Étude Inra-CNRS Les abeilles plus rentables que les phytos en colza ? Terres Inovia nous éclaire

Terre-net Média

Les abeilles sont-elles plus rentables que les produits phytosanitaires pour la culture du colza ? Face à une étude de l'Inra et du CNRS qui l'affirme, Terres Inovia souhaite donner son éclairage.

Abeille et colzaTerres Inovia donne son éclairage sur une étude récente de l'Inra et du CNRS. (©Pixabay)

Dans une étude publiée le 9 octobre dernier, des chercheurs de l’Inra et du CNRS ont montré que la pollinisation par les abeilles est meilleure que l’utilisation des produits phytopharmaceutiques pour la productivité et la rentabilité d'un colza. Face à cette information largement relayée par les médias, Terres Inovia, qui travaille depuis plusieurs années sur la pollinisation des insectes, souhaite donner son éclairage. Retrouvez ci-dessous une partie de l'analyse de David Gouache et de Nicolas Cerrutti, ingénieurs de l'institut technique.

« Des résultats conformes sur la pollinisation, faussés sur l’impact économique »

« Chaque étude apporte une pierre à une compréhension plus large du monde qui nous entoure, tout en ayant des limites. C’est, en effet, la somme des études qui permet d’élaborer des visions robustes et exploitables en pratique », confient David Gouache et Nicolas Cerrutti. Pour eux, les résultats de cette étude relatifs à la contribution des insectes pollinisateurs au rendement du colza sont bien conformes à l’ensemble des connaissances actuelles. « On peut toutefois remarquer que les chiffres mis en avant dans la communication reprennent les valeurs extrêmes des observations, donc l’impact maximal des pollinisateurs en colza. Le bénéfice réel que peuvent attendre les producteurs sera généralement moindre et très variable ».

De plus, l'analyse technico-économique de cette étude souffre de « plusieurs limites méthodologiques fondamentales. [...]  Les résultats sont donc peu interprétables et exploitables en l'état et les conclusions technico-économiques pas crédibles », estiment les deux ingénieurs Terres Inovia.

Prendre en compte les incertitudes

Un gain de 37,5 % de rendement grâce aux pollinisateurs : c'est le chiffre présenté par les chercheurs de l'Inra et du CNRS. Dans l'étude de ce lien pollinisateurs-rendement, « les chercheurs ont fait l’effort de vérifier que leurs résultats étaient similaires en fonction des différents indicateurs possibles de présence de pollinisateurs. Cette précaution est bienvenue. Il nous semble néanmoins qu’il manque une notion d’incertitude sur la mesure de chacun de ces indicateurs », note David Gouache et Nicolas Cerrutti.

« L'augmentation de rendement, de l’ordre de 10 q/ha, correspond en fait à l’augmentation entre les parcelles avec la plus faible diversité de pollinisateurs (un seul genre), et la plus grande (10 genres) : l’effet est donc d’un gain de 1,1 q/ha par genre de pollinisateur supplémentaire présent ». Pour cerner cet effet pleinement, il manque, selon eux, des éléments liés aux incertitudes. « Un intervalle de confiance aurait permis de pouvoir dire qu’une augmentation d’un genre de pollinisateur permet de gagner au moins X q/ha 8 années sur 10 par exemple ».

Une corrélation marge brute et itinéraire technique maladroite

Dans cette étude, les chercheurs ont également tenté d'établir la corrélation entre marge brute et l'itinéraire technique de la culture. Selon David Gouache et Nicolas Cerrutti, cette partie apparaît comme « limitée en termes de méthodologie et d’interprétation des résultats ». « La science agronomique nous enseigne qu’établir des relations directes entre pratiques et résultat est à proscrire [...]  En effet, la pratique agricole mise en œuvre ne produit jamais les mêmes effets en fonction de facteurs non contrôlés comme l’historique de la parcelle et la météorologie. »

Ainsi, « l'impact de la quantité d'engrais azotés sur le rendement suit une relation non-linéaire, qui connaît généralement un plateau [...] De la même manière, l’impact de traitements insecticides est généralement connu pour ne pas avoir un effet linéaire sur le rendement, mais plutôt un effet « tout ou rien » en fonction de la pression d’insectes ravageurs existante au moment des traitements. L'objectif de ces traitements est en effet en général de maintenir la pression sous des seuils acceptables et non pas d’accroître coute que coute la production ».

Pour conclure, les auteurs précisent que « Terres Inovia rejoint complètement l'ambition des auteurs de l'étude » concernant « l'approche "gagnant-gagnant" qui existe entre production agricole et protection et mobilisation de solutions fondées sur la nature et la biodiversité ». Ils constatent également que « les colzaïculteurs français ont déjà largement pris le pli de cette démarche. L'institut technique travaille d'ailleurs depuis plusieurs années sur l’amélioration et la mobilisation de plusieurs services écosystémiques pour la culture du colza : « fertilité physique, chimique et biologique du sol, fixation symbiotique de l’azote, régulation naturelle des ravageurs grâce à la biodiversité des auxiliaires de cultures)... »

 


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