Sébastien Delmas optimise la gestion de ses couverts avant tournesol

Tournesol
Sébastien Delmas est membre du réseau Syppre Laurageais. (©bubu1664/Banque d'images FranceAgriTwittos)

« En hiver, les sols se refermaient, ils étaient difficiles à travailler. En particulier, les passages de décompacteur nécessitaient de plus en plus de puissance. Quant au taux de matière organique des parcelles, il était faible (1,5 %) », explique Sébastien Delmas. Il se fixe alors l’objectif d’augmenter le taux de matière organique de ses sols argilo-calcaires et d’améliorer leur structure.

Chercher la complémentarité des espèces et une bonne régularité spatiale

Parmi les leviers mis en action : « l’allongement de la rotation et la diminution du travail du sol, avec notamment l’arrêt du décompactage. Aucun labour n’avait été effectué depuis mon installation en 2002. » L’agriculteur généralise aussi l’implantation de couverts végétaux pour les surfaces en interculture (environ 80 ha/an).

« J’essaie de positionner des couverts végétaux dès que cela est possible dans mon enchaînement de cultures : entre blé et tournesol, la couverture des sols est systématique. Le couvert est semé à l’aide d’un semoir type semis direct (SD) à disque modèle Gaspardo Gigant au début de l’automne, quand les conditions de sol et météorologiques sont bonnes. » L’objectif est de « mieux positionner les graines et d’assurer une meilleure régularité spatiale du couvert. J’obtiens de bien meilleurs résultats comparés à ceux obtenus en semant à la volée ».

Gestion de l'interculture blé - tournesol
Evolution de la gestion de l'interculture blé-tournesol. (© Aglaé)

« J’ai débuté avec un mélange à 120 kg de féverole, 2,5 kg de phacélie, 5 kg de vesce, puis j’ai densifié, allant jusqu’à 180-200 kg de féverole car elle était trop claire. Puis après le passage au semoir de semis direct, la féverole était trop dense alors je suis redescendu à 130-140 kg/ha. J’ai opté pour un mélange avec cette base féverole, à laquelle j’ai associé d’autres espèces afin d’apporter une complémentarité végétative et racinaire. » Un semis à 2 cm de profondeur semble le bon compromis pour ces différentes graines, « assurant une bonne occupation du sol et une biomasse satisfaisante ».

« Mon objectif est de garder le couvert le plus longtemps possible sur la parcelle et ainsi de le détruire le plus tard possible, quelques jours avant le semis du tournesol. Je ne m’inquiète pas pour la réserve en eau du sol, car je travaille des sols moyennement profonds, et je fais en sorte de stopper totalement le fonctionnement du couvert lors de sa destruction. »

Pour cela, Sébastien Delmas effectue « un premier passage de glyphosate à 1,5 l/ha (pour affaiblir le couvert et détruire les adventices), puis un passage de rouleau hacheur type Faca 3 jours après et une herse rotative à l’arrière qui finit de dévitaliser le couvert et incorpore les résidus dans les 5-7 premiers cm de sol ». « Si la destruction a lieu après le démarrage de la floraison des féveroles, elles ne repartent pas. Je repasse 1,5 l/ha de glyphosate après le semis afin de toucher toutes les espèces présentes. Certaines graminées adventices sont protégées du premier passage de glyphosate par effet parapluie de la féverole et résistent à la destruction mécanique », précise l’agriculteur.

Passer d’une porosité mécanique à biologique

« Les parcelles qui ont porté 3 ou 4 fois des couverts végétaux me paraissent plus faciles à travailler, ce qui m’encourage à continuer malgré les questions techniques que pose parfois cette pratique. Je suis satisfait de l’état structural du sol observé dans mes parcelles aujourd’hui et je sais que le processus pour passer d’une porosité mécanique que me permettait d’obtenir mes outils auparavant, à la porosité biologique assurée par la vie du sol est long. »

Sébastien Delmas indique « ne plus détecter de tassement important. Au contraire, on observe que les systèmes racinaires des couverts et des cultures se développent bien. Je ne m’interdis pas d’intervenir mécaniquement si la situation venait à se dégrader mais cela fait appel à une surveillance très régulière et des observations régulières à l’aide de tests bêche, mini-profils 3D ou profils culturaux, en particulier les années humides. »

« Le fait d’utiliser des légumineuses me permet même d’injecter de l’azote « gratuit » dans mes parcelles. En 2024, les calculs de restitution des couverts ont montré un résultat de 195 uN piégés et 68 uN restituées au sol. Je continue à apporter un peu d’azote au tournesol, car je détruis tardivement les couverts et je pense que la culture a besoin d’être soutenue en début de cycle, le temps que les résidus soient incorporés au sol. Cependant, le blé suivant reçoit une fumure de 180 unités d’azote à l’hectare en moyenne, contre 200 à 220 quand je ne faisais pas de couverts. Le principal gain sur la fertilisation azotée est réalisé sur la 2e culture implantée après le couvert. »

Le tableau ci-dessous évalue les charges totales engagées dans l’interculture blé-tournesol en 2002, 2017 et 2024. La récolte du blé et le semis du tournesol ne sont pas pris en compte. « La comparaison de l’itinéraire sans couvert de 2002 et de celui de 2024 renvoie un surcoût de 115 €/ha pour le système innovant. La gestion de l’interculture en 2024 génère un coût supérieur à l’ancien système. Cependant, le relargage d’azote permis par l’incorporation des couverts au sol permet de réduire les charges de fertilisation de 40€/ha. Il faudrait également prendre en compte les bénéfices liés à une meilleure structure du sol, ceux-ci existent mais sont très complexes à chiffrer », selon le projet Aglaé.

Coût de gestion de l'interculture
Comparaison des coûts de gestion de l'interculture. (© Aglaé)

« J’investis également dans des apports réguliers de compost pour aller encore plus vite dans l’amélioration de mes sols. Ces amendements sont profitables à tout le système », précise Sébastien Delmas.

Pour réduire les charges, l’agriculteur essaie au maximum de produire ses semences de couverts. « C’est le cas pour la féverole, qui me coûte 50 €/ha à produire pour une densité de semis de 130 kg/ha. Je produis également mes propres graines de phacélie et envisage de faire de même pour la vesce. Les petites graines me coûtent 30-35 €/ha. Au total, le mélange me revient aux environs de 80-85 €/ha. »

Pour la suite, Sébastien Delmas envisage de « supprimer le travail du sol avant le semis du couvert et d’améliorer aussi le semoir qu’il utilise pour le tournesol avec des équipements, pour pouvoir évoluer dans des parcelles en présence de résidus ».

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