[Témoignages] ACS Ils testent les doubles couverts pour réduire le recours aux herbicides

Nathalie Tiers Terre-net Média

La chambre d’agriculture des Pays de la Loire travaille sur la couverture permanente des sols avec les doubles couverts dans l’objectif notamment de réduire l’usage des désherbants. La réussite du couvert d’été s’avérant cruciale, elle teste des semis avant récolte à l’épandeur à engrais et au drone chez des agriculteurs en agriculture de conservation des sols (ACS).

Mathieu Arnaudeau et Fabrice Guillet Le semis au drone avant récolte vise à augmenter les chances de réussite du couvert d’été. Mathieu Arnaudeau (à gauche) et Fabrice Guillet (à droite). (©Nathalie Tiers)

C’est l’un des trois piliers de l’agriculture de conservation des sols (ACS). Chez les adeptes, l’implantation de couverts végétaux est indissociable du non-travail du sol et de la diversification de la rotation. Conseiller à la chambre d’agriculture des Pays de la Loire, Mathieu Arnaudeau accompagne plusieurs groupes en ACS, notamment sur des bassins-versants en Vendée. « Nous travaillons sur la couverture permanente des sols en enchaînant un couvert d’été puis un couvert d’hiver, explique-t-il. Cela permet d’adapter au mieux les espèces aux saisons. Le couvert d’été a vocation à être restitué au sol. Le couvert d’hiver peut lui aussi alimenter le sol, ou être récolté en fourrage avant la culture de printemps, en fonction des besoins des exploitations. »

Semer le couvert avant la récolte afin de profiter de l'humidité résiduelle et de l'ombrage pour une bonne levée.

Le semis du couvert d’été est conseillé dans les 24 à 48 h après la moisson pour éviter le dessèchement du sol pénalisant la germination. Mais pour étaler la charge de travail et augmenter les chances de réussite, une nouvelle piste émerge : semer le couvert avant la récolte afin de profiter de l’humidité résiduelle et de l’ombrage pour une bonne levée. En 2019, Philippe Chupin (Gaec Le Preuilly à Chavagnes-en-Paillers) a testé le semis à la volée dès le 24 juin avec son épandeur à engrais (largeur 24 m), de plusieurs mélanges à base de sorgho, phacélie et moha.

Découvrez les résultats du semis à la volée avant moisson 2019 chez Philippe Chupin en images. Cliquez sur le curseur pour lancer la vidéo.

Les semences ont été enrobées dans une bétonnière (avec talc et sucre de canne) pour les alourdir et améliorer leur répartition. « L’objectif était que le couvert soit levé à la moisson, mais ça ne s’est pas passé comme ça sans doute à cause de la canicule, raconte-t-il. Le couvert a finalement explosé après 13 mm d’eau fin juillet. Et il y a eu moins de salissement là où il s’est bien développé. »

10 ha semés au drone dans le blé

En 2020, une expérimentation de plus grande ampleur a été mise en place. Chez Philippe Chupin, 10 ha de couverts ont été semés le 18 juin (deux semaines avant récolte) dont 5 ha avec l’ épandeur à engrais et 5 ha avec le drone RDM AG. À 30 km de là, chez Fabrice Guillet (Gaec Monchemin à Poiré-sur-Vie), 5 ha ont été semés le même jour au drone, et 5 ha seront semés en direct 24 à 48 h après la moisson (semoir Kuhn SD3000). Le mélange est composé d’espèces à petites graines pour faciliter la germination (lin, trèfle d’Alexandrie, moha, sorgho fourrager, phacélie, radis fourrager, moutarde d’Abyssinie).

« L’objectif est de comparer le semis à la volée au drone ou à l’épandeur, et le semis avant ou après récolte, annonce Mathieu Arnaudeau. Nous allons suivre les levées, réaliser des comptages par espèce et des pesées de biomasse. Nous allons aussi surveiller le salissement des parcelles. Outre la réussite des couverts, nous devons également estimer le temps nécessaire et le coût des différentes méthodes. » Ainsi, le drone nécessite un investissement (financier et formation au pilotage) ou la programmation d’une prestation. « Cela réduit l’autonomie de l’agriculteur », estime Philippe Chupin. En revanche, il permet d’économiser le temps passé à l’enrobage des semences.

Drone trémie semencesLe drone peut embarquer 10 kg de semences sachant que la densité choisie pour l’essai est de 17 kg/ha d’un mélange de sept espèces pour un coût estimé à 40-45 euros/ha. (©Nathalie Tiers)

Éviter le désherbage avant le semis d’hiver

À l’automne, les deux agriculteurs implanteront un second couvert pour l’hiver prenant le relais du couvert d’été. Chez Philippe Chupin, cette opération est prévue en semis direct avec un semoir Bertini à disques, suivi d’un roulage pour casser la végétation du premier couvert. Le mélange composé de seigle, féverole d’hiver et trèfle squarrosum sera également restitué au sol (destruction par glyphosate et roulage) avant le maïs semé en 2021. « Je recherche des sols couverts en permanence, souligne cet adhérent de l’Apad1. Avec près de 50 % de sables, mes terres sont séchantes. Avec l’ACS, j’ai amélioré la portance, supprimé l’érosion, augmenté la matière organique et réduit les pesticides. Je n’utilise pas d’insecticide et très peu de fongicide ; une demi-dose suffit sur les blés car ils sont moins malades. Avec le couvert d’été, j’évite aussi le désherbage avant le semis d’hiver. »

Chez Fabrice Guillet, le couvert d’hiver sera un méteil (céréale, vesce velue, trèfle squarrosum, pois fourrager) récolté avant maïs pour l’affouragement des 190 vaches laitières. L’implantation est prévue à l’aide d’une rampe de semis à la volée à l’avant du tracteur, suivie d’un léger déchaumage à la bêche roulante Compil. « En augmentant les chances de réussite du couvert d’été, je prépare l’après-glyphosate, indique-t-il. L’objectif est d’implanter mes 100 ha de méteil en culture dérobée sans désherbage. Le méteil augmentant mon autonomie alimentaire, je pourrais à l’avenir faire davantage de maïs grain ou épi pour garder les fanes au sol. Nous avons un méthaniseur depuis deux ans et nous devons veiller à ne pas décarboner nos sols. »

Un semis au drone également sur maïs

La chambre d’agriculture des Pays de la Loire teste aussi le semis de couverts dans le maïs. Le 18 juin, le drone a survolé 3,5 ha avec un mélange de vesce velue (15 kg/ha), trèfle incarnat et trèfle d’Alexandrie (5 kg chacun). Le binage prévu au Gaec Monchemin ainsi que l’irrigation devraient favoriser l’installation. « La récolte du maïs en ensilage est de plus en plus précoce et les parcelles sont susceptibles de se salir avant le semis d’hiver, souligne Mathieu Arnaudeau. La céréale pourra être implantée directement dans ce couvert. » Cette technique demande toutefois une vigilance dans le choix des désherbants du maïs dont la rémanence peut compromettre le développement du couvert.
1. Apad : Association pour la promotion d’une agriculture durable.

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