[Sécheresse] Vallée d'Authion L'irrigation des cultures menacée par une Loire trop basse

AFP

Dans la vallée de l'Authion, entre Angers et Saumur, le bas niveau de la Loire, inédit à cette époque de l'année, préoccupe les nombreux horticulteurs, maraîchers ou producteurs de semences qui dépendent tout ou partie du fleuve pour l'irrigation de leur production.

Sur ces anciennes terres inondables, riches en alluvions et réparties sur 54 communes en Maine-et-Loire et Indre-et-Loire, plus du tiers des 700 producteurs bénéficient d'un vaste réseau d'irrigation : trois stations de pompage en Loire alimentent son affluent l'Authion, d'où est prélevée l'eau pour les productions. Mais les autorisations de prélèvements dépendent des débits du fleuve, lesquels ont franchi largement leur côte d'alerte. « La Loire qu'on croyait notre sauveur, a décroché beaucoup plus tôt. La seule année où on s'en est rapproché, c'était un 15 août. Là, ça nous arrive depuis début juillet avec une phase croissante des besoins sur toutes les cultures et des températures que l'on n'a jamais connues », résume Jeannick Cantin, responsable de l'Organisme unique de gestion collective de l'irrigation, qui attribue chaque année les volumes d'eau aux producteurs raccordés au système réalimenté par la Loire.

Pour ne pas pénaliser ces derniers, alors que le niveau 4 (crise) interdisant tout prélèvement à usage agricole a été franchi à la station de référence de Saumur (90 m 3/s), le préfet de Maine-et-Loire a décidé la semaine passée de maintenir le bassin en niveau 2 (alerte), ce qui exclut simplement l'arrosage de 10h à 20h pour les grandes cultures dont le maïs semence. La dérogation, motivée par des « circonstances exceptionnelles », a fait bondir les associations environnementales. Elle permet d'exonérer aussi les systèmes de goutte à goutte et un certain nombre de cultures dites sensibles (plantes sous serres et en containers, jeunes plantes, rosiers...). Mais faute de pluie - pas une goutte n'est pas tombée depuis début juin -, les producteurs craignent de la voir remise en cause.

Stocker l'eau d'hiver

« Si demain ou après-demain, on nous dit "plus le droit d'arroser" en dehors des systèmes goutte à goutte, moi qui ai encore la moitié du verger en aspersion, ça veut dit que mes fruits ne pourront plus grossir suffisamment, et s'ils ne sont pas assez gros, ils seront invendables », redoute Sylvain Kupperoth, qui veille sur 17 ha de pommiers, poiriers et kiwis à Longué-Jumelles (Maine-et-Loire). L'arboriculteur, qui n'a «  jamais connu un été aussi sec en 20 ans d'exploitation », craint aussi pour l'hectare de jeunes pommiers qu'il a planté : « Ils sont nécessairement plus fragiles. Sans eau, j'ai peur que les 30 000 euros investis l'aient été en pure perte ». À Villebernier près de Saumur, Sébastien Breau s'inquiète pour ses salades, déjà « nécrosées et brulées » pour certaines, que commercialise la coopérative Rosée des Champs dont il est aussi le président. Chaque nuit, il se lève à 2h00 pour profiter au maximum de la fenêtre de tir d'arrosage. Sans eau, les 500 000 pieds qu'il plantera en août sont en danger, estime-t-il : « Elles donnent jusqu'à novembre, voire décembre pour certaines variétés. Derrière, il y a une usine qui tourne avec 250 salariés ».

Au-delà des dérogations qu'il souhaite voir prolonger, le maraîcher estime, comme nombre de ses collègues, que le bassin de l'Authion doit se doter de nouvelles solutions de stockage de l'eau d'hiver. « L'équivalent d'arrosage qu'il nous faudrait, ce serait une réserve de 2 hectares sur toute (ma) société. On pense qu'on est en retard sur ce truc-là parce qu'on est coincé par des associations de pêche ou de la nature », soutient Sébastien Breau. « C'est une piste, les réserves. En réfléchissant d'une manière collective, on devrait pouvoir trouver des solutions intéressantes », appuie Marie-Pierre Martin, présidente de l'Entente interdépartementale de l'Authion, consciente des freins environnementaux et réglementaires. Pour l'organisation qui chapeaute le système d'irrigation, cet été marquera bien un tournant. Et ce, quelles que soient les précipitations orageuses annoncées pour cette fin de semaine.

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