Réchauffement climatique Et vous, quelle stratégie adopterez-vous pour continuer à produire demain ?

Terre-net Média

Quelles seront les conséquences de l’augmentation des températures sur les exploitations françaises d’ici 2050 ? Comment s’y adapter ? En fonction des tendances économiques et des choix politiques des années à venir, plusieurs types de stratégies se profilent. Extrait du rapport AFClim.

Dans les exploitations agricoles, quelles stratégies d'adaptation au changement climatique?Déficit hydrique, montée du thermomètre, épisodes de sécheresse plus nombreux... Dans les exploitations agricoles, comment s'adapter au changement climatique ? (©Terre-net Média)

N’en déplaise aux inconditionnels climato-sceptiques, le réchauffement de la planète est bien là. L’heure n’est plus au constat, établi depuis maintenant bien longtemps par une batterie de spécialistes, mais à l’analyse de ses conséquences et des possibles moyens de s’y adapter.

Les conséquences d’abord. En France, selon les régions et les saisons, les températures moyennes pourraient grimper de 1 à 3°C à l’horizon 2050. Mais derrière cette montée du thermomètre sur laquelle tous les regards se focalisent, les effets pour l’agriculture française seront importants.

Ces répercussions sont d’ailleurs déjà constatées par les agriculteurs. Tempêtes en 1999 et 2009, canicule en 2003, sécheresse en 2011, inondations en 2013… : les événements climatiques extrêmes que nous avons connus ces dernières années devraient se multiplier. Certes, les climato-sceptiques diront toujours, à juste titre, qu’on ne peut affirmer avec certitude que la récurrence de ces événements soit liée au réchauffement. Néanmoins, comme le souligne le groupe Afclim (Agriculture forêt climat) du ministère de l’Agriculture, « un climat plus chaud sera également plus instable ».

Conditions difficiles pour potentiels plus élevés

De manière générale, le périmètre agricole évoluera. En zone côtière, la montée des eaux condamnera inévitablement de nombreuses terres agricoles. A l'inverse, en zone de montagne, la montée des températures procurera des conditions plus favorables à la pousse d'herbe.

Cultures industrielles.Cultures industrielles  :
pertes de rendement
à prévoir
Exemple dans la Somme
vDifficultés à prévoir en fin de cycle pour les grandes cultures
Exemple dans le Cher
jMaïs irrigué : la question primordiale de l'eau
Exemple dans les Landes

Selon les simulations du Centre d’études et de prospective du ministère de l’Agriculture et du groupe Afclim, cette hausse des températures au niveau national va s’accompagner d’une baisse des précipitations, et donc de la disponibilité en eau pour le secteur agricole.

Des simulations par culture et production animale, réalisées par le centre d’étude à la demande du ministère, permettent d’identifier les impacts positifs et négatifs dans différentes régions françaises et pour différents systèmes de production. Des impacts identifiés à travers l'étude d'exploitations type, sur lesquels la rédaction de Terre-net a choisi de se focaliser. 

En production végétale, les effets du changement climatique seront très différents d’une région à l’autre. L’augmentation des températures peut diminuer les risques de gelée au printemps et augmenter le potentiel de rendement, tandis que la baisse des précipitations estivales peut accroître le déficit hydrique des cultures.

Autant dire que l’avancée des stades phénologiques et l’allongement des périodes végétatives vont se poursuivre, de manière variable selon les espèces.

Ces évolutions vont surtout engendrer une augmentation des risques, comme le stress hydrique ou l’échaudage des cultures, entraînant pertes de rendements voire destruction des cultures et des prairies. L’évolution des risques phytosanitaires, elle, reste difficile à déterminer.

Aussi, l'augmentation de l'évapotranspiration couplée à la baisse des précipitations modifierait les conditions de confort hydrique des plantes. L'irrigation pourrait devenir nécessaire pour conserver certaines cultures aujourd'hui pluviales, alors que les ressources en eau seraient réduites dans des régions déficitaires.

Le pâturage de plus en plus risqué

En productions animales, trois effets majeurs sont attendus. D'abord le régime de pousse de l'herbe va être modifié, avec une production plus abondante en automne et au printemps, alors qu’elle sera déficitaire en été. Cette modification impactera d’autant plus fortement les systèmes qu’ils dépendent du pâturage.

Ensuite, l’emploi d’autres cultures fourragères, et plus particulièrement celui du maïs, peut devenir plus favorable dans certaines zones, mais peut être mis à mal dans d’autres. Les rations alimentaires du bétail s’en trouveront modifiées.

Enfin, la possibilité de réaliser de nouvelles cultures peut amener à modifier la structure des différentes productions.

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N’oublions pas également que l’augmentation des épisodes de forte chaleur et de sécheresse pourrait dégrader l’état de santé des cheptels.

A l’inverse, d’autres effets, plus positifs, sont aussi à prévoir. Le risque de gel diminuerait pour certaines cultures. Selon les régions, d’autres pourraient profiter de l’augmentation des températures et de la disponibilité accrue du CO2 atmosphérique, sauf si le manque d’eau venait à annuler ces effets bénéfiques.

Le changement climatique, opportunité ou menace ?

Une fois mises sur la table les conséquences potentielles sur les exploitations, reste à élaborer les pistes d’adaptation. La tâche s’avère difficile car nul ne connaît exactement, à l’horizon 2050, la trajectoire socio-économique de notre pays. Le groupe Afclim a donc établi quatre scénarios (lire encadré), avec des degrés très différents d’intégration de l’évolution du climat. Selon les chemins politiques, économiques et idéologiques que prendra l’Hexagone, plusieurs voies s'ouvriront aux chefs d'exploitation agricole.

De manière générale, le champ des possibilités d’adaptation offertes aux agriculteurs reste large. Ils seront probablement amenés à modifier leur conduite des cultures, en décalant davantage qu'aujourd'hui, par exemple, les cycles culturaux pour les cultures annuelles, pour éviter des stress hydriques ou pour tirer parti des moindres risques de gelée. Adapter les techniques de travail du sol pour réduire l’évaporation et maintenir l’humidité des sols, modifier l’usage de l’eau voire, plus radicalement, les productions constitueront des voies possibles.

Les éleveurs pourront modifier la gestion du troupeau, en décalant les périodes de pâturage et les cycles de reproduction. La gestion des stocks fourragers tout comme la composition de la ration alimentaire pourraient aussi être adaptées en conséquence.

Les polyculteurs-éleveurs, quant à eux, auront sans doute à revoir le poids relatif des ateliers cultures et élevage dans leur système de production, pour maintenir la compétitivité de leurs exploitations.

A l’évidence, il n’y aura pas de stratégie unique d’adaptation. Mais certaines sortiront du lot en fonction de plusieurs facteurs : niveau de prix des céréales, niveau d’exposition à la concurrence internationale sur le marché des animaux ou bien niveau de la demande mondiale.

A lire aussi >>>> Les effets du changement climatiques sur les élevages.

Scénario 1 : Métropolisation et consumérisme
Forte urbanisation, désintérêt profond pour le monde rural, vision utilitariste de l’environnement, recherche intense de compétitivité, forte décentralisation suite à la dégradation continue des finances publiques de l’Etat, croissance économique régulière mais faible.

Scénario 2 : Libéralisation et priorité à la production

Libéralisation des échanges, logique dominante de rentabilité économique, financiarisation de l’agriculture, budget de la Pac en forte baisse, rôle de l’Etat limité, fortes tensions en matière d’alimentation et d’énergie, place résiduelle pour l’environnement.

Scénario 3 : Mosaïque de territoires et d’acteurs

Rejet de la mondialisation. Cloisonnement du monde en blocs régionaux, retour au local à l’intérieur de ces blocs, transfert des prérogatives de l’Etat aux collectivités locales, affirmation du rôle de la société civile, demandes multiples de la société adressées au secteur agricole, transformation des territoires en espaces multifonctionnels offrant cadre de vie, produits et services aux populations, grâce à l’innovation et l’intégration.

Scénario 4 : Transition énergétique et environnementale

Demandes multiples adressées au secteur agricole (qualité des produits, services environnementaux, production énergétique, développement territorial), réticence puis mobilisation pour une transition environnementale et énergétique, relance économique avec des politiques de protection de l’environnement et de lutte contre le réchauffement, gouvernance mondiale autour des problématiques climatiques.

Source : Vert J., Schaller N., Villien C. (coord.), Agriculture Forêt Climat : vers des stratégies d’adaptation, Centre d’études et de prospective, Ministère de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt, 2013. Version électronique intégrale du document disponible gratuitement derrière ce lien : Rapport AFClim.


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