Sur les chemins de l'agro-écologie « L'introduction des couverts dans la rotation apporte beaucoup de bénéfices »

Terre-net Média

Agriculteur dans l'Ain, Pierre Pertuizet s'est d'abord intéressé aux techniques sans labour pour des raisons économiques. Puis la découverte d'impacts agronomiques a changé son angle d'approche. Avec l'introduction des couverts, il observe des bénéfices sur la structure et la vie du sol, mais aussi moins de salissement.

Pierre Pertuizet et son filsL'introduction des couverts dans la rotation a apporté beaucoup de bénéfices, observe Pierre Pertuizet.  (©Trame)

L'exploitation
Gaec du Gros Buis (Cormoz, Ain)
Surface : 200 ha
Cheptel : atelier de génisses de repousse en pension (croisées, viande)
Les hommes et les femmes qui y travaillent
Pierre (à gauche sur la photo), en Gaec avec son frère Dominique et son fils (à droite). Sa fille, spécialisée dans les maladies de la vigne, aurait envie de s'installer en viticulture.

Les pratiques initiales

En 1981, je m’installe avec mon père qui est proche de la retraite. En 1983, je constitue un Gaec avec mon frère. Dès 1995, la comptabilité du Gaec fait apparaître des coûts de production trop élevés, suite à la reprise de terres nouvelles et par conséquent des coûts de fumure importants. À l’origine, l’exploitation s’étend sur un parcellaire très morcelé, avec beaucoup de haies. De gros aménagements fonciers sont à opérer, beaucoup de terres sont labourées. La vie du sol, à cette époque, n’était pas prise en compte. Le remembrement intervient en 1995. C’est l’époque où chacun reproduit les pratiques qu’il observe dans le milieu, chez les autres agriculteurs. Les Maisons familiales rurales, comme tous les autres établissements d’enseignement agricole, font la promotion du labour.

Les changements

Mon arrivée dans le Ceta Bressan, en 1997, a répondu à mes attentes d’appuis technico-économiques. Mais déjà en 1985, dans la revue La France Agricole, mon frère et moi, nous nous étions intéressés aux techniques sans labour.

Pierre Pertuizet
Âge : 57 ans
Formation initiale : Bepa Agricole en Maison Familiale. Puis CAP de mécanique générale à Bourg-en-Bresse
Date d’installation : 1981
Implication dans les réseaux de Trame : Ceta Bressan (Ain)
Autres implications : Cuma La Bresse

Avant mon entrée au Ceta, j’avais conduit un essai de non labour sur du colza pour essayer de gagner du temps et d’économiser du gasoil. La vie du sol n’était pas, là encore, au centre, mais c’était plutôt la préoccupation économique qui guidait ce choix. Fort de premiers résultats favorables, j’ai développé la pratique du non labour sur les semis d’herbe. Puis les céréales ont suivi. Peu à peu la portance du sol s’est amélioré. J’ai créé, avec mes voisins, la Cuma La Bresse en 1983, au départ surtout pour bénéficier d’une pelleteuse pour la construction d’un bâtiment pour les vaches laitières de l’époque. Mais cette entrée dans la Cuma n’a pas influé sur les pratiques de l’exploitation. Vers 1995, l’achat d’une déchaumeuse à dents par la Cuma m’a permis de changer mes pratiques. Enfin, c’est au Ceta que j’ai pu bénéficier de nombreuses formations sur les bas volumes et la réduction des doses

Les raisons

Les raisons de ce changement étaient au départ strictement économiques. Mais au fil du temps la découverte d’impacts agronomiques sur la qualité des sols a changé l’angle d’approche. 

Les risques

Parallèlement un inconvénient est apparu : le désherbage, plus difficile, a accru le salissement des parcelles.   

Les difficultés rencontrées et les solutions

Les risques redoutés étaient les problèmes de salissement et la maîtrise des mauvaises herbes. Mais l’agent commercial de la coopérative a su développer une meilleure connaissance des herbicides. L’impact sur l’évolution de la matière organique n’était pas d’actualité, car on ne savait pas l’incidence. Autre difficulté : au départ, le Gaec du Gros Buis était le seul à s’engager vers ces nouvelles pratiques, beaucoup d’adhérents restant sur la pratique du labour. Il n’y avait donc pas d’échanges possibles avec les autres exploitations. Mais au niveau du Ceta, certains ont acquis des semoirs directs et des prêts informels se sont organisés… rendant possible les comparaisons de résultats. 

Les sources d’information 

Ce n’est que lors de mon entrée au Ceta que j’ai pris conscience de l’importance de la matière organique, avec les interventions de Frédéric Thomas, conseiller et agriculteur en Sologne. Cette connaissance a été complétée par des formations du Ceta vers 2005. D’autres interventions, comme celles de Nicolas Courtois d’Agrigenève, ont été bénéfiques. Enfin, je suis en contact, par l’intermédiaire de collègues, avec le réseau Base. J’ai aussi fait une formation aux marchés à termes en 2008 : cette formation a été poursuivie les années suivantes par un système de « refresh » (piqûre de rappel) qui m’a permis de suivre l’évolution des marchés.

L’apport du collectif

Aujourd’hui, les risques... on en parle en groupe. On voudrait passer en semis direct après être passés en semis simplifié (techniques culturales simplifiées). Je ne pense pas prendre de risque à passer en agro-écologie. Il n’y a pas d’impact sur le rendement, ni sur le salissement. On gagne beaucoup de temps, on a une meilleure structure du sol, moins de compactage. L’introduction des couverts dans la rotation a apporté beaucoup de bénéfices : structure du sol, vie du sol (vers de terre, bactéries,..), de la matière organique qui reste en surface, moins de salissement, moins de travail du sol à la reprise... Le Ceta est le soutien de la transition vers l’agro-écologie .

Les bénéfices
- Mon frère, membre du Gaec, est toujours resté partant pour le changement de pratiques
- L'arrivée de mon fils dans le Gaec début 2018. Il est plutôt « cultures » qu’éleveur. Cette arrivée va permettre de finaliser la transition : j’attends ce moment pour mettre en place l’autoguidage (RTK), associé au GPS.
- L’exploitation est aujourd’hui dans un système agro-écologique qui permet de limiter le travail du sol et d’améliorer la vie du sol.

La perception du métier aujourd'hui
- Je raisonne mes interventions.
- Je fais le maximum pour optimiser les produits que j’utilise. La chose la plus importante pour moi, dans mon métier, c’est de réussir ce que j’ai mis en place et d’aller plus loin avec le temps.

◊ Et si c’était à refaire…
Je referais pareil ! Mais j’aurais aimé, pour que ce soit plus facile, avoir plus de possibilités d’investir. Le manque de trésorerie fait que nous devons toujours être sur nos gardes… On n’a pas le droit à l’erreur !  
Ils sont 17 agriculteurs, agricultrices ou salariés agricoles à témoigner de leur transition vers l'agro-écologie dans un recueil publié par l'association Trame. Santé du troupeau, méthanisationagriculture de conservation des sols, circuits courts... À leur façon, ils veulent changer leurs pratiques agricoles et reviennent dans ces témoignages sur les conditions de réussite, les bénéfices et les difficultés de leurs projets. Ils mettent surtout en lumière la force puisée dans les collectifs auxquels ils appartiennent. Le recueil  « Sur les chemins de l'agro-écologie » est consultable gratuitement.

Témoignage recueilli par Trame.

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