Droit Convertir un métayage en fermage n'est pas un droit acquis

AFP

L'agriculteur titulaire d'un « bail à métayage » ne peut pas le transformer facilement en « bail à ferme » si le propriétaire s'y oppose, même si la loi semble le permettre.

Le juge doit vérifier que cette conversion du métayage en fermage ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect des biens du propriétaire, exige la Cour de cassation.

Le métayage n'est pas un système ancien, il est toujours utilisé notamment dans la viticulture et il prévoit qu'au lieu de payer un loyer, un « fermage », l'exploitant partagera la récolte selon une proportion convenue avec le propriétaire des terres, des vergers ou des vignes.

Un métayer faisait valoir que le code rural lui permettait d'obtenir la conversion de son bail en « bail à ferme », ce qui l'amènerait dorénavant à verser un fermage en argent et non une partie de la récolte. La loi prévoit en effet plusieurs cas, souvent fondés sur la constatation d'une mésentente, dans lesquels le métayer peut exiger de devenir fermier.

Il avait d'abord obtenu gain de cause car il remplissait les conditions prévues. Les juges d'appel avaient estimé que cette conversion du bail répondait à un intérêt général de mise en valeur directe des terres en donnant à l'exploitant la pleine responsabilité de l'exploitation. Ils ajoutaient que si le propriétaire allait percevoir un revenu moindre avec le système du fermage, il échapperait aussi aux aléas climatiques, aux années de mauvaises récoltes ou de baisse des cours.

Mais la Cour de cassation a apporté des limites à ce raisonnement. Il faut aussi examiner, a-t-elle dit, si l'intérêt général ne crée pas un préjudice trop important pour le propriétaire. La conversion le priverait de la qualité d'exploitant agricole, des mesures sociales qui y sont attachées, et ses terres ne seraient plus des « biens professionnels » exonérés de l'impôt sur la fortune. Enfin, il percevra un loyer moindre, fixe et encadré, perdra la possibilité de percevoir les fruits de l'exploitation et de les commercialiser à son profit alors que la perception des fruits est un droit du propriétaire.

La loi ne prévoyant aucune indemnité pour compenser ces inconvénients, il faut rechercher concrètement, au cas par cas, si la conversion demandée par le métayer « ne porterait pas une atteinte disproportionnée au droit au respect des biens » du propriétaire, droit prévu par la Convention européenne des droits de l'homme, a conclu la Cour. (Cass. Civ 3, 10.10.2019, Y 17-28.862).


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