; La géopolitique a fait grimper les cours du blé

Marché du blé Les cours du blé sous tension après les déclarations de Poutine

Thomas URBAIN avec Clara LALANNE AFP

Les cours du blé ont atteint mercredi leur plus haut niveau depuis près de trois mois, dopés par les déclarations du président russe Vladimir Poutine qui font craindre une escalade du conflit en Ukraine et une baisse des exportations depuis cette région clé.

Mur, drapeau ukrainien, soldatsLa perspective d'une escalade de l'offensive russe en Ukraine fait craindre une chute des exportations de blés ukrainiens et a fait grimper les prix à terme. À la clôture de Chicago hier soir, le blé SRW à échéance décembre 2022 a ainsi bondi de 10,0 c$/bu, à 9,04 $/bu. (©AdobeStock) Le chef d'État russe a acté mercredi la mobilisation « partielle » de quelque 300 000 réservistes russes et évoqué le recours à l'arme atomique pour « protéger la Russie ». Ces propos intervenaient au lendemain de l'annonce, mardi, de la tenue, dans l'urgence, d'un « référendum » d'annexion par la Russie dans quatre régions d'Ukraine, qui avait déjà catapulté les prix de la céréale reine.

À la Bourse de Chicago, le boisseau de blé (27 kg environ) a dépassé le seuil symbolique de 9 dollars pour la première fois depuis fin juin.

En Europe, le prix de la tonne de blé est monté jusqu'à 348,75 euros sur le marché de référence, Euronext, une première depuis début juillet.

Pour Arlan Suderman, de StoneX, c'est bien le spectre de l'escalade militaire qui tire les cours. « Cela pourrait réduire les exportations de blé, de maïs et d'oléagineux (essentiellement le tournesol) depuis cette région », a-t-il expliqué.

Même si, selon l'analyste, ces développements soutiennent aussi maïs et soja, sur des marchés déjà tendus, les deux autres matières premières agricoles vedettes restent néanmoins en retrait du blé.

C'est sur ce dernier « que s'expriment toutes les inquiétudes », résume Damien Vercambre, d'Inter-Courtage.

Sur la campagne 2020/21, Russie et Ukraine pesaient plus de 27 % des exportations mondiales de blé.

Outre la mobilisation et les référendums, « on redoute » qu'avec les récents succès militaires de l'Ukraine, qui a reconquis d'importants territoires ces dernières semaines, « la Russie ne mette un terme aux exportations de l'Ukraine » depuis la mer Noire, ajoute Jack Scoville, de Price Futures Group.

« On vient de rappeler au marché que (la guerre) est loin d'être terminée, insiste Andreï Sizov, du cabinet SovEcon. Au contraire, la Russie est prête à l'escalade. »

Exportations russes en hausse

Pour autant, la réaction des opérateurs tient à des anticipations, car les événements des derniers jours n'ont, pour l'heure, eu aucune conséquence sur le marché physique.

Les volumes transportés depuis l'Ukraine via le corridor maritime ouvert depuis début août continuent même à monter en puissance, alors que la récolte de blé vient de s'achever.

Selon le ministre adjoint ukrainien à la Politique agricole, Taras Vysotskyi, le gouvernement espère voir les exportations de grains se porter à 5,4, voire 5,5 millions de tonnes par mois, contre 4,5 millions en août et 3 millions seulement avant la mise en place du corridor, a rapporté le site spécialisé UkrAgroConsult.

Vladimir Poutine avait affirmé, début septembre, que « l'essentiel des céréales » exportées depuis les ports ukrainiens de la mer Noire étaient livrées à l'Europe - un tiers seulement selon les données du Centre de coordination conjoint (CCC) - au détriment des pays pauvres.

Il avait alors dit vouloir rediscuter de l'accord, prévu, en l'état, pour une durée de 120 jours, mais n'a pas été plus loin depuis.

Andreï Sizov souligne que depuis la conclusion du protocole, fin juillet, hormis quelques attaques sporadiques, la ville d'Odessa ou les terminaux portuaires de la zone n'ont pas été bombardés.

Quant aux exportations russes, elles montent aussi en régime depuis la fin du mois d'août.

Selon Andreï Sizov, le blé russe « a retrouvé un avantage compétitif » en termes de tarifs, qui s'est même progressivement creusé face au blé européen, français notamment. « On devrait voir les exportations russes augmenter à court terme », avance l'analyste.

Dès lors, le raidissement des cours du blé depuis mardi « n'est plus vraiment une question de fondamentaux, observe Gautier Le Molgat, du cabinet Agritel. Dès qu'il y a une nouvelle géopolitique inquiétante, on a un regain de tensions qui provoque de la volatilité. »

Pour Michael Zuzolo, de Global Commodity Analytics and Constulting, le coup de chaud des dernières heures s'ajoute à d'autres facteurs, qui avaient déjà orienté les cours du blé vers le haut ces dernières semaines. L'analyste mentionne notamment la sécheresse en Argentine, qui pourrait affecter les rendements (la récolte démarrera fin octobre), mais aussi les inondations au Pakistan.

Les tensions sur l'offre de riz, avec la sécheresse en Inde et en Chine, ainsi que la perspective de mauvaises récoltes de maïs aux États-Unis et en Europe, pour les mêmes raisons, contribuent également à maintenir sous pression l'ensemble des matières premières agricoles, selon lui.

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