Sécheresse 1976, 2003... et maintenant 2015 ?

Afp

La terre est tellement dure dans les champs que les agriculteurs n'arrivent plus à la travailler. Soixante départements font désormais l'objet de restrictions d'arrosage, avec des cultures à la peine et des fourrages grillés, qui rappellent déjà les grandes sécheresses du passé.

SécheresseLa production de maïs sera en nette baisse par rapport à l'année dernière. (©Terre-net Média)

Pays de la Loire, Poitou-Charentes, Aquitaine, Bourgogne, Centre, Auvergne et la quasi-totalité de Rhône-Alpes sont entièrement concernés par les interdictions d'irriguer. Seuls le grand Ouest et les franges septentrionale et orientale du pays sont épargnés.

« Nous sommes sur un phénomène très rude. Beaucoup d'analyses indiquent des taux de sécheresse du sol proches de ceux de 1976, une année de référence », note Frédéric Rose, sous-préfet de Dreux (Eure-et-loir), qui envisage de classer une partie de son territoire en état de calamité agricole.

« Les outils ne rentrent pas dans le sol. Pour travailler les terres et semer le colza dans un mois, ça va être juste », s'inquiète Thierry Sardin dans l'Yonne, qui craint déjà pour les tournesols de « ne pas récolter grand-chose ».

Un peu plus au nord, en Seine-et-Marne, Arnaud Rousseau se fait du souci pour les cultures de printemps. Il se hâtait vendredi de finir de récolter les blés avant l'arrivée des pluies du week-end, les premières depuis de longues semaines. 

La pire depuis 2003

Ce céréalier, qui a coutume de dire « qu'on ne crie pas avant d'avoir mal », est plutôt satisfait de sa moisson. « On l'annonçait fantastique, elle sera étonnamment bonne au regard des températures. Mais sur les féveroles, c'est catastrophique. » D'un rendement de 50 quintaux à l'hectare, il pense passer à 25. « Ce qu'on appelle une fessée : la pire depuis 2003 », affirme-t-il, référence à cette année de canicule historique et meurtrière (15.000 morts). Quant aux maïs, jure-t-il, interrogé par téléphone, « ils font un mètre de moins que d'habitude à la même époque ».

L'association des producteurs de maïs (Agpm) estime qu'il est un peu tôt pour s'alarmer d'une récolte qui n'aura lieu qu'à la mi-septembre. Mais dans le Sud-Ouest, très largement irrigué d'ordinaire, août sera déterminant selon qu'il pleuvra ou non. « Ce qui est sûr, c'est que la production sera en nette baisse, ne serait-ce que parce que 2014 était une année record » (plus de 16 millions de tonnes), avance Matthieu Caldumbide, l'économiste de l'Agpm.

La situation pénalise déjà les éleveurs à peine sortis de la crise des prix. Déjà nombre d'entre eux comme en Rhône-Alpes et Midi-Pyrénées sont contraints de puiser dans leurs réserves de fourrages d'hiver. La pousse de juin était déjà fortement déficitaire et la récolte est « presque partout impossible » avec les fortes chaleurs, précisent les services de l'État. Ici et là, dans le Centre aussi, les prairies sont brûlées. L'Ardèche et une partie de la Saône-et-Loire sont en alerte « renforcée », le bassin de la Grosne en Saône-et-Loire est même en « crise », ce qui interdit tout prélèvement d'eau, sauf urgence absolue, un incendie par exemple.

A voir aussi le reportage sur un incendie de moisson : Brulant début de récolte pour Jérémy Voisin

Car les champs et les sous-bois, desséchés, s'enflamment et crépitent comme des allumettes : des dizaines de feux ont été recensés par l'Afp en Rhône-Alpes, Bourgogne et Auvergne. Il suffit qu'une moissonneuse bute sur une pierre et provoque des étincelles.

Surabondance de melons

Le maraîchage déplore aussi les salades atrophiées, les pommes de terre comme des cailloux et les radis ou les haricots verts durs et épais. « On a déjà des volumes moins importants, mais si on nous supprime l'eau, on n'y survivra pas », s'alarme le président de Légumes de France, Jacques Rouchaussé. La chaleur a déjà accéléré la maturation des fruits et provoqué une « crise conjoncturelle » pour le melon, dont l'offre surabondante a fait chuter les prix.

Et en Midi-Pyrénées, les pruniers qui ploient sous le poids des fruits pourraient ne pas résister à une sécheresse prolongée.

En revanche, la vigne semble bien s'en porter. Le ministère de l'Agriculture a publié vendredi une estimation de récolte à 46,6 millions d'hectolitres (- 1 % par rapport à l'an dernier) et note le développement de belles grappes. À condition bien sûr qu'il ne pleuve pas immodérément d'ici aux vendanges qui ne manqueront pas d'être avancées, en Midi-Pyrénées (peut-être trois semaines d'avance), dans le Bordelais ou la Champagne au moins. Surtout, dans les vignes, sécheresse et chaleur semblent avoir endigué les attaques d'oïdium et de mildiou. Et puis, avec des nuances d'une région à l'autre, 2003 est resté un bon millésime pour la plupart des vignobles.

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