[Témoignages] Betteraves sucrières Arrêter ou continuer ? Des planteurs plutôt divisés

Terre-net Média

Fermeture d'usines, prix à la baisse, rendements affectés par la sécheresse : le contexte incertain de la filière betterave à sucre inquiète les producteurs. D'après un sondage récent publié sur Terre-net, 57 % d'entre eux envisagent l'arrêt de la betterave aux prochains semis, d'autres estiment que la filière va repartir et ne veulent pas se passer de cette culture de printemps dans leur rotation. Retrouvez les témoignages de trois planteurs.

Arrachage de betteraves Selon Tereos, le rendement moyen serait de 86 t/ha à 16 %, « inférieur à la moyenne des cinq dernières années ». (©Pixabay)

Fermeture d'usines, prix à la baisse, rendements affectés par la sécheresse... depuis l'arrêt des quotas sucriers, nombreux sont les agriculteurs inquiets quant au devenir de la filière betterave. D’après un sondage publié sur Terre-net du 1er au 8 octobre 2019 (1 113 répondants), 57 % d'entre eux envisagent l’arrêt de la betterave aux prochains semis. Les autres pensant continuer : 14,9 % en diminuant toutefois les surfaces, 21,7 % à surface équivalente et 6,4 en augmentant leur sole.

« Il y a toujours des alternatives »

Paul-Henri Leluc (©Paul-Henri Leluc) Arrêter ou continuer ? Ce choix, Paul-Henri Leluc, agriculteur à Faronville (Loiret), l’a déjà pris en stoppant la betterave pour les semis 2019. Quand il a repris l’exploitation familiale en 2007, « les betteraves étaient très bien payées, puis le prix a baissé en 2008, 2009 et 2010 », se souvient l'agriculteur. « Je portais déjà un regard suspicieux sur l'avenir de la filière... »

En 2012, « quand le groupe Vermandois est racheté par Cristal Union et que les planteurs sont invités à participer à la reprise de l'outil industriel (36 €/t : 12 €/t de capital + 24 €/t de droits d'entrée), l'agriculteur décline. Il préfère  alors continuer à livrer ses betteraves à l'usine de Toury en tant que « tiers non associé ».

Mais avec ces dernières années, Paul-Henri Leluc estime que « la betterave est devenue trop chronophage. De plus, mettre 4 herbicides pour un prix de 22 €/t, ce n'est pas rentable. [...] Au bout d'un système, il y a toujours des alternatives. L'agriculteur, qui cultive aussi du blé améliorant, des pommes de terre, des oignons... et qui a développé une activité de distillerie avec son épouse, fait alors le choix de remplacer les 40 ha de betteraves sucrières par 20 ha de maïs grain et 20 ha de blé dans son assolement. « Étant passé en agriculture de conservation, je sème mon blé sur blé, sous un couvert de pois, féverole, tournesol... Et ainsi, la culture intermédiaire joue parfaitement son rôle, notamment pour capter l'azote ». J'ai souhaité « me recentrer sur mes sols et mes clients », ajoute Paul-Henri Leluc. Il ne s'interdit toutefois pas de revenir un jour dans la filière betterave  : « si demain il faut en refaire, j'en referai ».

« Il faut impérativement maintenir des surfaces minimales »

Agriculteur près de Chaumont-en-Vexin (Val d’Oise), Alexis Hache est, de son côté, plus « optimiste et veut tout faire pour conserver cette filière en France ». Président de la Sica des betteraviers d’Étrépagny, il compte bien maintenir les 50 ha habituels de betteraves à sucre sur son exploitation aux prochains semis. Cette culture « tête de rotation » est un « atout pour les exploitations ». Dans son secteur, Alexis Hache voit peu de cultures remplaçantes pour les terres moyennes. Dans les sols plus profonds, les pommes de terre ou les oignons peuvent être des alternatives, tout comme le lin fibre, « mais attention à ne pas déséquilibrer la filière », précise l’agriculteur. L’arrêt de la betterave pourrait alors entraîner des problèmes au niveau du désherbage et des maladies des plantes.

De plus, « la capacité industrielle a été localement réajustée après la fermeture des usines de Cagny, Éppeville, Bourdon et Toury. […] Il faut donc impérativement maintenir des surfaces minimales », ajoute Alexis Hache, qui estime « désormais que les feux sont plutôt au vert pour la suite ».

Alexis HacheAlexis Hache cultive 50 ha de betteraves sucrières, 20 ha de lin fibre, 100 ha de blé tendre, 25 ha de colza et 25 ha d'orge de printemps.  (©Sica des betteraviers d'Étrépagny)

Un plus pour la rotation et des pulpes pour nourrir le troupeau laitier

Sébastien DelvaSébastien Delva (©@farmers3b/Twitter) Moins confiant en l'avenir de la filière, Sébastien Delva, polyculteur-éleveur laitier à Caudry dans le Nord, cultive habituellement 9,5 ha de betteraves sucrières. Pour les semis 2019, il a déjà ralenti avec 8 ha et envisage de semer seulement 4 ha en 2020. « À un prix de 22-23 €/t, le compte n'y est plus en face des charges, quand on ajoute le prix de la semence, le semis, les intrants, le binage, le temps passé… ».

Il maintient toutefois cette culture de printemps dans son assolement car c'est « un vrai plus pour la rotation ». Parmi les cultures alternatives, il pense toutefois au maïs grain : « c'est moins de temps passé (semis et désherbage) et lorsque l'on a sa propre-moissonneuse-batteuse, cela permet de l'amortir sur davantage de surfaces. [...] Nous avons eu un peu peur cette année pour le maïs avec les conditions climatiques de l'été, mais finalement les rendements devraient être plutôt corrects. De plus, la génétique semence maïs avance plus vite que du côté des betteraves. À voir avec le programme Aker ? », ajoute l'agriculteur.

Autre point pour lequel Sébastien Delva souhaite conserver des betteraves sucrières dans son assolement : les pulpes, « bien pratiques pour nourrir mon troupeau bovin laitier ». Les prix ont par contre bien augmenté : « quand je me suis installé en 2011, nous avions des prix préférentiels en tant que planteurs (80 €/t pour la pulpe sèche). Ce n'est plus le cas aujourd'hui... » L'agriculteur achète actuellement de la pulpe sèche à 160-180 €/t pour nourrir ses génisses et de la pulpe surpressée à 22-23 €/t (25 % MS) pour ses vaches laitières.

Alors arrêter ou continuer les betteraves ? Comme en témoignent ces trois agriculteurs, la décision n'est pas facile à prendre. Les "pour" et les "contre" sont bien différents pour chaque planteur : en fonction de son exploitation, de son contexte pédo-climatique, de son assolement... Et vous, que comptez-vous faire pour les semis 2020 ? N'hésitez pas à partager votre avis dans les commentaires.

N.B. : Les résultats de ce sondage sont indicatifs (l'échantillon n'a pas été redressé).


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