Exportations françaises de céréales La France pourra-t-elle satisfaire les nouvelles attentes de ses clients ?

Terre-net Média

Si la pandémie a bousculé les marchés, elle n’a pas affecté la capacité de la France à exporter ses céréales et à combler les attentes de ses clients internationaux. Cependant, face à une demande qui évolue, l’offre française pourra-t-elle satisfaire les nouveaux besoins des importateurs dans les années à venir ? A quelles conditions ?

La filière céréalière française à de nombreux atouts pour l'export, mais elle devra s'adapter à l'évolution de la demande de ses clients.La filière céréalière française a de nombreux atouts pour l'export, mais elle devra s'adapter à l'évolution de la demande de ses clients. (©Terre-net Média) 

Malgré les perturbations liées à la pandémie, les exportations françaises de céréales se sont très bien tenues sur la campagne 2019/20, rassurant les clients à l’international, notamment hors UE, a rappelé France Export Céréales à l’occasion d’une table-ronde à distance, le 24 mars. Sur la campagne en cours, la dynamique est également bonne : la France a exporté 13,5 Mt dont 60 % de blé tendre, les deux tiers en direction des pays tiers. Les expéditions vers l’Afrique du Nord marquent une petite baisse, en revanche le marché chinois s’avère particulièrement dynamique, avec plus de 3 Mt achetées. Si les attentes des clients internationaux ont été satisfaites en cette période hors norme, renforçant la confiance dans les atouts français en matière d’offre et de logistique, cela ne doit pas éclipser des points d’attention qui pourraient fragiliser les positions françaises à l’export.

Accompagnement et spécialisation

Sur le marché marocain et en Afrique Subsaharienne, il faut « être partenaire dans la durée, accompagner nos clients dans leur évolution », explique Yann Lebeau, responsable du bureau de France Export Céréales à Casablanca. Un accompagnement qui implique de connaître plus précisément les besoins utilisateurs. Entre 2010 et 2020, les capacités d’écrasement en Afrique subsaharienne sont passées de 10 Mt à 19 Mt, et l’évolution va se poursuivre car la consommation reste encore faible (20 kg par an et par habitant, contre 75 en France). Il faut que les relations avec ces pays francophiles soient entretenues, d’autant plus que les moulins ont été conçus pour écraser du blé français, pour des produits finis similaires aux produits français. Aujourd’hui, les clients passent à une offre différenciée, pour produire des beignets, des pizzas, pâtes alimentaire à base de blé tendre, « il faut être capable de s’adapter et d’offrir des qualités plus spécifiques », d’autant plus que l’offre française ne pourra répondre qu’en partie à l’augmentation de la demande. La spécialisation sera donc nécessaire, et « la coopération technique, essentielle », ajoute Yann Lebeau.

Proche et Moyen-Orient, Algérie : tendre la main au secteur privé

Au proche et Moyen-Orient, ainsi qu’en Algérie, la situation est différente, explique Roland Guiragossian, responsable du bureau France Export Céréales au Caire. S’ils travaillent à réduire leur dépendance aux importations, ces pays doivent cependant assurer les besoins d’une population en forte croissance démographique : l’Égypte doit ainsi nourrir deux millions de bouches supplémentaires chaque année et l’Algérie, 850 000.

Les offices publics jouent un rôle primordial, et adoptent une politique de sécurisation de leurs approvisionnements au meilleur prix, via des appels d’offre. « Les cahiers des charges sont plus ou moins accessibles à l’offre française en fonction de la qualité de la récolte, mais ces pays attendent notre présence aux appels d’offre dès les premiers mois de la campagne, à un prix compétitif et avec la qualité demandée », indique Roland Guiragossian. « Nous sommes aussi attendus pour ne pas laisser le monopole total à la Russie », ajoute-t-il.

Néanmoins, face à la diminution de leurs ressources et à l'augmentation de la population, les offices publics vont progressivement réduire leurs achats. Dans cette perspective, « nous devons assurer notre rôle auprès des offices et parallèlement, investir les secteurs privés des différents pays, avec des stratégies marketing se basant sur nos atouts comme l’image de marque du blé français,  la performance logistique de la filière, l’absence de mesures restrictives à l’exportation, et la capacité à assurer un accompagnement technique des opérateurs », explique le responsable.

Améliorer le taux de protéines

Parallèlement, il sera également nécessaire «  de miser sur l’amélioration qualitative de nos blés, en matière de taux de protéines, mais aussi de gluten humide, et surveiller l’humidité de nos blés qui est un des points d’achoppement pour le secteur privé égyptien », explique Roland Guiragossian.  

Ce problème de qualité est relevé par d’autres pays importateurs. La Chine reste demandeuse de grain français mais aujourd’hui, le blé qui y est expédié est mélangé au blé chinois, qui a lui aussi une teneur assez faible en protéines, pour la farine destinée aux produits de base ou aux produits typiquement français. « Ce qui manque aujourd’hui en Chine, ce sont des blés de force ou biscuitiers », explique Li Zhao Yu, responsable France Export Céréales au bureau de Pékin. Le pays importe, en année normale, 3 à 5 Mt de blés américains ou biscuitiers canadiens. « Il faut donc être conscient que l’amélioration des protéines est nécessaire pour faire face à ces nouveaux pays exportateurs », ajoute-t-il.

C’est aussi le cas pour les pays européens. « Sur le marché du food, nos clients ont eux-mêmes des clients tournés vers la boulangerie industrielle, ce qui a des impacts sur les attentes, avec une demande pour des taux de protéines et qualité relativement élevés », indique Benoit Méléard, spécialiste du marché européen. « À ce titre, le blé français est plutôt un blé de complément à une offre protéinée », poursuit-il.

Une attention accrue à la qualité sanitaire

Et si les attentes chimiques et physiques sont accessibles, par exemple sur le marché important du Benelux, « nos clients nous questionnent de plus en plus sur la qualité sanitaire », explique Benoit Meléard. « On peut imaginer des opportunités de développement dans une segmentation des filières, avec l’apparition de productions tracées, chartées, sans résidus », ajoute-t-il. Pour la Chine, le sanitaire est également un point d’attention très fort. « Il faut être vigilant là-dessus, être bon, pour exporter régulièrement et durablement sur ce marché », prévient Li Zhao Yu.   

Néanmoins, ces points d’attention constituent, pour l’avenir, « une foule d’opportunités qui s’ouvre », a conclu Philippe Heusèle, président de France Export Céréales. Et s’il sera indispensable, pour la filière française, d’approfondir sa connaissance des marchés, la stratégie devra également être différente en fonction des années, et des récoltes. Sans oublier, prévient Philippe Heusèle, qu’il faudra logiquement maintenir la capacité de production française, « sans distorsions de concurrence avec nos compétiteurs. Car ne plus être en mesure d’exporter, c’est ouvrir grand la porte aux importations »…  


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