Glyphosate Dix clés pour comprendre

Nicolas Mahey Terre-net Média

Après deux années de débats, la Commission européenne a voté fin 2017 le renouvellement pour cinq ans de l’homologation du glyphosate, l’herbicide le plus vendu au monde. Le même jour, Emmanuel Macron créait la surprise en tweetant l’annonce de son interdiction en France « au plus tard dans trois ans ». Zoom synthétique sur un dossier qui préoccupe une grande partie du monde agricole.

interdiction de desherber au glyphosateLe glyphosate est utilisé en agriculture, mais également pour l'entretien des parcs et jardins ou des voies de chemin de fer, à des fins de désherbage. (©Damian Gretka, Fotolia) 

1974

C’est la date de mise en marché du glyphosate, baptisé « RoundUp », par Monsanto. Cette molécule désherbante de synthèse est principalement utilisée en agriculture. Sa formulation étant tombée dans le domaine public en 2000, elle est aujourd’hui produite par de nombreuses firmes et la Chine domine la production mondiale. En juin dernier, Bayer rachète Monsanto pour 59 milliards d’euros.

Leader

Avec 800 000 t/an, le glyphosate est l’herbicide le plus vendu au monde : États-Unis et Canada en consomment à eux seuls plus de la moitié. En France, 8 000 t ont été commercialisées en 2016 selon la Banque nationale des ventes de produits phytopharmaceutiques.

Efficace

Pulvérisé sur les feuilles, cet herbicide total détruit la végétation pour préparer le sol avant semis. Efficace à dose réduite (2 l/ha voire moins), il permet de diminuer le nombre d’interventions. Son coût, 2 €/l environ, n’est pas très élevé. Il est parfois employé en pré-récolte (dessiccation) : cette pratique, rare en France, est limitée à certaines céréales et impose un délai très strict avant récolte.

Génétique

Monsanto développe depuis les années 1990 une offre de plantes génétiquement modifiées (PGM) résistantes au RoundUp, permettant de désherber en végétation. Ces PGM sont interdites en France. Seuls l’Espagne, le Portugal, la Slovaquie et la République tchèque en cultivent en Europe. Outre-Atlantique en revanche, leur culture est massive, tout comme en Asie.

Controverse

Retrouvez le Paroles de lecteurs sur le glyphosate :  Le glyphosate, controversé aussi sur Terre-net 

Le glyphosate est-il dangereux ? Seul le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) le classe « cancérogène probable » (comme les boissons très chaudes à plus de 65 °C ou les radiations de smartphone et wi-fi). La majorité des instances officielles le déclarent « non-cancérogène ». Plusieurs ONG et associations affirment cependant le contraire. Côté environnement, comme beaucoup de produits, cette substance présente des risques pour les organismes aquatiques et provoque des résistances chez les adventices. Mais elle est indispensable pour l’agriculture de conservation visant à restaurer les sols (non-labour et techniques culturales simplifiées).

Importations

Sur le continent américain, le glyphosate est quasi-systématiquement appliqué en végétation (sur cultures OGM interdites en France) puis en pré-récolte. Ces traitements expliqueraient la présence de résidus en quantité plus importante dans les marchandises importées que dans les productions françaises. Une interdiction dans notre pays, sans que cessent les importations, fait craindre des distorsions de concurrence sur le marché mondial. Il pourrait même y avoir davantage d’aliments importés contenant des résidus de glyphosate.

Ailleurs

Premier pays à interdire cette molécule en 2015 pour des raisons de santé publique, le Sri Lanka a annulé sa décision en 2018 en raison d’importantes pertes économiques. La Californie, elle, impose l’étiquetage « cancérogène » sur les bidons. En Argentine, des restrictions commencent à voir le jour, mais sont peu appliquées. Interdit un temps au Salvador, ce désherbant y est de nouveau autorisé.

Opinion

81 % des Français interrogés par l’institut de sondage Odoxa estiment qu’il faut interdire le glyphosate, mais admettent mal connaître le sujet, pourtant souvent abordé par la presse grand public. Les médias ont notamment largement relaté les débats au parlement européen et les nombreux procès intentés à Monsanto dans le monde.

Conséquences

Mode d’action, efficacité, prix : cette substance est imbattable sur le plan de la rentabilité économique. Selon Arvalis-Institut du végétal, son interdiction et l’impact sur les rendements coûteraient un milliard d’euros par an aux céréaliers français. Certaines pratiques agricoles, comme l’agriculture de conservation, seraient dans l’impasse technique.

Alternatives

En décembre 2017, l’Inra a rendu un rapport intitulé Usages et alternatives au glyphosate dans l'agriculture française, proposant des pistes de substitution avec leurs incidences économiques et organisationnelles, ainsi que des mesures d’accompagnement. Mais il pointe la difficulté d’évaluer le surcoût et identifie des situations sans solution à ce jour. Des dérogations pourraient être accordées dans certains cas.

tweet d emmanuel macron sur le glyphosateTweet d'Emmanuel Macron annonçant l'interdiction du glyphosate en France « au plus tard dans trois ans ».(©Emmanuel Macron) 

Ce qu’ils en pensent

 

Dominique Martin, éleveur laitier dans le Doubs : « Je me passe complètement de phytos »

dominique martin agriculteur dans le doubs (©Dominique Martin) 

« J’ai utilisé du glyphosate jusqu’il y a une dizaine d’années. Je n’aimais pas ouvrir les bidons, ça me donnait mal à la tête. La Pac de 2013 a apporté plus de souplesse : depuis, je ne suis plus obligé de toujours labourer les mêmes parcelles et de traiter avant le semis. Aujourd’hui, je me passe complètement de phytos. J’effectue une rotation sur trois ans et je sème des mélanges céréales-protéagineux pour étouffer les adventices. »

 

Vincent Guyot, betteravier-céréalier dans l’Aisne : « Le glyphosate est indispensable »

vincent guyot agriculteur dans l aisne (©Passion Céréales) 

« Pour moi, le glyphosate est indispensable. Je suis en non-labour depuis 2001, je ne me vois pas racheter une charrue ! En cas d’interdiction, je ne sais vraiment pas comment je vais faire. Combien cela va me coûter ? Quelles seront les pertes de rendement ? Quelle charge de travail supplémentaire prévoir ? Je n’en ai pas la moindre idée. Heureusement, la bataille n’est pas encore perdue. »


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