; Le maintien du corridor rassure en partie les marchés

Marchés des grains Un marché des céréales soulagé mais prudent après la reconduction du corridor

AFP

Un marché du maïs « morose » aux États-Unis, un blé résistant à un « haut niveau » en Europe : la reconduction de l'accord sur les exportations de céréales ukrainiennes a rassuré les opérateurs et conforté la demande, sans dissiper toutes les inquiétudes. (Publié initialement le 23/11/2022 à 18h01)

VraquierLe corridor sécurisé a permis à l'Ukraine d'exporter par bateaux 11 millions de tonnes de produits agricoles depuis le 1er août (©Pixabay) Reconduit jeudi dernier pour les quatre mois d'hiver, l'accord sur le corridor maritime depuis trois ports d'Ukraine a soulagé les marchés et levé les craintes sur une possible crise alimentaire mondiale.

Après d'intenses tractations sous l'égide de l'ONU et de la Turquie, Moscou a donné son accord pour prolonger cette initiative lancée fin juillet et qui a permis d'exporter quelque 11 millions de tonnes de produits agricoles bloqués dans les silos d'Ukraine.

Cet accord a été reconduit à l'identique, pour 120 jours, alors que l'ONU poursuit ses efforts pour répondre aux demandes russes de facilitation de ses exportations de grains et d'engrais, entravées par la frilosité des armateurs face à des primes d'assurances très élevées.

Demande soutenue

« Cette prolongation était déjà intégrée par le marché », ce qui explique que les prix n'aient pas chuté, pour Jon Scheve, de Superior Feed Ingredients.

Sur le marché européen, le cours du blé est même monté après l'accord, soutenu par la demande. À la mi-journée mercredi, il s'échangeait à la baisse sur Euronext autour de 325 euros la tonne. Le maïs était en léger repli, à 304 euros la tonne. À la Bourse de Chicago, peu avant l'ouverture, le blé d'hiver SRW s'échangeait à 8 dollars le boisseau (-0,61%) et le maïs à 6,6 dollars (+0,11%).

La demande de blé européen ou russe a été soutenue par les achats des derniers jours, avec des appels d'offre jordanien, égyptien, pakistanais et même chinois. « Certains opérateurs attendaient le renouvellement de l'accord pour acheter à des prix plus bas », selon Damien Vercambre, courtier au cabinet Inter-Courtage.

La hausse des prix du blé peut aussi s'expliquer, pour Michael Zuzolo, de Global Commodity Analytics and Consulting, par des ventes de spéculateurs, qui avaient parié à la baisse sur les cours et se sont désengagés pour dégager leurs bénéfices.

Les prix européens du blé sont désormais sensiblement supérieurs aux cours américains (sans compter le transport), ce qui pourrait, selon lui, relancer la demande de blé américain, à la peine ces dernières semaines.

Freins pour le maïs

Sur le marché européen, la détente est nette ces derniers jours pour le maïs : le renouvellement de l'accord est « une bonne nouvelle pour l'approvisionnement des pays importateurs, et notamment pour l'Europe dont la récolte de maïs a été très mauvaise cette année », indique Gautier Le Molgat, analyste au cabinet Agritel, relevant qu'il reste « encore des stocks de maïs à sortir d'Ukraine ».

Selon les données de la Commission européenne, les importations de maïs de l'UE continuent de progresser et ont déjà atteint 11,5 millions de tonnes cette année, soit plus du double de l'an dernier.

Autre « frein à la hausse » pour le maïs : « la prise en compte d'un risque d'une baisse de la consommation animale, notamment du fait de la grippe aviaire », revenue en force en Europe comme aux États-Unis, explique M. Le Molgat.

Aux États-Unis, le marché « demeure morose » face à une demande atone, relève Michael Zuzolo. Sur la campagne 2022/23, les exportations de maïs américain sont en baisse de 30 % par rapport à l'an dernier, selon le ministère américain de l'Agriculture.

Si le marché reste hésitant, c'est que nombre d'incertitudes ne sont pas levées, soulignent les analystes.

Une inconnue demeure quant à la disponibilité de maïs ukrainien pour 2023, alors que les récoltes, très en retard, sont entravées par les premières neiges. Et le spectre d'une récession mondiale n'est pas écarté, avec une nouvelle vague de Covid-19 en Chine.

Essentiellement destinés à la nourriture pour bétail et aux biocarburants, maïs et soja sont, davantage que le blé, exposés à un ralentissement économique, souligne Frank Cholly, de RJO Futures, qui ne voit toutefois pas les prix baisser « davantage qu'ils ne l'ont déjà fait dans un avenir proche ».

Mercredi, les oléagineux étaient toutefois en repli partout, dans le sillage du pétrole, le colza passant même en séance sous la barre symbolique des 600 euros la tonne sur Euronext.

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