Betteraves sucrières Les perspectives s'améliorent mais restent fragiles

Terre-net Média

La filière betteravière sucrière va mieux, mais ce n’est pas pour autant que les choses sont définitivement solutionnées, constate François Thaury, directeur des soft commodities chez Agritel. La faiblesse de la production européenne permet aux cours de s'affranchir un peu du marché mondial et de reprendre de la hauteur. Mais avec les coûts de production qui augmentent, « il faudra s’habituer à ce que la betterave devienne une culture moins rentable ».

Betteraves sucrièresMalheureusement, « il faut s’habituer à ce que la betterave devienne une culture moins rentable ». (©Pixabay) « Les cours sur le marché mondial vont rester vraisemblablement assez bas. Il n'y a pas de raison qu'ils puissent reprendre beaucoup d'altitude compte tenu des fondamentaux que nous avons à l'heure actuelle », estime François Thaury, directeur des soft commodities chez Agritel. « Mais les risques sur la prochaine campagne et les conditions tendues du bilan européen à l'heure actuelle permettent aux cours de s'émanciper des cours mondiaux et d’offrir des conditions de rémunération pour les sucriers, et par osmose aux betteraviers, qui sont quand même un peu plus favorables que celles qu'on a pu avoir depuis deux ans ». Par rapport au panorama qu’on pouvait faire il y a encore quatre à cinq mois, les choses se sont restructurées. « Il y a des challenges, des défis, mais en termes de prix, vu les mauvaises conditions, on peut espérer que les choses se stabilisent. »

Un bilan mondial lourd

Depuis plusieurs années, le sucre est un marché excédentaire. « La consommation de sucre a tendance à se ralentir, notamment à cause des politiques de santé mises en place dans la plupart des pays pour limiter la consommation pour des raisons liées au diabète ou l'obésité. »

Et pourtant, c’est un déficit qui a marqué la campagne 2019/20. Dans l’ensemble des grands pays producteurs, l’offre a été en réduite. En Inde et en Thaïlande, c’est la sécheresse qui a fait baisser la production de sucre. Au Brésil, premier producteur mondial, même son de cloche, mais pas pour les mêmes raisons : « l’année dernière, il y avait une forte demande en éthanol et c'était plus intéressant pour le pays de privilégier sa production, au détriment du sucre. Résultat : 65 % de la ressource utilisée pour produire de l'éthanol et seulement 35 % pour faire du sucre ». En Europe, les rendements betteraviers ont été assez médiocres pour la deuxième année consécutive et la production a été limitée également.

Le coronavirus a radicalement modifié donc le paysage le sucrier

En janvier dernier, « on se dirigeait pour la saison 2020/21 de nouveau vers un déficit, bien qu’un peu moindre comparé à la campagne précédente. Mais entre-temps est arrivé le coronavirus, qui a radicalement modifié le contexte sur de nombreux marchés, y compris sur le marché du sucre ». Les cours, qui avaient eu tendance à se redresser, se sont effondrés à peu près en parallèle des cours du pétrole. Depuis, même s'il se se sont un peu redressés et ont repris près de 15-20 %, ils n'ont pas retrouvé le niveau d'avant crise. 

Au cours de la campagne 20/21, le Brésil produira certainement davantage de sucre. Compte tenu d'un marché de l'éthanol tourmenté par la crise, c'est probablement « 45 % de la canne à sucre qui sera destiné à la production de sucre et 55 % à l'éthanol ». Ce qui représente une variation considérable : « une dizaine de millions de tonnes de sucre supplémentaires qui pourraient arriver sur le marché mondial ». L’Inde et la Thaïlande ont de leur côté bénéficié de conditions climatiques plus favorables et « vont se trouver de nouveau avec une ressource assez importante ». Au final, avec les baisses de consommation liées au Covid-19, «  le déficit qui aurait dû être de l'ordre de 2 à 3 millions de tonnes sur le plan mondial s’est transformé en excédent de 3 à 4 millions de tonnes sur la saison 2020/21. » Sauf incident climatique majeur, ce bilan excédentaire « empêchera les cours mondiaux d’aller beaucoup plus haut que les niveaux actuels ».

Un marché européen qui s’affranchit du marché mondial

Contrairement au marché mondial, l’Europe sera une fois de plus déficitaire en sucre. Avec les fermetures successives d’usines, les agriculteurs délaissent la betterave. « Quand on est dans une situation déficitaire, même légèrement, on exporte beaucoup moins et on importe davantage. Les prix ont alors tendance à s’émanciper un peu des cours mondiaux pour pouvoir retrouver un peu de hauteur. » Avec le bilan européen tendu et les barrières à l'entrée pour le sucre mondial, via les droits à l’importation, cela permet au cours du sucre en Europe d’être « sensiblement supérieurs au niveau des cours mondiaux ».

Pour F. Thaury, la stratégie des sucriers va dans ce sens. « Avec le contexte de marché toujours un peu déprimé et le risque de surproduction, laisser le marché européen dans une situation proche de l'équilibre ou légèrement importateur, mais en tout cas pas trop exportateur, permet d’éviter que les cours puissent de nouveau être directement reliés aux cours mondiaux. Si vous êtes dans une situation où vous avez besoin d'importer, votre marché sera forcément un peu supérieur ou pourrait exiger de vos clients qu’ils payent un peu plus que le marché mondial parce que la ressource est faible ».

Les conditions de prix que l'on a connu il y a quelques années sur le marché de la betterave appartiennent au passé.

En pleine période de négociations sur les futurs contrats, « il est vraisemblable pour les producteurs de betteraves de pouvoir vendre leurs betteraves au moins sur les prix qui ont déjà été affichés par certains, c’est-à-dire au tour de 22 - 23 € la tonne, peut-être avec un complément de prix par la suite si les ventes se passent bien. »

Pour autant, F. Thaury est catégorique : « les conditions de prix que l'on a connu il y a quelques années sur le marché de la betterave appartiennent au passé ». En tout cas, en cas de retour à ce genre de conditions de marché, « ça serait tout à fait éphémère et vraiment ponctuel ». Malheureusement, « il faut s’habituer à ce que la betterave devienne une culture moins rentable. Mais il faut aussi que les contraintes agronomiques soient acceptables ». Une fois de plus, le problème des néonicotinoïdes se pose. Compte tenu de la forte pression pucerons dans de nombreuses régions en France cette année et avec l’interdiction des semences enrobées de néonicotinoïdes, le début de saison a été difficile. « Les planteurs de betteraves ont dû faire plusieurs passages de d'insecticide pour traiter le problème », ce qui a fait grimper les coûts de production.

Des coûts de production qui grimpent 

« Les acteurs espèrent bien évidemment que l'Europe prendra des mesures pour pouvoir offrir aux planteurs de betteraves des protections pour éviter que les coûts de production soient renchéris par un plus grand recours aux produits phytosanitaires pour pouvoir traiter les cultures ».

Si le contexte apparaît un peu plus favorable et que le marché européen restera émancipé des conditions lourdes du marché mondial, les perspectives restent fragiles. Certes, « il y a une amélioration des prix, mais les aspects sanitaires sont quand même une préoccupation majeure pour les planteurs de betteraves : les coûts de production risquent d’être élevés face à des rendements qui seront probablement assez faibles. Même si on paye 24 ou 25 € la tonne de betterave, le compte n’y sera pas. »

On sent une certaine désaffection pour la culture de la betterave en France. 

 « Il y a encore des nuages sombre à l'horizon et la CGB tire la sonnette d'alarme et alerte les pouvoirs publics ». Lors du dernier Salon de l’agriculture notamment, un délégué interministériel devait être nommé, mais le coronavirus a bouleversé les plans. « On attend toujours sa nomination. Ça sera important d'avoir un interlocuteur au niveau des pouvoirs publics pour pouvoir traiter tous les problèmes que rencontre la filière betteravière et lui permettre d'être dans une situation qui soit plus favorable ».


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