AMF. Sur la question de la consommation de foncier, évoquée également par Christiane Lambert, il rappelle en revanche que « nous subissons des contraintes d’urbanisme importantes dans le monde rural, nous ne sommes pas, nous les maires, responsables de l'artificialisation des sols ». Des propositions devraient cependant émerger sur ce sujet dans le cadre de l’Agenda rural.  

Quant à la nécessité du dialogue, les élus se rejoignent : « je suggère à tous d’inviter des responsables agricoles dans les réunions de vos assemblées », lance Jean-Louis Puissegur. Rachel Paillard, maire de Bouzy (Marne), estime même de son côté que le dialogue entre la profession agricole et les élus locaux s’est enrichi. « Avant, il y avait assez peu de dialogue entre le monde viticole et les collectivités territoriales. Aujourd’hui, je peux aller dans des discussions beaucoup plus précises, sur le terrain de la pratique culturale. Ne pensez pas que les agriculteurs autour d’une table de conseil sont une contrainte, au contraire ! Nous avons besoin du monde agricole dans la ruralité », rappelle l’élue.

Les maires Jean-Louis Puissegur et Rachel Paillard prônent le dialogue avec les agriculteursLes maires Jean-Louis Puissegur et Rachel Paillard prônent le dialogue avec les agriculteurs (©Terre-net Media)

Pour continuer à faire entendre cette voix agricole au sein des municipalités, la présidente de la FNSEA incite de son côté les agriculteurs à se présenter. D’après une étude publiée par l’AMF en janvier 2019, les agriculteurs actifs représentaient, en 2018, 13,6 % des maires français (20 % en comptant les agriculteurs retraités), soit la profession la plus fréquemment exercée par ces élus.


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