Marché du sucre La pandémie ne génère pas de crise en Europe, pour le moment

Terre-net Média

Alors qu’un déficit de production de près de 10 Mt de sucre était attendu, le Brésil devrait finalement augmenter nettement sa production et la consommation mondiale pourrait baisser, conséquences du coronavirus. Mais si les cours sur le marché mondial sont en déclin, aucun élément tangible ne montre, en Europe, une crise directement liée à la pandémie, selon Timothé Masson, responsable des affaires internationales à la CGB.

Morceaux de sucresLes cours du sucre sont impactés par le coronavirus. (©Pixabay)

Comme d’autres commodités agricoles, le sucre n’a pas échappé aux conséquences du coronavirus. Si les cours mondiaux suivent une tendance baissière, pour le moment en Europe « il n’y a pas d’effet mesurable ». D’après Timothé Masson, responsable des affaires internationales à la CGB (Confédération générale des producteurs de betteraves), « on ne dispose pas d'éléments tangibles pour montrer qu'il y a une crise actuellement en Europe. D'autant qu'on a des volumes disponibles réduits ».

Effectivement, à date, les stocks européens sont à leur plus bas niveau depuis 10 ans, et les semis sont cette année encore annoncés en baisse, « autour de 2 % de moins sur la campagne en cours par rapport à l'année dernière au niveau européen ». Selon les dernières estimations d’Agreste, les surfaces de betteraves industrielles en France devraient être en recul de 5,2 % comparé à la campagne 2019 et de 4,2 % par rapport à la moyenne quinquennale, conséquence de « la faiblesse des prix du sucre, qui a conduit les producteurs à se détourner de cette culture pour la deuxième année consécutive ».

« Si on applique un rendement moyen sur cinq ans, on va produire en Europe autour de 17,5 Mt de sucre, soit un niveau stable depuis trois ans. Sur la campagne qui s’ouvre, l'Europe devrait ainsi à nouveau être importatrice nette d'environ 800 000 t, l’équivalent de trois sucreries. Les fondamentaux européens sont donc sains et les cours européens à date montrent une remontée à l’œuvre ».

Ne pas tolérer de rupture de contrat

« Pour les livraisons qui ont déjà été contractualisées, c’est-à-dire le sucre vendu sur la campagne 19/20, il ne faut pas tolérer de rupture de contrat. Les utilisateurs de sucre ne doivent pas profiter de la chute des cours mondiaux pour essayer d'avoir des contrats différents de ceux qui avaient été contractualisés jusqu’à présent », explique Timothé Masson. Quant aux négociations à venir, pour le sucre vendu pendant la campagne 20/21, donc produit par les betteraves semées en ce moment, « il faut limiter l'impact d'importations bradées par des pays qui auraient des monnaies dévaluées ». Pour cela, la filière réclame plusieurs changements.

« Le premier, c’est la mise en place de clauses de sauvegarde sur les importations », notamment par l’instauration de droits de douane minimums, voire une suspension des importations. Concernant le second point, « il y a un régime spécial, qui s'appelle le régime de perfectionnement actif qui permet à des utilisateurs de sucre d'importer du sucre sans droits de douane dès lors qu’ils réexportent. Là-dessus, on peut aussi demander une suspension », explique l’expert, qui précise que « ces deux demandes ont été faites au ministère français de l'agriculture par la filière mais aussi à travers notre fédération européenne auprès de la Commission européenne ».

Une tendance baissière sur le marché mondial

Les cours du sucre suivaient une tendance haussière depuis octobre 2019, avec un pic à 451 $/t à la mi-février pour le sucre blanc et à 15,5 cts/lb pour le sucre brut, un niveau qui n’avait plus été atteint depuis trois ans. Les cours étaient soutenus par un déficit 2019/20 attendu au-dessus de 11 Mt, suivi par un autre déficit significatif sur la campagne suivante, selon l’analyste FoLicht. Fin février, l’Organisation internationale du sucre (ISO) confirmait elle aussi le déficit majeur pour 2019/20, à près de 9,5 Mt.

Cependant, « cette remontée a été non seulement stoppée mais en plus, on a eu une vraie dégringolade des cours jusqu'au 19 mars, avec un sucre brut qui a perdu jusqu’à 32 % de sa valeur (10,6 cts/lb) et le sucre blanc presque autant, descendu à 320 $/t », a expliqué Timothé Masson. Depuis, de « légers signes de reprise » sont apparus, et désormais, « on est autour de 11 à 11,5 cts/lb et 350 $/t ».

Vers plus de disponibilités que prévu

La forte baisse du sucre a été causée par l’effondrement du pétrole, en lien avec le coronavirus. « Le pétrole a perdu 60 % de sa valeur depuis le début de l'année, ce qui impacte le prix des carburants. L'éthanol brésilien a notamment perdu 20 % de sa valeur en real et 35 % en dollar, alors qu'on est à l'ouverture de la campagne brésilienne. »  Au prix actuel, « dès que le sucre sur le marché mondial va dépasser 11 ct/lb, le pays privilégiera le débouché du sucre à l’éthanol. Le déficit mondial qui était annoncé sera moindre, puisque le Brésil va produire peut-être 6 ou 10 Mt de sucre en plus de ce qui avait été prévu », explique Timothé Masson.

Par ailleurs, la monnaie brésilienne a chuté de 35 % an l’espace d’un an, atteignant « un niveau jamais encore vu dans l'histoire » et contribuant à la hausse de compétitivité du pays. Les Brésiliens peuvent ainsi « vendre leur sucre moins cher en dollars tout en ayant le même apport d'argent en real ». Mais la situation n’est pas propre au Brésil, puisque « les monnaies des autres grands pays producteurs de sucre souffrent terriblement (Australie, Inde, Thaïlande, et même l'Afrique du Sud), et ces pays ressentent moins la baisse des cours [du sucre]. Alors ils peuvent encore tirer le marché vers le bas en vendant moins cher en dollars tout en ayant la même valeur à réception dans leur monnaie locale ».

D’autre part, « la consommation mondiale pourrait baisser jusqu’à 2 Mt du fait des confinements dans les zones de consommation », ce qui augmente encore plus les disponibilités. D’après Timothé Masson, les acheteurs anticipent une nouvelle baisse des cours.  

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